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Editorial - Le numérique : questions sur un champion

La révolution numérique va tout balayer.

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Sans doute ? Peut-être ? Condamnés, les magasins ; livres et journaux ; armées sur le terrain ? C’est le discours dominant. A regarder de plus près.

Le commerce tout d’abord : c’est Georges Plassat qui est appelé à la barre. Le Pdg de Carrefour explique (1) : « Aujourd’hui, le numérique rapproche les gens et accélère les process ». C’est le constat. Mais le tout numérique, précise-t-il (les « pure players » comme il faut dire aujourd’hui), n’arrive pas à construire un modèle économique viable. Pour lui, « c’est la combinaison de réseaux complémentaires et denses de magasins, petits et grands, de périphérie et de proximité, avec la facilité de commande que permet le numérique, qui constitue l’avenir du commerce ». Flèche du Parthe du même Pdg : « Les formidables capitalisations (des entreprises numériques, ndlr) tiennent au fait que les nouveaux modèles et les systèmes financiers qui les soutiennent s’autoproclament comme les vainqueurs de demain ».

Livres et journaux ensuite : c’est Patrick Drahi qui est appelé à la barre. Les Français découvrent petit à petit cet homme d’affaires et entrepreneur français et israélien. Dès les années 1990, il s’investit et investit dans les nouvelles technologies : le câble et les réseaux câblés, les télécommunications, l’accès internet, la téléphonie mobile (SFR notamment). Surprise : début 2014, il met 18 millions d’euros pour sauver le quotidien Libération et il y a quelques jours, il rachète L’Express, L’Expansion et autres magazines papier. Dans le même ordre d’idée, la dernière enquête du ministère de la Culture, permet de constater que l’édition numérique de livres, c’est moins de 2 % du chiffre d’affaires de l’édition en France.

Guerres en Irak (la première), en Libye, au Moyen-Orient et en particulier contre Daech à cheval sur la Syrie et l’Irak : le réflexe occidental, c’est de privilégier les attaques aériennes, les nouvelles technologies d’acquisition du renseignement et de destruction à distance. Sauf que, et l’Afghanistan l’a bien démontré, une armée ne peut s’éxonérer, pour « tenir » un territoire, de mettre des hommes au sol, à pied souvent… et en nombre suffisant.

Il y a une quarantaine d’années, on enseignait, dans les facs et grandes écoles françaises, les thèses de Jean Fourastié. Selon lui, l’évolution économique était caractérisée par le passage de cycles en cycles, chacun des secteurs économiques (primaire, secondaire, tertiaire) prenant tour à tour le leadership de l’économie : d’abord l’agriculture (primaire), ensuite l’industrie (secondaire) avec ce que l’on qualifiait de révolutions industrielles, ensuite les services (tertiaire), ces derniers étant promis à nous assurer un avenir économique radieux, agriculture et industrie étant condamnées à un rôle mineur. Durant des décennies, on a ainsi, en France, encensé les services, on s’est désintéressé de l’industrie pour aujourd’hui constater qu’elle nous manque cruellement. Et que l’agro-alimentaire, c’est le premier poste d’exportation de la France. Avec la révolution numérique, appelée à nous sauver, ne reproduit-on pas l’erreur catastrophique d’analyse à propos du secteur des services sauveur de l’économie française ?


D.T.



(1) Les Echos, 19 janvier 2015

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