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Editorial - Loger à la même enseigne

Alors même que l’un naissait, il y a exactement cent ans, l’autre, il y a aussi exactement cent ans, apportait une réponse à l’une des préoccupations de l’un.

ActualitéSociété Publié le ,

Henri Grouès, plus connu sous le nom de l’abbé Pierre, naissait en effet à Lyon le 5 août 1912. Et l’on se souvient de son combat, celui de toute une vie, sous une forme ou sous une autre, afin de faire cesser le scandale du manque de logement dans notre pays. Quant à Laurent Bonnevay, lui aussi rhônalpin né à Saint-Didier-au-Mont-d’Or en juillet 1870, il faisait voter la loi qui porte son nom en juillet 1912. Il y a un siècle donc.
Une loi dont on n’est pas sûr que le commun des mortels s’en souvienne bien. Que prévoyait ce texte ? Il permettait la création d’offices d’habitations à bon marché (les H.B.M. devenus quelques décennies plus tard H.L.M., habitations à loyers modérés) qui avaient droit à des prêts de la puissance publique à taux d’intérêt privilégiés. « L’outil » ainsi créé, qui complétait la loi Siegfried de novembre 1894 créant les H.B.M. et la loi Strauss d’avril 1906 qui incitait les collectivités locales à intervenir pour la construction de logements (par des prêts ou des cessions de terrains à prix bas) mettait en place un « véritable service public du logement social » pour reprendre l’expression de Christian Chevandier 1. Pourquoi revenir sur ces vieilles histoires ? Parce que, explosion du nombre de SDF, ces dernières années, la question du logement n’a toujours pas trouvé de réponse. Et pourtant, pas loin d’un quart des ménages français vivent en H.L.M. et l’abbé Pierre demeure une icône pour les Français cinq ans après sa mort.
Il y a paraît-il, une élection présidentielle qui se profile à l’horizon, et une campagne où les aspirants locataires de l’Elysée sont incités à proposer un programme aux élections. Programmes où l’on s’attendrait à trouver des propositions novatrices, hardies… un peu comme celle de la loi Bonnevay émanant en dépit de son caractère quasi-révolutionnaire sinon fortement interventionniste, d’un homme politique de droite, certes modéré, mais qui n’a rien à voir avec des personnalités beaucoup plus radicale comme Jaurès. De la même façon, on ne trouve pas dans ces programmes de propositions aussi radicales ou inventives à propos de la crise du logement que celle de l’abbé Pierre dont on ne peut pas dire qu’il se situait politiquement à gauche (il fut député M.R.P., autrement dit centriste démocrate chrétien).
Et pourtant, il y a bien un point commun entre le jeune couple qui recherche désespérément une location et le candidat à la présidentielle : il ne sont pas sûrs de trouver l’un un appartement et l’autre l’Elysée au bout de leur quête. Le fait qu’ils soient… logés à la même enseigne devraient les inciter à se rapprocher… chiche ?

D. T


1. Commémorations nationales 2012, pages 51 à 52.

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