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Editorial - Régime sans selle...

Vu le déchaînement de prises de position, d’indignations, de protestations à propos d’une banale erreur de viande dans des plats cuisinés, on a vraiment l’impression que journalistes, hommes politiques, fonctionnaires et experts de tout poil ont mangé...

ActualitéSociété Publié le ,

du lion. Après tout, y avait-il matière à monter sur ses grands chevaux pour cette confusion: boeufs et chevaux, que l’on sache, ont tous les deux quatre pattes, peuvent tous les deux (pouvaient, devrait-on dire) nous aider dans les travaux des champs et, vus de loin, se ressemblent quelque peu: certains sont vraiment très (ou trop) à cheval sur les principes. Ou bien alors ont des oeillères car il semble bien qu’elle n’était pas avariée cette viande. C’est à se demander s’il n’y a pas derrière tout cela des intentions cachées, de la manipulation de la part de quelques chevaux de retour de l’agit-prop pour déstabiliser notre société, voire même notre gouvernement dont les rênes sont pourtant fermement tenues par le Premier ministre. A moins qu’il s’agisse d’une manoeuvre pour faire revenir les responsables européens sur leur décision de réduire le budget communautaire; David Cameron et Angela Merkel, dont c’était le cheval de bataille, ayant obtenu ce qu’ils voulaient. L’argument pour les détracteurs d’un budget en baisse serait alors, en substance, «vous voyez bien qu’il faut plus de contrôle, donc de fonctionnaires, donc de moyens». Une façon détournée de remettre en cause le remède de cheval administré aux finances de la communauté.
Pourtant, on en conviendra, toutes ces entreprises, qui se refilent des cargaisons de viande dans une cascade d’échanges (qui donne le tournis) entre pays, ne sont pas au fond de mauvais chevaux. Elles sont bien obligées, avec la crise, de s’adapter: on sait bien que les commandes, les opportunités commerciales ne se trouvent pas, aujourd’hui comme hier, sous les sabots d’un cheval. Peuton leur reprocher de ne pas avoir opté pour la bonne solution, de ne pas avoir misé sur le bon cheval ? Ce n’est pas le Medef qui dira le contraire, lui qui, avec sa lancinante rengaine, «libérer les énergies des entreprises», demande ni plus ni moins qu’on les remette en selle, qu’on leur lâche la bride à ces entreprises afin qu’elles puissent, à bride abattue, générer la croissance qui nous fait tant défaut.
Ah, sûr que ce n’est pas avec encore plus de réglementation tatillonne qu’on va remettre en selle nos entreprises, leur mettre le pied à l’étrier afin qu’elles prennent le mors aux dents pour s’investir dans le développement, la recherche, la conquête ou la reconquête de marchés. Aussi serait-il salutaire de fournir un dérivatif à tous ceux qui risquent de nous entraîner, à la suite de cette malheureuse confusion de viande, vers des mesures encadrant encore plus l’activité des entreprises : on pourrait, par exemple, les inciter à jouer, avec grande compétition européenne à l’appui, aux petits chevaux. Quitte à relooker cet antique jeu de société en jeu vidéo, puisque, c’est bien connu, c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe. On a dit soupe, pas plat cuisiné.

D.T.


P. S. : Aux dernières nouvelles, le Vatican n’a pas encore fait savoir si BenoîtXVI prévoit d’offrir un coup de l’étrier pour son départ. En revanche, il a bien compris que celui qui veut aller loin ménage sa monture. Et que l’on sache, l’Eglise n’a pas proposé, pour le Carême qui commence, de modifier le codex: ce sera poisson tous les vendredis, pas rôti de cheval.

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