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Érick Lelouche : "La Covid-19 confirme que santé humaine et santé animale sont indissociables"

Publié le - - Grand témoin

Érick Lelouche : "La Covid-19 confirme que santé humaine et santé animale sont indissociables"
© Marine Agathe Gonard - Attaché aux États-Unis, fin connaisseur des arcanes du groupe à Ingelheim en Allemagne, Erick Lelouche oeuvre à Lyon depuis le rachat de Mérial

Vingt ans après avoir rejoint Boehringer Ingelheim, Érick Lelouche est aujourd'hui à la tête de l'ensemble des activités du groupe allemand en France, aussi bien en santé humaine qu'en santé animale. Il revendique cette transversalité, que la crise du Covid-19 met plus que jamais en lumière.

Que représente aujourd'hui Bœhringer Ingelheim en santé humaine et en santé animale ?

"Nous allons frôler les 20 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2020 (Ndlr chiffres groupe). La santé humaine représente environ 15 milliards d'euros et la santé animale un peu plus de 4 milliards d'euros. Je pense que nous sommes le seul laboratoire à disposer d'une telle force de frappe en santé animale et à afficher de telles perspectives de développement.

Ce n'est pas le fruit du hasard, mais la traduction d'une démarche structurante. Lorsque le groupe a décidé d'acheter Merial, il ne voulait pas simplement mettre un pied dans la santé animale ; il entendait bien la placer au cœur de sa stratégie. Car les deux santés sont intimement liées."

Quel est le lien entre ces deux univers ?

"Il est fondamental. Bœhringer Ingelheim défend le concept de "one health", qui me tient particulièrement à cœur. Il transparait dans les chiffres, puisque nous sommes numéro deux mondial sur la santé animale et, dans le même temps, bien installé dans le top 20 de l'industrie pharmaceutique en général. Nous voulons vraiment faire avancer les deux santés et créer les conditions pour qu'elles s'apportent mutuellement quelque chose."

© Marine-Agathe Gonard

"Le concept de "one health" est très vieux"

Qu'est-ce qui guide cette démarche ?

"Il y a bien entendu un choix financier. En se diversifiant et en ayant deux activités fortes, le groupe limite les risques. Mais c'est également une orientation que je qualifierais presque de philosophique. Nous considérons que la santé de l'homme n'est pas envisageable sans celle de l'animale. Et l'inverse est également vrai.

Maintenir les animaux en bonne santé permet aussi à l'homme de se maintenir lui-même en bonne santé. La crise de la Covid-19 le confirme comme une évidence. Et pour être tout à fait complet, nous devrions ajouter la santé environnementale."

Comment est né ce concept de "one health" ?

"Il est très vieux. Il a 50 ou 70 ans. Et cela me désole que les laboratoires en soient restés jusque-là au stade du concept. La crise sanitaire que nous vivons aujourd'hui doit jouer le rôle de déclic. Au-delà de son aspect dramatique, elle met en évidence cette interaction entre les deux santés."

"Les coronavirus sont connus en santé animale. Nous pouvons mettre en œuvre des synergies dans les actions de R&D"

Concrètement, comment cette réalité se traduit-elle sur le terrain ?

"Environ 60 % des maladies infectieuses humaines connues sont d'origine animale et 75 % des maladies émergentes chez l'homme sont aussi d'origine animale. Le lien ne peut être plus clair.

C'est la raison pour laquelle j'ai poussé, en France comme à l'international, pour que les équipes R&D du groupe, qu'elles soient centrées sur la santé humaine ou animale, travaillent ensemble à la recherche de solutions potentielles ou d'une meilleure connaissance du virus. Les coronavirus sont bien connus depuis très longtemps en santé animale et nous pouvons mettre en œuvre des synergies dans les actions de R&D."`

Un rôle moteur dans la santé animale

Ces passerelles que vous appelez de vos vœux existent-elles réellement aujourd'hui ?

"Oui et je vais vous donner deux exemples pour le démontrer. Le premier est directement lié à la crise sanitaire actuelle. Nous avons mis autour de la même table les chercheurs de Bœhringer Ingelheim France, qu'ils travaillent en santé humaine ou en santé animale, afin de proposer des solutions à notre board et de déclencher ensuite des financements pour continuer la recherche dans l'un ou l'autre de ces deux domaines.

Deuxième exemple : chez Bœhringer Ingelheim, le patron de la recherche monde en santé humaine est vétérinaire de formation, tandis que le patron de la recherche monde en santé animale vient de la santé humaine. Chacun apporte sa vision des choses et chacun tire quelque chose des expériences positives qu'il a acquises dans l'autre univers."


Ses dates clés

2017 Lyon, assure l'intégration de Merial après son rachat par BI

2007 S'installe en Allemagne pour occuper une fonction en santé humaine

2000 Directeur de la division santé animale Boehringer Ingelheim, Reims

1990 Chef de produit France chez Pfizer


Malgré tout, la santé animale n'est-elle pas le parent pauvre de la recherche en santé ?

"Non, pas du tout. Chez Bœhringer Ingelheim, plus de 20 % du chiffre d'affaires sont réinvestis en R&D. Et si le niveau est un peu moindre pour la santé animale, il représente tout de même 10 %. Et là encore le concept de "one health" joue pleinement son rôle, puisque la santé animale tire des bénéfices des ponts que nous créons entre les deux univers.

Ainsi, l'oncologie, un thème particulièrement important pour le groupe en santé humaine, sera aussi un thème important pour la santé animale dans le futur."

"Le poids de la région lyonnaise est, et restera, unique"

Cette évolution serait particulièrement importante pour Bœhringer Ingelheim France, qui est avant tout une place forte de la santé animale ?

"En effet, nous réalisons environ 220 millions d'euros de CA en santé humaine et 180 millions d'euros en santé animale. Les deux unités sont de taille quasiment identique, ce qui est rarissime. La France joue vraiment un rôle moteur dans l'activité santé animale de Bœhringer Ingelheim dans le monde, aussi bien en matière de R&D que d'industrialisation. Et le poids de la région lyonnaise est unique."

Comment expliquez-vous cette particularité ?

"Cela tient en premier lieu au rachat de Merial. Avant cette acquisition, notre pôle santé animale fédérait 60 personnes ; il en réunit aujourd'hui plus de 2 000 et s'adjuge environ 24 % de parts de marché en France.

Dans cet ensemble, le poids de la région lyonnaise n'a pas cessé d'augmenter et il le fera encore lorsque nous ouvrirons notre prochaine unité à Jonage. Je vous rappelle que nous allons investir 230 millions d'euros sur ce site, ce qui est tout à fait unique dans la région."

Cette ouverture sera-t-elle retardée en raison de la crise sanitaire ?

"Le chantier s'est totalement arrêté à un moment donné et nous avons en effet pris 6 à 7 mois de retard. Néanmoins, l'unité devrait être opérationnelle en 2023 et je considère que nous avons limité la casse. Malgré tout, cela nous empêchera d'augmenter nos capacités de production dès 2022."

© Marine-Agathe Gonard

"Nous avons créé des banques d'antigènes"

Qu'est-ce qui rend cette future unité stratégique ?

"C'est lié au type de vaccins que nous allons produire là-bas. Au démarrage, il y en aura deux. Un contre la fièvre aphteuse et un autre contre la fièvre catarrhale ovine. Ces deux maladies sont très contagieuses. Ce sont des maladies réglementées, donc à déclaration obligatoire auprès des autorités.

Ce qui signifie que nos clients pour ces vaccins sont essentiellement des gouvernements. Avec deux types de pays ciblés. Tout d'abord, il y a ceux dans lesquels la vaccination est autorisée. Dans ce cas, les choses sont relativement simples. Ensuite, on trouve les pays indemnes de fièvre aphteuse, mais qui veulent se protéger en anticipant le problème.

Car une épidémie de fièvre aphteuse est une catastrophe sanitaire et économique, qui peut avoir les mêmes effets que la Covid-19. Il y a donc des pays, comme la France, où la vaccination contre la fièvre aphteuse n'est pas autorisée, qui veulent anticiper une éventuelle épidémie. Nous avons donc créé des banques d'antigènes, qui permettent, en cas de déclenchement d'une épidémie, de lancer la production de vaccins en urgence. L'usine de Jonage alimentera ces fameuses banques."

En quoi ces banques d'antigène assurent-elles une réactivité plus importante ?

"En règle générale, pour produire un vaccin de fièvre aphteuse, il faut 6 à 8 mois. En produisant les antigènes et en les conservant à ultra basse température, il ne faut plus que 8 à 10 jours pour produire le vaccin. Voilà pourquoi cette unité est stratégique."

Entre nous

Son rituel du matin… Je ne traine pas : j'enchaine une douche, un café avec un sucre, le seul de la journée, et je rejoins mes bureaux.

Sa source d'inspiration… Les discussions avec mes équipes, franches et directes et les échanges sans filtre avec les collaborateurs sur le terrain.

Son lieu de prédilection… New York, ma ville de cœur. Mes deux enfants y sont nés et 20 ans après avoir quitté cette ville, je me sens toujours chez moi lorsque j'y retourne.

Son livre de chevet… Je viens de reprendre la lecture de deux BD que j'aime tout particulièrement : Largo Winch et XIII. Cela va m'occuper pendant un mois.

© Marine-Agathe Gonard




Jacques DONNAY
Journaliste

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