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Eric Baissus (Kalray) : "L'Europe peut réussir en misant sur des technologies différentes"

Publié le - - Grand témoin

Eric Baissus (Kalray) : "L'Europe peut réussir en misant sur des technologies différentes"
© Pierre Jayet - Eric Baissus, président du directoire de Kalray.

Véhicules autonomes, 5G, datacenters… autant de marchés en croissance qui ont moins soufferts des conséquences économiques de la crise de la Covid-19 Une aubaine pour l'entreprise technologique iséroise Kalray, spécialiste des processeurs intelligents. Tour d'horizon avec Eric Baissus, président du directoire.

Kalray a souscrit un Prêt garanti par l'Etat de 5 M€ et décalé ses objectifs de chiffre d'affaires de six mois. Comment avez-vous vécu cette crise ?

"La situation est difficile, pour nous comme pour les autres, et nous avons réfléchi à comment sécuriser et pérenniser cette période. La trésorerie est essentielle : nous sommes donc allés chercher le PGE, même si nous n'étions pas dans l'urgence. Nous avons même réussi à augmenter notre position de cash de plus de 4 M€ par rapport à 2019.

Nous avons aussi levé 5 M€ de plus en bourse et fait rentrer un nouveau partenaire industriel pour nous mettre à l'abri des différentes tempêtes. Nous avons la chance de pouvoir travailler de chez nous, et sur un marché dont la tendance a été accélérée par cette crise. Par contre, certains délais ont été rallongés car il y a des tensions en matière d'approvisionnement de cartes ou autres composants. L'autre effet négatif, c'est l'absence de salons qui nous empêche d'aller à la rencontre des clients."

Dans le détail, comment se sont opérés ces investissements ?

"L'opération emblématique de 2020 reste l'investissement de NXP au capital de Kalray. Il s'agit du plus gros fabricant mondial de puces dans l'univers de la voiture. L'industriel a investi 8 M€ dans Kalray en échange d'un peu moins de 10 % des parts pour conserver notre complète liberté d'action. Les raisons de ce partenariat stratégique, c'est la volonté d'aller davantage sur le marché de la voiture autonome, un marché à plus long terme que nos travaux pour les data centers, mais qui promet d'être un très gros marché, et pour lequel je crois que notre technologie est particulièrement pertinente.

Nous allons avancer ensemble, nous reposer l'un sur l'autre. Nous avons aussi sécurisé une ligne de 12 M€ avec un opérateur, Kepler Cheuvreux, qui permet d'émettre un certain nombre d'actions au fil de l'eau, pour offrir à Kalray un financement complémentaire. Ça a aussi l'avantage de pousser la liquidité pour acheter ou vendre plus facilement."

Vous annoncez également un partenariat avec Wistron…

"C'est une annonce cruciale. Wistron – l'une des plus grandes sociétés de serveurs au monde - et nous, travaillons depuis quelques années pour développer des serveurs de stockage, plus rapides et performants pour les data centers. Notre chiffre d'affaires devrait décoller en 2021 sur ce plan, car Wistron a poussé sur le marché un nouveau serveur de stockage qui intègre le Coolidge.

© DR / Eric Baissus entouré d'Éric Dalbiès, président de Safran Corporate Ventures et Martin Sion, président de Safran Electronics & Defense lors de l'entrée de l'équipementier au capital de Kalray lors d'une levée de fonds de 23,6 millions d'euros en 2017, un an avant son entrée en bourse en juin 2018.

Technologies avancées

Justement, 2020 est aussi l'année de l'arrivée sur le marché de votre processeur Coolidge. Quel regard portez-vous sur son efficacité dans les produits de vos clients ?

"Nous avons fait la transition entre l'arrivée de Coolidge et le fait que nous avons construit tout l'environnement de cartes et de logiciels, pour que nos clients puissent développer leurs produits. Il faut toujours trois générations avant qu'un produit parte en volume et génère des revenus. Il y a des étapes : d'abord valider la technologie, puis on l'intègre dans un système pour prototyper auprès des clients. La troisième génération est construite avec les retours des clients, et est donc cohérente avec leurs besoins.

Nous avons annoncé il y a quelques semaines, le premier produit d'un client qui arrive sur le marché avec Coolidge. 2021 sera aussi une année importante car les clients vont déployer leurs produits sur le marché, et on devrait vendre nos cartes et nos puces massivement, et donc générer des revenus. Notre objectif est ambitieux : 100 M€ de chiffre d'affaires en 2023."

Néanmoins, vous travaillez déjà sur Coolidge 2…

"Nous devons d'ores et déjà penser à la suite, et nous avons deux pistes pour cela. D'abord Coolidge 2 qui est une évolution dans la lignée de notre processeur actuel. Nous avons également annoncé la mise en place d'une ligne de financements de 12 M€ pour la génération suivante, qui s'appellera Dolomite.

Là, on veut travailler avec l'écosystème européen, pour être au cœur des accélérateurs de demain et, pour devenir leader européen sur ce marché. Mais on parle de puces qui seront disponible sur le marché autour de 2024."


Ses grandes dates

1995 Gestionnaire de systèmes chez Texas Instruments

2002 Il cofonde Open Plug, basée à Sophia Antipolis, qu'il dirige toujours aujourd'hui

2010 Intègre Alcatel Lucent en tant que vice-président R&D

2014 Nommé président et CEO de Kalray


"Nous avons développé des technologies uniques et brevetées"

Que permettent vos processeurs comparés à ceux du marché ?

"Les marchés de la 5G, ou encore du véhicule autonome, sont des marchés différents de ceux que l'on connaît. Nos processeurs visent les nouveaux marchés des systèmes intelligents qui sont capables de comprendre leur environnement, de l'analyser, et éventuellement de prendre une décision.

C'est typiquement le cas de la voiture autonome : une voiture bardée de capteurs, qui vont générer un énorme flux de données. Ces données n'ont aucun intérêt si elles ne sont pas analysées en temps réel. Si un piéton doit traverser, il faut le repérer, l'analyser, et décider tout de suite. C'est ce qu'on appelle l'Edge computing. Ce besoin est complètement différent de celui de votre ordinateur ou de votre ordinateur portable. Il nécessite des processeurs troisième génération.

Nous avons développé des technologies uniques et brevetées, qui revoient entièrement l'architecture, et qui permet d'agréger des centaines de cœur. Nous avons une génération qui a 256 cœurs par exemple, c'est un record mondial. Mais au-delà du nombre, il a fallu construire une architecture qui garde l'efficacité et qui fonctionne de façon indépendante. Ces processeurs sont donc extrêmement pertinents pour analyser les grands flux de données en temps réel."

© Kalray

On met néanmoins en avant le fait que les technologies informatiques ou de télécommunications sont polluantes. Quel est votre point de vue sur cette question ?

"Ces usages sont poussés par tout le monde parce qu'il y a un besoin. Maintenant, il faut réfléchir pour que les technologies soient le moins intrusives possibles. Mais, quand on veut contrôler le feu tricolore d'une smart city, c'est pour qu'il y ait moins de bouchons, ou pour faire en sorte qu'une voiture ne reste pas arrêtée, avec le moteur qui tourne, alors qu'il n'y a personne au carrefour. Ce sont des émissions en moins.

Notre contribution sera de permettre d'avoir des systèmes beaucoup plus efficaces. Nous travaillons, avec Safran, à des moteurs d'avions qui pourraient réduire de façon drastique la consommation. La technologie n'est pas bonne ou mauvaise, il faut la rendre efficace. S'il y a beaucoup de consommation aujourd'hui, c'est parce qu'il y a beaucoup d'utilisateurs, qui correspondent à des usages."

"Inutile d'aller concurrencer Intel ou Apple"

Depuis un an, on parle beaucoup de souveraineté économique. La France est-elle en mesure de tenir la place souveraine qu'elle aspire à occuper en matière d'Edge computing ?

Le besoin est évident. Si demain l'Europe est incapable de développer les processeurs performants qui puissent nourrir ses industries - de l'aéronautique, automobile, etc., - alors l'Europe a un vrai souci.

Pour ce qui est de la capacité à réussir, je suis convaincu qu'il sera très difficile d'être bons sur les marchés qu'on a déjà perdus. Inutile d'aller concurrencer Intel ou Apple, sur des domaines où on a trop de retard. Mais il y a des batailles où on a nos chances : c'est pour cela que Kalray existe. Oui, l'Europe peut réussir en misant sur les technologies différentes.

Nous avons des atouts pour réussir car sur les technologies embarquées l'Europe n'est pas mauvaise. Elle est beaucoup plus performante que sur le "consumer". Ces technos vont se retrouver dans les très grosses industries : on ne parle pas d'équiper votre téléphone, mais votre voiture ou un avion.

Entre nous...

Son rituel du matin... Une demie heure de méditation

Son livre de chevet... J'en ai plusieurs. Mais je relis souvent Le pouvoir du moment présent, de Eckhart Tolle

Son activité ressourçante​... Beaucoup de sport. Je cours en particulier




Caroline THERMOZ-LIAUDY
Journaliste

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