Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Emmanuel Squinabol : « Préserver le capital humain et les trésoreries »

Publié le - - Grand témoin

Emmanuel Squinabol : « Préserver le capital humain et les trésoreries »

L'association Prévention & Retournement (présente en Auvergne-Rhône-Alpes et en Provence-Alpes-Côte-d'Azur) accompagne les entreprises en difficulté pour éviter tout redressement judiciaire. En cette période de crise sanitaire et économique, son président, Emmanuel Squinabol témoigne de l'engagement sans faille de ses adhérents - experts-comptables, avocats, administrateurs et mandataires judiciaires, banquiers ou encore assureurs - aux côtés des dirigeants pour pour diffuser les bonnes pratiques et cibler les points de vigilance nécessaires à leur restructuring. Selon Emmanuel Squinabol, cet ensemble des process de gestion, de restructuration et de refinancement doit s'appréhender de manière positive malgré un contexte tendu, avec comme finalité, la préservation du capital humain et des trésoreries.

En tant que conseil en finance, quelle est votre analyse de la crise que nous traversons ?

L'économie française vient de connaître une dizaine d'années de difficultés consécutives à la crise de 2008 et on commençait à voir le bout du tunnel depuis deux ans. Suite à la crise de 2008, 65 000 procédures collective ont été enregistrées annuellement en France et on a constaté une vraie décrue entre 2018 et 2019, avec un point bas à 50 000 procédures environ fin 2019. Un constat d'assainissement avec une baisse des défaillances.

Cette nouvelle crise va nous replonger sur des niveaux de procédures collectives plus que significatifs, même si à ce stade il est impossible d'avancer un chiffre ; les tribunaux de commerce ayant entamé un cycle de fonctionnement au ralenti depuis 15 jours. On attend plutôt une vague de défaillance sur la fin du mois d'avril et mai.

Les petites entreprises sont les plus touchées mais plus globalement, quel est le terreau favorable aux défaillances d'entreprise dans ce contexte de crise ?

L'exemple des chaussures André qui sont en procédure de redressement judiciaire montre que toutes les tailles d'entreprise sont touchées. L'état de cessation des paiements est une donnée juridique et financière. C'est l'instant ou l'entreprise ne dispose plus suffisamment d‘actifs disponibles pour faire face à ses passifs échus. En d'autres termes, l'entreprise ne dispose plus de la trésorerie nécessaire pour pouvoir payer les dettes échues (fournisseurs, banques, sociales et fiscales). C'est au moment où le dirigeant constate que son entreprise est en état de cessation des paiements qu'il a légalement 45 jours pour aller déposer au greffe du tribunal de commerce une déclaration de cessation de paiement. A partir de cet instant s'ouvre une procédure de redressement judiciaire.

En cela, le rôle des tribunaux de commerce est essentiel ?

Le rôle du tribunal de commerce est prépondérant, notamment en amont, dans la détection et la prévention des difficultés des entreprises. La détection peut se réaliser sur l'information juridique et financière qui doit être déposée par les entreprises ou par les commissaires aux comptes qui ont l'obligation, avec la procédure d'alerte, d'informer le tribunal de commerce. Celui-ci effectue ainsi une veille permanente pour pouvoir engager la réflexion avec le chef d'entreprise sur les perspectives de traitement de ces difficultés et de la sortie de crise. Dans ce contexte, les tribunaux de commerce peuvent proposer aux chefs d'entreprise d'envisager des procédures amiables que sont le mandat ad hoc ou la conciliation. Et si les difficultés sont plus importantes et qu'elles ne peuvent pas être traitées par voie amiable, l'entreprise est dirigée vers la procédure collective.

En début d'année, quand le nouveau président du tribunal de commerce de Lyon, Thierry Gardon, a démarré son mandat, il a clairement expliqué dans son programme, que la détection et la prévention étaient des piliers essentiels.

Les conseils aussi ont un rôle à jouer : ce n'est pas naturel pour un chef d'entreprise d'aller voir un président de tribunal de commerce lorsque celui-ci commence à rencontrer des difficultés. Il faut qu'il puisse s'appuyer sur ses conseils historiques : l'expert-comptable qui est au quotidien aux côtés du dirigeant pour faire les paies, les déclarations de TVA ou obtenir des tableaux de bord. Et l'avocat qui assure le secrétariat juridique et qui est présent aux assemblées générales.

Quelles sont les phases économiques qui émergent en temps de crise à l'instar de celle que nous connaissons ?

Cette crise est particulière car nous venons de vivre depuis plus de trois semaines une situation en constante évolution. A partir du moment où nous sommes entrés en confinement, les chefs d'entreprises se sont rapidement rendus compte qu'il fallait très vite sécuriser la trésorerie pour pouvoir passer cette période et anticiper le redémarrage de leur activité afin de financer le cycle du besoin en fond de roulement.

Une phase durant laquelle il y a eu beaucoup d'annonces de la part du gouvernement, de la BPI, de l'ensemble des banques et des organisations patronales. Chacun essayant d'avoir son propre input.

L'exemple du chômage partiel est parlant. Entre le premier discours du président Macron expliquant que ce dispositif allait être mis en place pour tous dans de très bonnes conditions pour les salariés et les ordonnances qui ont donné le vrai cadre, il s'est passé deux semaines et demi. C'est le cas aussi pour le prêt garanti par l'Etat ou le prêt « Atout » de la BPI. On savait que les services de l'Etat travaillaient à trouver des solutions. En revanche, toutes les hypothèses que l'on pouvait prendre en compte dans les prévisions de trésorerie, étaient des éléments mouvants et qu'il était très difficile de se faire une opinion fiable et exhaustive. Aujourd'hui, tout est plus cadré.

Cette première phase va durer toute la période de confinement. Ce n'est que lorsqu'on en sortira que nous pourrons élaborer des plans de sortie de crise à moyen et long terme parce que l'on aura l'ensemble des moyens qui seront à nouveau mis à notre disposition. Cette deuxième phase risque de durer plusieurs mois voire plusieurs années.

Quel est l'objectif et les missions de l'Association prévention et retournement ?

A l'origine, l'APR a été fondée par des professionnels de l'entreprise en difficulté qui avaient fait le constat que le métier du restructuring en était à ses balbutiements et qu'il n'y avait pas de lieu de rencontre et d'échanges pour pouvoir faire des retours d'expérience et structurer ces grandes branches que sont le conseil financier et du conseil juridique. Avocats, administrateurs judiciaires et conseillers financiers ont commencé à structurer ce réseau. Les crises successives ont conduit à la spécialisation de certains professionnels sur cette compétence et ont grossi les rangs de l'association qui compte aujourd'hui 130 membres répartis entre les régions de Lyon et de Marseille.

L'objectif de l'APR est de fédérer les professionnels de l'entreprise en difficulté afin qu'ils puissent échanger et partager ces expériences, non pas dans un contexte de concurrence mais dans un environnement positif de réflexion, au bénéfice de l'entreprise.

Vos motivations à devenir président ?

Ça fait 20 ans que je fais du conseil pour les entreprises en difficulté. C'était pour moi un véritable sacerdoce.

Y-a-t-il des régions plus épargnées que d'autres en France selon leur dynamisme économique ?

Je ne pense pas qu'il y ait de différences fondamentales d'une région à l'autre. L'ampleur de la crise est telle que toutes les entreprises vont être touchées, quels que soient leurs taille et leur secteur d'activité. On a plutôt dans nos portefeuilles de clients des PME et des ETI qui rencontrent toutes les mêmes difficultés d'exploitation et de préservation du capital humain. Celui-ci est indispensable lorsque l'activité redémarrera, afin que toutes les forces vives de l'entreprise puissent à nouveau contribuer à son développement.

Des bonnes pratiques au niveau du monde de l'entreprise peuvent émerger suite à cette crise ?

L'élément à respecter est le crédit inter-entreprise. C'est probablement la base des flux financiers qui vont permettre à nos entreprises de s'en sortir. L'Etat a suffisamment ouvert les vannes avec les dispositifs du chômage partiel, avec les liaisons avec la BPI et les aides multiples pour ne pas asphyxier encore plus l'économie.

Comment s'intègre le retournement dans le mécanisme d'une économie ?

On remarque que le retournement est beaucoup plus aisé quand il y a encore un marché. Actuellement, quand une entreprise œuvre dans le milieu du textile ou du retail, les plans de retournement seront plus compliqués à mettre en œuvre que si l'entreprise est issue du monde de la tech ou de la chimie.

Un plan de retournement n'a véritablement de sens et de succès que dans ce contexte là. Une entreprise qui a des difficultés possède de nombreux leviers juridiques et financiers à disposition pour mettre en œuvre ce plan. La condition sine qua non étant la capacité d'une entreprise à générer de l'activité.

La vitesse de la propagation de cette crise économique est stupéfiante qu'en pensez-vous ?

Pour certains chefs d'entreprise, 15 jours sans activité est une éternité notamment pour ceux qui étaient déjà en difficulté. Et si l'on se réfère à la dernière crise de 2008, le contexte est différent. Durant cette période c'étaient plutôt les institutions financières qui étaient touchées contrairement à l'économie réelle qui ne l'a été que partiellement. Aujourd'hui, celle-ci est touchée de plein fouet et aura du mal à s'en remettre.

Ses dates clés

2020 : Associé chez Advance Capital et création de l'activité Restructuring au niveau national

2016 : Président de l'Association Prévention & Retournement

2015 : Associé chez Mazars en charge de l'activité Restructuring

2000 : Obtention du diplôme d'expert-comptable et de commissaire aux comptes




Julien THIBERT
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer