AccueilSociétéExposition - « Au revers et à l’endroit » au Musée Paul Dini de Villefranche

Exposition - « Au revers et à l’endroit » au Musée Paul Dini de Villefranche

Quelle drôle d’idée a eu le Musée Paul Dini de montrer côte à côte l’envers et l’endroit des tableaux qu’il présente dans sa nouvelle exposition.

ActualitéSociété Publié le ,

En fait, en accord avec les artistes, il propose aux visiteurs d’entrer dans leur intimité en dévoilant ce qu’ils ont noté sur l’envers de leurs toiles. Il est très intéressant de découvrir les réflexions, les hésitations, tout ce que l’artiste a ressenti et noté pendant l’élaboration de son oeuvre. Le revers d’un tableau est donc une source précieuse d’informations et un complément indispensable pour la compréhension de l’oeuvre.

C’est ce qu’explique l’exposition au-travers un nombre important d’oeuvres sélectionnées dans la collection du musée, complété par des prêts d’artistes, de collectionneurs et d’institutions publiques lyonnaises.
Dès l’entrée dans l’exposition présentée dans l’Espace Cornil du musée, un autoportrait d’Hubert Munier attire notre attention : « Autoportrait, à-travers ma mort, j’ai vu l’éternité » de 1977, une grande huile sur toile sur laquelle l’artiste s’est représenté nu, assis en position de méditation. On comprend mieux le sens provocateur du tableau lorsqu’on découvre sur son envers les nombreuses annotations du peintre : des idées, des renseignements sur la matière picturale et le support du tableau, des évocations philosophiques… Un peu plus loin du même artiste, trois agroglyphes (les dessins qui apparaissent dans les champs) dont « L’Automne à Tardonnenches » 1976, un magnifique paysage aux teintes mordorées peint en vue plongeante. Puis « Ma Cathédrale, sans date » de Jacques Dekerle et, de Jean-Marc Scanreigh, des objets de récupération comme des planches et des palissades peintes de motifs décoratifs et symboliques : « Paysage avec animaux » 1992.
La deuxième salle expose des oeuvres qui se reportent à l’univers mental et philosophique. L’installation « Casa de Lucrezio » 1982 de Giulio Polini, avec ses bustes brisés, évoque les civilisations disparues qui renaissent inlassablement comme le va et vient des vagues sur la plage. Le « Balcon » 1996 de Philippe Ramette, une grande et étrange photographie en couleur prise à l’horizontal puis présentée redressée. L’homme au balcon qui ne regarde rien rappelle la fragilité des hommes. Paul Raguenes affirme au-travers de ses miroirs gravés (« Believe and read » 2006), que la vérité n’est pas forcément ce que l’on voit et que le miroir est un théâtre d’ombres. Jean-Philippe Aubanel considère que ses grands nus peints en hauteur sont de passage : « Elles se regardent en silence » 1995, tandis que Jean- Claude Corbin avec « Divinités noires surgissant du fond des sources incandescentes » 1985, présente une frise de têtes aux cous tendus et aux bouches ouvertes douloureuses. Sur le mur lui faisant face : « Le Syndrôme chinois » 2011 d’Olivier Bartoletti étonne les visiteurs par sa composition faite d’une multitude de battons de coton tiges et de piques à apéritif colorés. L’artiste cherche, avec ses assemblages, à agir sur le regard du spectateur comme autant de pièges à rétines. En avançant dans l’exposition on note les images médiatiques de Carolle Betsaken dont une photographie prise à-travers un filtre qui rend ses motifs flous, comme aussi la « Vue de Villeurbanne » en noir et blanc, de Patrice Mortier, photographiée derrière une vitre de voiture.
Le parcours de l’exposition se termine avec deux séries de photographies de Pascal Poulain : L’Isle d’Abeau dont « La Ruine » de 2010 et le Puits au Fou avec « La Bataille du Donjon » 2008. L’artiste, en trompant volontairement les spectateurs avec ses photos montages, veut leur faire prendre conscience que le faux envahit notre territoire et nos préoccupations.
Une exposition originale qui nous interpelle par ses messages, ses secrets et ses contradictions. Elle dévoile l’intimité des artistes en montrant l’arrière, la face cachée de leurs oeuvres. On comprend alors que l’envers comme l’endroit d’un tableau témoignent du pouvoir important des images sur notre sensibilité et notre approche d’une oeuvre

Brigitte Roussey

Musée Paul Dini – 2, place Faubert à Villefranche (69). Mercredi 13 h 30-18 h – jeudi et vendredi 10 h-12 h 30 et 13 h 30-18 h – samedi et dimanche de 10 h 30 à 18 h. Jusqu’au 16 septembre.

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