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Eric Piolle, maire de Grenoble, veut faire prospérer "le réseau de villes écolos"

Publié le - - Grand témoin

Eric Piolle, maire de Grenoble, veut faire prospérer "le réseau de villes écolos"
© Caroline Thermoz-Liaudy - Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble, se pose en rassembleur.

Alors que le réveil semble généralisé en matière de préoccupation environnementale, le maire de Grenoble pourrait tenir un rôle déterminant d'ici 2022. Eric Piolle, premier maire écologiste d'une grande ville française depuis 2014, revient sur son action, la crise de la Covid-19 et ses relations avec les grandes métropoles environnantes.

Vous entamez votre second mandat de maire à Grenoble, quels sont vos projets structurants pour les années à venir ?

"La dimension singulière, c'est que nous sommes contraints de redimensionner le projet pour lequel nous avons été élu à la lumière de la Covid-19. Elle a aussi des conséquences sociales et économiques, et présente des questionnements majeurs de notre avenir collectif.

Mais nous restons tournés autour du triptyque présenté : garantir les sécurités sur le logement, la mobilité, l'alimentation, la santé mais aussi un pilier que nous appelons : "nourrir le désir de sens". C'est ce qui nous fera changer, plus que la peur qui se traduit en angoisse et en paralysie."

Vous avez évoqué le "Grenoble bashing". Quelles sont les mesures concrètes que vous allez adopter pour le limiter et pour agir, notamment sur la question de l'insécurité ?

"Les gens qui vivent à Grenoble ont plaisir à y être. Ce "Grenoble bashing" a pris une dimension démesurée avec le retour sur le devant de la scène politique d'Alain Carignon, c'est une évidence. Et cela ne s'arrête pas, même si la campagne est terminée, car ce triste personnage continu de le nourrir et d'incriminer les autres. Bon nombre de gens en ont assez, les entrepreneurs se sont exprimés contre. Il faut savoir se décentrer de cela : en discutant avec des homologues d'autres villes, on se rend compte que toutes les villes ont le sentiment de vivre la même chose."

© Caroline Thermoz-Liaudy

Critique sur la gestion de la crise du Covid-19

Grenoble et son agglomération font partie des zones les plus impactées par la Covid-19. Quelle stratégie adopter pour limiter le nombre de victimes ?

"Face à une telle crise, il y a deux stratégies : soit on supprime le virus, et on contrôle très fermement chaque nouveau point de départ, soit, et c'est le choix de la France et de nombreux pays européens, on fait le choix de l'atténuation. Les coûts sociaux, humains, et sanitaires auraient dû, je pense, nous pousser au contrôle strict des foyers. Je reproche à cette stratégie d'atténuation le retard permanent de la prise de décision. Emmanuel Macron a bougé de façon très tardive alors que le conseil scientifique disait depuis le mois d'août qu'il faut agir.

Je ne cible pas Olivier Véran car je sais qu'il fait un intéressant travail de pédagogie, et qu'il porte des choix sans doute plus rapides et radicaux. Le Premier ministre porte un regard administratif de la prise de décision, qui est contre-productif. Il n'y a toujours pas d'analyse de qui est contaminé et comment les victimes le sont."


Ses dates clés

1996 : diplômé de l'école d'ingénieur Grenoble INP

2009: s'engage chez Europe Écologie les Verts

2014 : élu maire de Grenoble

2020 : réélu maire de Grenoble


Et d'un point de vue économique ?

"Certaines mesures ont été bonnes, et c'est important de le dire, notamment les mesures de chômage partiel. En tant que citoyen j'avais suffisamment critiqué l'absence de chômage partiel après la crise de 2008. Mais il y a un angle mort que le président de la République a refusé de traiter, c'est celui de la pauvreté.

Pour le million de pauvres de plus qui a perdu son petit boulot : rien n'est fait. Pour le RSA jeunes pour les étudiants : rien n'est fait. Ce n'est pas déconnecté d'un certain cap politique. Il y a eu le rapport d'évaluation sur les conséquences de l'ISF et de la flat tax sur les revenus financiers qui a montré qu'on a sur-enrichi un certain nombre de personnes, alors qu'à l'automne 2018 puis à l'automne 2019 on a battu le record de pauvres en France. Et depuis, il y a eu la Covid."

"Le départ de Nicolas Hulot était un signe que l'écologie n'était pas dans le radar"

Malgré les bons résultats des listes écologistes aux dernières municipales, les préoccupations environnementales sont régulièrement mises de côté. Avez-vous le sentiment, qu'il y a un plafond de verre de ces thématiques ?

"Ce n'est pas mon sentiment. Mais nous avons un président de la République néolibéral, qui met en œuvre une politique néolibéral. La prise de conscience est faite. La question du climat dans les médias n'occupe que 3 % de l'espace médiatique : il y a donc une évolution possible sur ce terrain. Et puis il y a surtout une grande résistance au changement. La culture du profit pour le profit, celle du ruissellement qui consiste à penser qu'en enrichissant les riches, on finira par aider les pauvres, se heurte à sa volonté.

Le départ de Nicolas Hulot était un signe que l'écologie n'était pas dans le radar. En deux ans, on a vécu le mouvement des gilets jaunes, qui n'était pas du tout anti-écolo mais qui dénonçait le fait que les moins riches payaient la facture. Il y a eu le Grand Débat, dont personne ne peut dire ce qui est sorti. Il y a un agenda néolibéral, qui oui, pousse une ministre de l'Écologie à s'asseoir sur la loi qu'elle avait poussé en tant que députée. Cela prouve aussi qu'on a une responsabilité. En 2014, on disait que Grenoble était unique, que ce serait la première et aussi la dernière. Et finalement, ça s'est propagé. Les choses évoluent, et par conséquent la résistance au changement devient plus violente. On l'a vu dans les termes employés : amish, ayatollah…"

© Caroline Thermoz-Liaudy / Le maire de Grenoble se voit bien en bâtisseur du collectif écologiste en vue de 2022.

"A Lyon, les choses ont bougé"

La ville et la métropole de Lyon sont désormais vertes elles aussi. Envisagez-vous de travailler avec elles alors que l'on vous a souvent entendu dire que Grenoble n'était pas Lyon ?

"Nous avons un réseau de maires de villes écolos, dans lequel on compte aussi Annecy, ou encore Clermont-Ferrand, Bourg-en-Bresse et Villeurbanne, qui ont des composantes écologistes fortes. On travaille aussi avec Bordeaux, Poitiers… A Lyon, le suffrage universel direct a favorisé un résultat qui n'a pas pu se réaliser ici, à Grenoble, avec notre mode de scrutin (Grenoble Alpes Métropole est présidée par le socialiste Christophe Ferrari, NDLR).

A Lyon, les choses ont bougé par rapport au précédent mandat. Les acteurs ne sont plus les mêmes. Gérard Collomb représentait l'archétype de ces métropoles dont l'objectif est de grossir et de vivre par la compétitivité, qui se réjouissait de l'explosion des prix de l'immobilier. Évidemment nous avons d'autres logiques."

Pour défendre ce changement, quelles sont vos ambitions pour 2022 ? Êtes-vous prêts à aller à la présidentielle ?

"Je suis totalement déterminé à construire le collectif nécessaire pour donner le débouché politique à ce que je pense être une majorité culturelle. Je suis convaincu que si chacun se laisse emporter parfois dans le consumérisme, les aspirations de la majorité sont beaucoup plus humaines que cela. Je mets mon énergie au service de cet arc humaniste. La question de la personne n'est pas le sujet du moment. Pour l'instant, je m'attache à construire ce collectif."

Entre nous...

Son activité quotidienne… du vélo, très tôt le matin en démarrant la journée, et un peu de cohérence cardiaque.

Son livre de chevet… ma descente de lit est une montagne de livres de réflexion et des romans, dont ceux de mon écrivain fétiche, Erri De Luca.

Sa philosophie… Je suis d'une nature joyeuse, qui recherche l'harmonie, le partage et l'engagement. Je ne suis pas très matérialiste. J'aime marcher en montagne et voir des gens. L'IA ne sera jamais intelligent, ce sont les humains qui le sont. Idem pour la smart city.

Ses pensées en se rasant… Je ne pense pas à grand-chose car j'écoute la radio. Je pense aussi je suis en retard après avoir fait du vélo !




Caroline THERMOZ-LIAUDY
Journaliste

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