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Dossier : Euro 2016, Lyon espère le jackpot

Dossier : Euro 2016, Lyon espère le jackpot
La polyclinique Lyon Nord

Economie Publié le ,

Gérard Collomb n'en doute pas un seul instant : l'Euro 2016 constituera indéniablement un facteur de dynamisation de l'économie lyonnaise. Durant la compétition, bien entendu, mais aussi au-delà. « C'est important pour les enjeux futurs, confirme le maire de Lyon, car nous postulons pour accueillir d'autres grands événements, et nous avons là l'occasion de démontrer que nous sommes en capacité de le faire. Nous devons profiter de l'Euro pour donner une belle image de la ville. » Une mission que s'apprête notamment à assumer l'office de tourisme. Une « ambassade » temporaire sera établie avec pour objectif d'accueillir et renseigner les touristes étrangers dans leur langue maternelle.

Car Lyon s'attend à voir déferler un nombre exceptionnel de visiteurs, venus de tous les pays dont l'équipe nationale disputera une rencontre au Parc OL. « Quelque 180 000 billets concernant les matchs disputés à Lyon ont été vendus à l'étranger, confirme Michel Delpuech, préfet de région. En Belgique, en Italie, au Portugal… mais aussi dans des pays plus éloignés et qui ne fournissent pas, en général, les plus forts bataillons de touristes recensés dans la ville : Hongrie, Roumaine, Ukraine… » Près de 32 000 Hongrois sont ainsi attendus dans les rues de Lyon.

Plus de150 M€ de retombées à Lyon, 77 M€ à Saint-Etienne

Reste à savoir quels seront les effets de cet afflux de visiteurs sur l'activité des commerces lyonnais. Hôtellerie et restauration en tête attendent beaucoup de l'Euro 2016. Mais ils ne sont pas les seuls. Car les chiffres avancés par le Centre de droit et d'économie du sport de Limoges laissent rêveur. Selon une étude réalisé par cette institution, l'impact de la compétition s'élèvera à 1,27 Md€, dont 788 M€ dépensés directement par les touristes présents dans l'Hexagone. Une manne exceptionnelle, qui rejaillirait bien entendu sur Lyon, où les estimations avancées portent sur 150 à 166 M€ de retombées. A 60 kilomètres de là, Saint-Etienne pourrait compter sur 77 M€. Dans les deux cas, l'essentiel de l'impact économique repose sur les dépenses des spectateurs, qui sont estimées à 134 M€ pour la capitale des Gaules et à 61 M€ pour la cité ligérienne.

Dans le Rhône, Emmanuel Imberton, le président de la chambre de commerce et d'industrie Lyon Métropole, travaille d'ores et déjà avec les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration pour valoriser au maximum l'impact économique. D'autant plus que certains matches sont programmés le dimanche et que tous les restaurants ne sont pas ouverts habituellement. Le Centre de droit et d'économie du sport prévoit aussi que l'Euro 2016 génère plusieurs milliers d'emplois directs et indirects dans la région. Des entreprises comme GL Events, Byblos Group, Zebrand, Green Cup… ont d'ores et déjà réussi à se positionner sur l'événement.

Gérard Collomb, que sa fonction porte plus à regarder vers le long terme, rappelle quand à lui que l'Euro est le 3e événement sportif mondial le plus largement diffusé à travers le monde, après la Coupe du monde de football et les jeux Olympiques. Et à 150 millions de téléspectateurs en moyenne par match, c'est le jackpot assuré pour Lyon comme pour Saint-Etienne. Et si, par bonheur, la France venait à décrocher le titre, chacun sait que l'économie nationale, et donc locale, en bénéficierait durant quelques mois. De quoi susciter des vocations de supporter dans le monde de l'entreprise.

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Byblos Group sécurisera l'Euro à Lyon et Saint-Etienne

Organisé dans un contexte marqué par les attentats meurtriers qui ont ensanglanté successivement la France et la Belgique depuis le 7 janvier 2015, l'Euro 2016 n'échappera pas à l'enjeu sécuritaire. Une dimension qui est au cœur de l'activité de Byblos Group.

Simon Hoayek, président

Installé à Lissieu, aux portes de Lyon, Byblos Group s'est progressivement imposé sur le marché de la sécurité. A Lyon, bien entendu, mais aussi dans l'ensemble de l'Hexagone, où l'entreprise réalise l'intégralité de ses 36 M€ de chiffre d'affaires. « Pour le moment, nous avons une vocation nationale », confirme Charline di Gregorio, en charge de la communication. A l'occasion de l'Euro 2016, Byblos Group n'interviendra en revanche que sur une partie des 10 villes et stades retenus. « Lyon, Saint-Etienne, Bordeaux, Nice et Marseille, pour le stades, mais Lyon et Saint-Etienne uniquement pour les Fan-Zones », ajoute-t-elle.

Pour préparer cet événement exceptionnel, sur lequel elle mobilisera entre 700 et 800 agents, l'entreprise présidée par Simon Hoayek a fourni un effort considérable en matière de formation. Le centre interne de formation, baptisé Blue Concept, a en effet accueilli plus de 120 personnes au cours des derniers mois, pour préparer les agents de sécurité à leur mission. Car l'un des défis majeurs que doivent relever aujourd'hui les entreprises de sécurité privées est celui du recrutement.

« Nos entreprises croulent sous les demandes et ont donc des besoins de recrutement énormes. Mais le métier attire peu et il ne peut être exercé qu'après une formation de 140 heures sanctionnée par un certificat de qualification professionnelle », explique Simon Hoayek. Et ce n'est qu'après l'obtention de ce CQP que les candidats au recrutement peuvent obtenir la carte professionnelle, sésame indispensable pour exercer ce métier.

 « D'ici à 2017, nous prévoyons néanmoins l'embauche de 600 personnes en équivalent temps plein pour tous types de clients : entreprises, centres commerciaux, musées ou encore grands événements », détaille le fondateur du groupe, qui emploie déjà 1 250 personnes dans l'Hexagone.

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Zebrand dessine la mascotte de l'Euro 2016

Filiale du Groupe Zebra, l'agence Zebrand a été la première entreprise rhônalpine a bénéficié de la dynamique Euro 2016. C'est en effet cette PME de l'agglomération lyonnaise, qui emploie 35 collaborateurs permanents à La Tour-de-Salvagny et réalise un chiffre d'affaires de l'ordre de 5,2 M€, qui a dessiné Super Victor, la mascotte de la compétition.

Spécialisée dans l'identité de marque et la communication, l'entreprise réalise près de 70 % de son chiffre d'affaires dans le sport, et peut notamment s'enorgueillir d'avoir travaillé avec Babolat, Lapierre, Evian Championship, Lafuma... « Nous avons été contactés en mars 2014 par IMG, l'agent de licence de l'UEFA, pour participer au concours de création de la mascotte, explique Erick Berchet-Moguet, l'un des associés fondateurs du groupe Zebra. Six mois plus tard, nous étions retenus. »

Mais Erick Berchet-Moguet n'ira pas plus loin dans la transparence. S'il assure que le montant du contrat est « correct », il refuse cependant d'en dévoiler les détails. Il souligne en revanche que l'entreprise a été payée dès 2014 pour sa contribution, mais ne touchera aucunes royalties sur les millions d'euros qui seront générés par les produits dérivés. « Mais cela représente un tel coup de projecteur sur notre entreprise, que nous n'allons pas nous en offusquer », assure-t-il.

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GreenCup à la santé de l'Euro 2016

Installée à Saint-Etienne, où ses trois associés fondateurs l'ont basée dès sa création en février 2011, la société GreenCup est l'une de ces PME qui sortent gagnante de l'Euro 2016. C'est à elle, en effet, qu'il reviendra d'alimenter en gobelets 4 des 10 stades où se dérouleront les matchs et 5 Fan-Zones. « Nous avons été retenus pour fournir les stades de Saint-Etienne, Lyon, Lille et Lens, confirme Florian Garnier, l'un des trois co-gérants. Dans le même temps, nous alimenterons les Fan-Zones de ces mêmes villes, ainsi que celle de Nice. »

Au total, GreenCup devrait distribuer plus de 1,5 millions de gobelets durant la compétition. Une opération intéressante en terme de chiffre d'affaires, mais surtout à forte valeur ajoutée sur le plan marketing. « Cela nous donne une visibilité exceptionnelle et cela devrait nous ouvrir des portes pour de futures opportunités », estime Florian Garnier. GreenCup, qui emploie 18 personnes à Saint-Etienne, réalise 1,5 M€ de chiffre d'affaires, dont une part infime à l'international, principalement en Belgique et au Luxembourg.

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Les établissements de santé mobilisés

A quelques jours du début de l'Euro 2016, l'ARS Rhône-Alpes Auvergne a décrété la mobilisation générale des établissements de santé.

Au total, 20 établissements de santé, publics et privés, seront sur la brèche durant l'Euro 2016, coordonnés dans leur action par l'ARS, qui souhaite renforcer les logiques de coopérations déjà établies. « Avec 8 blocs opératoires et 20 000 urgences accueillies chaque année, nous avons un rôle essentiel à jouer dans l'offre de proximité, analyse Delphine Chastan Guigou, directrice de la polyclinique Lyon Nord. L'initiative de l'ARS ne nous a pas pris de cours, car nous avions déjà été impliqués dans des réunions organisées par la préfecture après les attentats du 13 novembre. » L'établissement s'est ainsi préparé à accueillir un afflux de victimes et d'impliqués au service des urgences, en renforçant les personnels administratifs, médicaux et paramédicaux en première ligne.

La polyclinique Lyon-Nord

« Nous sommes également prêts à transmettre à la régulation, dans un délai de moins de 15 minutes, le nombre de lits disponibles et libérables, à organiser la transformation de nos lits de soins de suite post interventionnels et d'unité de soins continus en lits de déchoquage, à ouvrir des blocs opératoires dans des délais très rapides et à répondre à la prise en charge spécifique liée au risque NRBC (ndlr : nucléaire, radiologique, biologique, chimique) », ajoute-t-elle.

« En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas établissement de recours, car nous ne sommes pas dimensionnés pour cela, explique Caroline Mayne, la directrice de la clinique du Grand Large à Décines. Nous avons seulement 4 blocs opératoires et 46 lits. Néanmoins, nous devons nous tenir prêt en cas de catastrophe, pour accueillir des patients périphériques qui se présenteraient spontanément, car nous avons la spécificité d'être à 300 mètres du Grand Stade de Lyon, où se joueront 6 rencontres. D'ailleurs notre accès est sécurisé les jours de match de l'OL. »

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Effervescence et mobilisation à Saint-Jean d'Ardières et à Evian

Retenues pour être le camp de base des équipes d'Irlande du Nord et d'Allemagne, les communes de Saint-Jean d'Ardières et d'Evian se découvrent des vocations touristiques.

L'espace de quelques semaines, Saint-Jean-d'Ardières prendra de faux airs de Belfast. C'est là, en effet, que l'équipe nationale d'Irlande du Nord installera son camp de base durant l'Euro 2016. Dans le même temps, Evian s'habillera aux couleurs de la Mannschaft, l'équipe nationale d'Allemagne, qui fait office de favori de la compétition. Aux portes du Beaujolais comme dans la cité thermale haut-savoyarde, l'arrivée de ces délégations est attendue avec impatience.

Car leur présence devrait booster les économies locales. « Les retombées pour les commerces, les hôteliers et la région seront excellentes », se réjouit Marc Francina, le maire d'Evian. Avant d'ajouter : « Partout où elle est passée, l'équipe allemande a généré derrière elle 7 à 10 années de retombées économiques. » La seule présence des quelque 300 journalistes accrédités pour suivre les champions du monde en titre devrait déjà largement compenser les dépenses par l'exposition médiatique sans précédent qu'elle offrira à la ville.

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Jean-Louis Maier : « Des animations spécifiques dans nos boutiques »

Deux questions à l'horloger-joailler lyonnais.

L'Euro 2016 peut-il vraiment avoir un effet positif sur l'activité commerciale à Lyon ?

Oui, c'est le type même d'événement international qui peut générer une augmentation de nos chiffres d'affaires. Il en faudrait plus dans notre ville, mais il faudrait également créer les conditions de cette dynamique. Je suis partisan de l'ouverture des magasins le dimanche, et si Lyon était déclarée zone touristique internationale, cela pourrait être le cas. L'Euro peut à ce titre jouer un rôle déclencheur, puisque les magasins seront ouverts les dimanches 12, 19 et 26 juin, afin de répondre aux attentes des touristes présents dans la ville.

Avez-vous prévu des animations particulières ?

Oui, la façade de la boutique Maier Joailler sera spécifiquement habillée autour de la thématique football. Par ailleurs, la marque suisse Hublot, dont nous sommes partenaires depuis plusieurs années, est sponsor du football en général et de l'Euro en particulier. Il est donc prévu que nous proposions des animations spécifiques dans nos boutiques en collaboration avec cette marque prestigieuse.

Des chiffres surévalués ?

Pour Richard Duhautois, économiste du sport, les chiffres avancés par le Centre de droit et d'économie du sport de Limoges sont un peu optimistes. « Ils ne tiennent pas compte de l'effet de substitution. Un achat réalisé pour l'Euro, c'est une part de budget en moins pour autre chose », analyse-t-il. Colin Miège, auteur d'un rapport commandé par l'Etat sur l'évaluation des grands événements sportifs, avoue le même scepticisme. « Certains évoquent la création de 26 000 emplois pérennes, cela me semble très ambitieux », fait-il remarquer.

Si les réserves émises par ces deux spécialistes ne manquent pas de pertinence, il n'en reste pas moins incontestable que les effets bénéfiques de l'Euro sur l'économie hexagonale en général, et régionale en particulier, se feront et se sont déjà faits sentir. Ainsi, la seule construction du Parc OL a mobilisé, à son plus haut, un millier de salariés sur le chantier. « De toutes façons, les bénéfices de ces grands événements dépassent les aspects économiques », assure d'ailleurs Patrice Bouvet, un autre économiste du sport.

Relever le défi des déplacements

Le Sytral a approuvé à la fin du mois d'avril un plan de transport spécifique pour les 6 matchs de l'Euro programmés à Lyon, qui devraient générer 35 000 utilisateurs spécifiques du réseau par match, dont 27 000 depuis le centre-ville. Pour desservir le Parc OL, le Sytral renforcera notamment les lignes A, B et D du métro, ainsi que la ligne T3 du Tramway. La mobilisation des agents TCL sera également renforcée, comme à l'occasion de la Fête des lumières. Pour Annie Guillemot, présidente du Sytral, les lourdes et préjudiciables imperfections constatées à l'occasion des finales européennes de rugby, disputées au Parc OL les 13 et 14 mai, ont été prises en compte et l'acheminement des spectateurs vers le stade sera assuré sans problème.

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