AccueilActualitéGrand témoinÉric Meunier, directeur interrégional des douanes de la région Auvergne-Rhône

Éric Meunier, directeur interrégional des douanes de la région Auvergne-Rhône

L’institution, plus connue pour son rôle de contrôle et de répression, possède pourtant aussi toute l’expertise de la chaîne d’exportation pour accompagner le développement commercial des entreprises au-delà des frontières. Une mission qu’Éric Meunier, le directeur interrégional des douanes de la région Auvergne-Rhône-Alpes, souhaite encore mieux faire connaître, notamment à travers le dispositif Team France Export.
Éric Meunier, directeur interrégional des douanes de la région Auvergne-Rhône
© Marine-Agathe Gonard - Eric Meunier a reçu la Médaille de la défense nationale (agrafe marine) en 2011 et a été nommé Chevalier de la Légion d’honneur en 2015.

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Quelle est votre analyse du creusement du déficit du commerce extérieur français
depuis 20 ans ?

Difficile pour un douanier tel que moi, qui veut rester dans son domaine de compétence, d’expliquer
la désindustrialisation de la France. Mais il est facile de leconstater parce que le déficit de la balance commerciale, c’est bien les Douanes qui le mettent en statistique tous les mois à travers la diffusion des chiffres du commerce extérieur français.

Le fait que nos entreprises se soient beaucoup tournées vers les services et non plus vers la production, qu’elles n’aient pas suffisamment robotisée leur chaîne de production, a conduit à cette désindustrialisation. Il faut constater aussi que les importations sont des biens que nous ne produisons plus.

Ainsi, les entreprises françaises ne produisent pas ce que les Français consomment. Nous sommes capables de fabriquer ces produits avec des coûts que nous pouvons tout de même maitriser. Nous n’avons pas de problème de productivité liée au travail et c’est un peu facile de se réfugier derrière « les 35 heures ». Pour autant, nous avons des entreprises qui peuvent trouver des financements pour y parvenir. Les productions qui ont été ainsi délocalisées nécessitent qu’on puisse les réimporter.

Chez les Allemands, c’est différent. Ils font fabriquer les petits composants à l’étranger en délocalisant à proximité et font revenir ces pièces détachées ; et ils assemblent leurs véhicules ou leurs machines outil en Allemagne qu’ils exportent ensuite, avec l’avantage de l’origine UE et la marque allemande.

"Notre coeur de métier, c’est le bien le commerce international"

Comment pourriez-vous définir votre action auprès des entreprises ?
Il faut montrer les enjeux et les opportunités de l’export auprès des entreprises, encore et encore et enlever l’idée de la tête des dirigeants que la Douane n’est là que pour sanctionner et contrôler en réprimant.

Nous nous nous positionnons bien sûr dans un rôle de protection des citoyens et des entreprises, contre les stupéfiants et les contrefaçons par exemple. Mais notre autre mission, est celle de l’accompagnement et du conseil aux entreprises.

Notre coeur de métier, c’est le bien le commerce international. Nous nous intégrons en tant que facilitateurs quant aux formalités afin de les rendre plus fluides, économiques et ergonomiques, par rapport aux besoins d’importation ou d’exportation des entreprises.

Ses dates clés

1983 Inspecteur des Douanes

2011 Administrateur supérieur à la Direction Générale des Douanes

2015 Directeur interrégional des Douanes des Hauts-de-France

2020 Directeur interrégional des douanes de la région Auvergne-Rhône-Alpes

L’export un levier de croissance


Comment s'inscrit l'action des douanes dans le processus d'internationalisation d'une entreprise ?

L’important est d’amener l’entreprise à nous donner les informations relatives à son besoin d’exportation par rapport à une marchandise et un pays cible.

Nous allons alors pouvoir étudier les accords de libre-échanges qui permettent de trouver des opportunités, de débusquer les renseignements tarifaires contraignants, c’est-à-dire de s’assurer que la nomenclature douanière qui sera choisie est la bonne pour éviter les surprises lors du passage en douane du pays où le produit sera importé.

C’est bien l’ensemble de la chaîne d’exportation que nous allons expertiser et à partir de laquelle nous pourront conseiller le chef d’entreprise. C’est le travail de nos cellules conseil aux entreprises de chaque direction des Douanes qui permet de développer cette mission. En parallèle, l’entreprise peut opter pour un statut d’opérateur agréé (Opérateur économique agréé, OEA, Ndlr) qui implique un audit de l’entreprise de la part des douanes.

Certaines entreprises peuvent craindre une telle démarche mais là encore, il faut démystifier notre action. Car très clairement, les audits réalisés ne sont pas un contrôle mais permettent à la société de bénéficier d’un statut qui va simplifier et alléger ses procédures douanières.

"La réindustrialisation de la France passe par la réindustrialisation de nos régions."

Les avantages de trésorerie sont réels, car des exonérations de garanties sont obtenues ainsi que l’application d’accords de reconnaissance mutuels. Si une entreprise est agréée OEA et qu’elle exporte par exemple aux États-Unis, les autorités américaines considèreront qu’elle est sûre. De fait, les procédures douanières localement seront simplifiées. Je rappelle que ce service d’audit, est gratuit. Les entreprises doivent se rendre compte qu’elles peuvent aller chercher des gains de rapidité et de compétitivité dans leurs démarches d’internationalisation.

Les Douanes sont également présentes à l’étranger grâce à un réseau d’attachés douaniers qui peut être actionné par les entreprises françaises lorsqu’elles sont en difficulté, notamment sur des questions de dédouanement.

Nous avons par ailleurs la possibilité de mettre en place des régimes particuliers, liés à l’exonération de droits et de taxes qui permettent de stocker de la marchandise (type pièces détachées, Ndlr) pour la transformer ou l’incorpo rer dans une production.

Pour mieux connaître nos services, nous avons organisé des webinaires en partenariat avec la Team France Export (ensemble d’acteurs privés et publics régionaux qui accompagnent les entreprises à l’export, Ndlr) pour que les entreprises puissent récolter de l’information et ainsi faciliter la mise en contact avec nos services.

La réindustrialisation de la France passe par la réindustrialisation de nos régions. Pour cela, nous devons être présents au plus proche des territoires. Nous sommes bien sûrs présents à Lyon mais également à Chambéry, Annecy et Clermont-Ferrand.

Quelle analyse faites-vous de la Team France Export dans une région qui reste une bonne élève en matière d'export ?

Auvergne-Rhône-Alpes représente le 2e PIB national derrière l’Île-de-France. C’est une région qui concentre un peu plus de 500 000 emplois industriels. En revanche son solde import-export est négatif. Elle reste néanmoins très dynamique mais on ne peut pas se satisfaire de 1 600 entreprises régionales exportatrices. Elles pourraient être le double.

L’action de la Team France Export génère ce dynamisme à l’international et je reste admiratif de cette synergie des services publics et privés localement. L’accélération du commerce international pour une entreprise génère de la croissance de son chiffre d’affaires, de son emploi, de sa fiscalité, c’est donc essentiel.

"Améliorer la balance commerciale c’est certes exporter plus mais c’est aussi importer moins."

On ne peut pas se permettre d’être le pays de l’Union Européenne avec le déficit commercial le plus élevé. On ne peut plus se reposer sur des lauriers aujourd’hui défraîchis. Il faut accompagner les entreprises au niveau de la formation dans les métiers de l’industrie et réorienter nos productions vers des biens qui se vendent à l’étranger et qui se consomment aussi en France.

Améliorer la balance commerciale c’est certes exporter plus mais c’est aussi importer moins. Le Plan Relance lancé par l’Etat a par ailleurs axé son effort sur l’export avec les chèques Relance Export dont ont bénéficié largement entreprises régionales.

C’est un signe très positif mais il ne faut pas tout attendre de l’Etat. Les PME et ETI doivent se développer, notamment à l’international avec certes des risques industriels et nous devons des accompagner pour créer ainsi de la valeur ajoutée. Les initiatives se multiplient en région et je reste persuadé que les petits ruisseaux font de grandes rivières.

Entre nous...

Son style de management... Travailler en équipe, en insufflant du respect et de la contradiction

Ses lectures... Les livres de Jacques de Perret

Son lieu ressourçant... Je suis un amoureux du massif de la Chartreuse, un endroit magnifique

Ses inspirations... Guy Rouyère, ancien directeur interrégional des Douanes, passé par Lyon pour son dynamisme et son autorité légitime.


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