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Exploitations… médiatiques !

Les terres normandes, théâtre du débarquement d’agriculteurs atrabilaires.

EconomieServices Publié le ,

L’histoire en prendra acte. Pas une surprise cependant. La Normandie est considérée comme le deuxième bassin laitier de l’Hexagone, avec un sixième du lait français collecté et transformé dans les usines de la région et une proportion similaire du cheptel domestique de vaches laitières qui s’y trouve implantée. Sans omettre l’ubéreuse filière bovine normande, dont le poids dans la production de viande est réel. Aujourd’hui, ces agriculteurs expriment leur ras-le-bol, apparié à une inquiétude persistante sur le devenir de leurs exploitations aux trésoreries exsangues. Les raisons de la colère ? Des prix de la viande et du lait trop faibles, à l’heure où les éleveurs doivent relever le défi de la compétitivité, en modernisant une profession soumise aux diktats de la « méchante » grande distribution et d’industriels viscéralement arcboutés sur leurs marges. Un challenge de taille dans une économie de plus en plus mondialisée, qui met en lumière la cherté des productions de viande françaises en comparaison à celles des voisins européens.

Pour communiquer leur désarroi, quasi un désespoir, les agriculteurs osent des actions coup de poing, d’envergure. Des blocages de villes. Hier, Caen ou Quimper. Désormais, Lyon et Clermont-Ferrand pour Rhône-Alpes, gangrénée par le mouvement. Des sites industriels interdits d’accès, à l’image de celui de Lactalis, l’un des spécialistes de la transformation du lait, sis à Andrézieux-Bouthéon dans la Loire. Ici, on déverse du fumier ou du béton. Ailleurs, on brûle des pneus. Mais partout, l’économie est défavorablement impactée. Lyon bloquée, touristes décontenancés, commerçants désabusés…

Si la colère des agriculteurs trouve un écho auprès du grand public, relayée par la presse dans sa globalité, sollicitée avec force par la FNSEA et ses déclinaisons départementales, qui ont compris l’impérieuse nécessité de la médiatisation de leur mouvement et de l’efficacité de ces relais afin de porter « leur » (bonne ?) parole, leurs actions sont symptomatiques d’un état d’esprit qui peu ou prou s’impose : celui du rapport de force. Je bloque, tu m’écoutes, il agit, nous gagnons, vous cédez, ils paient ! Les routiers avaient ouvert (ou plutôt fermé…) la voie, montrant leur résilience lors du premier trimestre de cette année, avec des opérations escargot et des points de blocage disséminés en un maillage efficient, afin d’alerter sur leurs bas niveaux d’émoluments. Les taxis mobilisés contre UberPop, paralysant les aéroports. Les récurrents débrayages dans les transports ferroviaires et aériens, pour défendre l’emploi ou pour exiger des hausses salariales. Du classique en somme… Devant la colère des agriculteurs, le gouvernement a cultivé l’urgence, dégainant un (énième) plan au contenu hétéroclite : des allègements de charges, une restructuration de la dette des éleveurs en grande difficulté, des aides à l’exportation… Le tout sur fond de patriotisme économique, comme en atteste la mesure phare, la création d’une marque « Viandes de France », garantissant l’origine et la traçabilité des viandes hexagonales. Label affaire ! Il s’agit ni plus ni moins que de réactiver un étiquetage existant, dont l’efficacité a été sérieusement remise en question depuis sa naissance. Au cœur de la tourmente, Stéphane Le Foll a timidement précisé que ce dispositif serait généralisé et développé. Et nonobstant une évidente bonne volonté, l’opacité entoure les souhaits de voir renégocier les contrats de restauration collective dans l’optique de promouvoir l’approvisionnement local ou encore de privilégier les circuits courts. Rien de très clair donc…

Le plan d’urgence constitue une réponse indispensable mais véritablement insuffisante pour un modèle d’agriculture à la française que d’aucuns jugent « structurellement dépassé ». Le divorce entre agriculteurs et le ministre de tutelle n’est pas encore consommé. Ces derniers entendent exercer une vigilance accrue face aux déclarations d’intention, aux forts accents médiatiques, du gouvernement. Ils jugeront sur pièces. Dans un futur immédiat. Une chose est donc certaine : entre eux et leur ministre, l’amour (vache ?) est dans l’après !


L.O

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