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Egalité hommes-femmes : les entreprises sur le bon chemin ?

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ce 8 mars, où se situe la région Auvergne-Rhône-Alpes sur ce long chemin vers l’égalité ?
Egalité hommes-femmes : les entreprises sur le bon chemin ?
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Le 1er mars, les entreprises de plus de 50 salariés avaient obligation de publier leur index de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Une première étape, mais des marges de progression subsistent.

Comme le déclarait Elisabeth Moreno, ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes lors du dévoilement de la campagne 2021 de l’index d’égalité : "L’émancipation économique des femmes est la condition première de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes."

En région Auvergne-Rhône-Alpes, au 4e trimestre 2021, les femmes représentaient 52 % des demandeurs
d’emploi toutes catégories, contre 59 % il y a 20 ans. "Même si la région est très dynamique, l’écart salarial entre femmes et hommes atteint 21 %, contre 19 % au national, pointe Claire Bonici, référente mixité à Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes. Parmi les 97 familles professionnelles, les femmes ne sont présentes que dans 12, et notamment dans des métiers les moins rémunérateurs tels que ceux du "care",
ou de l’action sociale, pourtant essentiels et en tension".

Le télétravail, pas forcément un atour pour l'égalité hommes-femmes

Par ailleurs, les femmes constituent 30 % des familles monoparentales, occupent 80 % des temps partiels, et représentent 70 % des bas salaires temps plein, dans des métiers majoritairement féminins, sous-valorisés et précaires, qui ont servi de variables d’ajustement durant la crise sanitaire. Cette crise a accentué la vulnérabilité économique des femmes "de 9 % alors qu’une baisse de 2,7 % était attendue au niveau international, si la crise n’avait pas eu lieu", selon l’ONU Femmes.

"Le télétravail est une pièce à deux faces : un outil de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, mais en créant une porosité entre les deux vies avec pour conséquence une charge mentale accrue", analyse Audrey Ellouk Barda, déléguée générale de la formation égalité professionnelle du Haut conseil à l’égalité (HCE).

En 2021, « Les Glorieuses » ont estimé qu’à partir du 3 novembre et jusqu’à la fin d’année, les femmes travaillaient symboliquement sans être payées. Une équité dans la rémunération qui, pour le Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes (Casra) est devenue une priorité. "Lors de la négociation annuelle obligatoire
(NAO), la commission égalité professionnelle où siègent la direction du Casra et les représentants syndicaux, a négocié une enveloppe mensuelle de 18 000 € dédiée aux rattrapages des écarts entre les rémunérations femmes-hommes. Soit 15 % de l’ensemble de l’enveloppe NAO négociée", souligne François Guillebert, directeur RH.

Sphères dirigeantes : la mixité loin d'être acquise

La banque ambitionne de porter l’écart salarial de 5 % à 0 % d’ici fin 2023. Avec un index égalité de 88/100, le Casra vise la parité parmi ses managers à travers son projet d’entreprise Cap 25. "Ce travail de
longue haleine passe par des actions de « détection » au sein de nos équipes de jeunes femmes à potentiel, motivées et mobiles qui seront formées et tutorées afin qu’elles se projettent dans l’entreprise. Ensuite, sera mise en place une gestion spécifique des trajectoires leur permettant d’accéder à des carrières ambitieuses au même titre que leurs collègues masculins."

La mixité au sein des sphères dirigeantes est loin d’être acquise et ce malgré la loi Copé-Zimmermann de 2011 qui imposait 40 % de femmes dans les conseils d’administration. Si dix ans plus tard, ce taux atteint 44,6 % la loi n’a pas eu de « ruissellement » de la féminisation vers les comités exécutifs et de direction.

Seules trois femmes occupent un poste de direction sur les 120 plus grandes entreprises françaises. Raison pour laquelle la loi Rixain adoptée en décembre 2021 prévoit d’instaurer un quota de représentation de chaque sexe parmi les cadres dirigeants et les membres des instances dirigeantes des entreprises d’au moins 1 000 salariés : 30 % de femmes en 2027 et 40 % en 2030.

Un quota déjà atteint par Hardis group, éditeur de logiciels, dont le comité exécutif compte "30 % de femmes alors que la moyenne nationale est de 20 %. On a un programme en interne pour mettre en exergue des parcours inspirants de femmes devenues managers et briser ainsi le plafond de verre. Avec des associations, on sensibilise également les femmes vers les métiers du numérique", livre Yvan Coutaz, DG de Hardis group.

Des entreprises accompagnées…

Promotion de l’égalité professionnelle et lutte contre les stéréotypes représentent un enjeu sociétal inscrit dans le projet stratégique et l’engagement RSE de Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes. Pour lutter contre les discriminations de genre, l’opérateur public sensibilise ses conseillers pour qu’ils proposent une diversité de profils aux recruteurs, mais également les femmes qui s’interdisent parfois elles-mêmes l’accès à certains métiers.

Et pour s’ouvrir le champ des possibles, les « demandeuses » d’emploi peuvent recourir à des mises en situation ou des immersions professionnelles afin de découvrir les métiers de l’industrie, de la transition écologique, ou du numérique.

De son côté, l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract), accompagne les TPE et PME dans leur diagnostic en matière d’égalité professionnelle, via l’organisation de réunions de travail regroupant des membres de la direction, des représentants syndicaux et/ou du personnel ainsi que des salariés.

"Les entreprises s’adressent à l’Aract sur des préoccupations quotidiennes et pas directement pour l’égalité professionnelle femmes-hommes. Il peut s’agir de numérisation, de processus de production, de nouvelle organisation du temps de travail, notamment le télétravail, de l’absentéisme, ou de difficultés de recrutement. Nous leur proposons de travailler ces thématiques en intégrant la dimension femmes-hommes", précise Sophie Le Corre, chargée de mission à l’Aract.

"Face à la perplexité de leurs obligations et par peur de sanctions, certaines entreprises sont tentées de copier-coller des accords de branches, au risque que ces actions ne répondent pas à leurs véritables besoins." Des outils gratuits en ligne sont également proposés sur les sites de l’Anact et du ministère du Travail aux dirigeants d’entreprises afin de les aider à dresser leur diagnostic et à évaluer leur index d’égalité.

…et engagées dans l’égalité

Depuis 2019, toutes les entreprises de plus de 250 salariés et, depuis 2020 toutes celles de plus de 50 salariés doivent calculer et publier leur index d’égalité professionnelle chaque année au 1er mars. Les entreprises doivent mesurer les écarts de rémunérations entre femmes et hommes à partir de 4 ou 5 indicateurs (la suppression des écarts de rémunération, la même chance d’obtenir une augmentation, une promotion, l’augmentation de salaire garantie au retour de congé maternité et la parité parmi les 10 plus hautes rémunérations) selon l’effectif.

Elles doivent ensuite publier leur note globale sur 100, ainsi que celle obtenue à chacun des indicateurs sur leur site Internet. Sur les cinq indicateurs, deux sont toujours à la traîne : les indicateurs « congés maternité » et « hautes rémunérations », sachant que seulement ¼ de l’ensemble des entreprises respectent une parité ou quasi-parité des rémunérations.

Selon les chiffres de la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités, au 1er mars 2021, pour l’année de référence 2020, le taux de déclarants est de 68 % pour les entreprises de plus de 50 et moins de 250 salariés, de 97 % pour celles entre 250 et 1 000 salariés, et de 100 % pour celle de plus de 1 000 salariés. Tous effectifs confondus, la moyenne de l’index 2021 en région Auvergne-Rhône-Alpes s’établit à 84/100 contre 85 au national.

Par tranche d’effectifs, pour les entreprises de plus de 50 salariés, elle est de 84, pour celles de plus de de 250 salariés 85 et pour les plus de 1 000 salariés 87/100. En région 8 % des répondants ont une note inférieure à 75 /100 et 2 % des entreprises ont obtenu la note de 100/100 (47 en Aura, 442 en France). Celles qui n’ont pas publié leur index au 1er mars encourent une mise en demeure de l’inspection du travail et doivent y remédier dans un délai minimum d’un mois.

En revanche pour les entreprises ayant obtenu une note inférieure à 75/100, elles disposent d’un délai de 3 ans pour mettre en place des mesures correctives, sous peine de sanctions financières pouvant aller jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires. À ce jour, la Dreets Auvergne-Rhône-Alpes « a ouvert moins d’une dizaine de procédures de pénalités. » Pour 2022, le gouvernement a acté l’augmentation de 9 M€ du budget dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes qui atteindra 50,6 M€.

Vers une relance plus paritaire ?

« La relance doit être paritaire » ont lancé 120 responsables de réseaux féminins et entrepreneuses, qui ont signé une tribune parue en janvier 2021 dans le JDD, au Président Macron. Considérant que les femmes sont les premières touchées par les effets économiques de la crise sanitaire, les signataires réclamaient quatre mesures : des quotas pour les Comex (appel entendu avec la loi Rixain), des revalorisations salariales, des mesures pour accompagner les entrepreneures et davantage de financements.

Le 5 mars 2021, l’État et Bpifrance ont décidé de renforcer leurs efforts pour encourager et accompagner la création et la reprise d’entreprise par les femmes, en signant le 4e accord-cadre en faveur de l’entrepreneuriat par les femmes2021-2023. Il existe aussi des dispositifs spécifiques comme la « Garantie Egalité Femmes», mise en place par le réseau France Active, et dédiée aux femmes demandeuses d’emploi ou en situation de précarité.

En 2019, les femmes représentaient seulement 30 % des créateurs d’entreprises, proportion quasi stable depuis 2015. Selon une étude diligentée par le réseau féminin Bouge ta boite, « plus de 66 % des entrepreneures, se rémunèrent moins de 1 500 € par mois, contre le double pour les hommes. Par ailleurs, plus de 86 % des entreprises de plus de 10 salariés sont dirigées par des hommes. » Pour renforcer les mesures en faveur de l’égalité, le gouvernement a acté l’augmentation de 9 M€ du budget dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes qui atteindra 50,6 M€ en 2022.

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