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Editorial - Le chant du départ

Ce qui rapproche Gérard Depardieu et Victor Hugo ? Cherchez bien.

ActualitéSociété Publié le ,

Certes, le célèbre acteur a joué le rôle de Jean Valjean, le héros des Misérables dans le téléfilm réalisé par Josée Dayan en 2000. Mais on ne saurait oublier non plus que le grand acteur et l’immense écrivain (…hélas, disait Gide) ont connu l’un et l’autre la terrible épreuve de l’exil, contraints par un pouvoir politique oppresseur de s’arracher bien malgré eux à leur terre natale, ingrate et sans aucune reconnaissance pour les éminents services qu’ils avaient rendus, faisant rayonner haut et fort le génie français. Et comme pour bien souligner la parenté dans leurs épreuves, le hasard fait que leur destination d’exil est la même, la Belgique, où Victor Hugo, on s’en souvient, s’installa, tout d’abord à Bruxelles, avant de rejoindre plus tard les îles anglo-normandes.
Gérard Depardieu rejoint ainsi tous les proscrits dont la liste est longue : Napoléon à l’Ile d’Elbe puis à Sainte-Hélène, Saint Exupéry à New York en 1940, Fernand Pouillon à Alger dans les années 19601, et beaucoup d’autres comme lui exilés et reniés par leurs frères au mépris du troisième mot de la devise de la République, honte pour notre pays, tache indélébile sur l’honneur national. On se plait à imaginer le célèbre acteur, stoïque mais les yeux embués de larmes, se rendant régulièrement à la fenêtre du haut de sa nouvelle résidence pour contempler au loin la mère patrie (comme Hugo sur son rocher de Guernesey) et déclamant :

« Si je pouvais voir, ô patrie,
Tes amandiers et tes lilas,
Et fouler ton herbe fleurie,
Hélas !

Si je pouvais, – mais, ô mon père,
O ma mère, je ne peux pas, –
Prendre pour chevet votre pierre,
Hélas !

Dans le froid cercueil qui vous gêne,
Si je pouvais vous parler bas,
Mon frère Abel, mon frère Eugène,
Hélas !

Si je pouvais, ô ma colombe,
Et toi, mère, qui t’envolas,
M’agenouiller sur votre tombe,
Hélas !

Oh ! vers l’étoile solitaire,
Comme je lèverais les bras !
Comme je baiserais la terre,
Hélas !

Loin de vous, ô morts que je pleure,
Des flots noirs j’écoute le glas ;
Je voudrais fuir, mais je demeure,
Hélas !

Pourtant le sort, caché dans l’ombre,
Se trompe si, comptant mes pas,
Il croit que le vieux marcheur sombre
Est las. »

Courage, Gérard, Napoléon a fini aux Invalides, Hugo au Panthéon. Qui sait si pour toi, ce ne sera pas, plus tard, un catafalque dans la cour d’honneur de Bercy…

D. T.


1. Une exposition lui est actuellement consacrée à Lyon, au musée de l’imprimerie.

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