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Editorial - Contagion

Ce numéro du Tout Lyon affiches daté du 20 septembre renvoie au même jour de l’année 1864.

ActualitéSociété Publié le ,

Il y a exactement cent-cinquante ans, voyait le jour Louis Martin, au Puy-en-Velay. Eminent médecin et bactériologiste, ses travaux, notamment ceux sur la diphtérie, ont grandement contribué à faire progresser la recherche sur cette maladie considérée, à juste titre, comme la plus grande cause de mortalité infantile en France – quelque 3 000 décès par an en 1924. Autre temps, autre calamité : le virus Ebola, apparu en 1976, qui ravage actuellement l’Afrique de l’Ouest, en particulier le Libéria, dont l’épidémie menaçait jusqu’à « l’existence même », selon les propos du ministre de la Défense. Des milliers de morts, une contagion qui s’amplifie… D’où le cri du coeur déchirant des populations locales qui appellent au secours et sollicitent l’aide de la communauté internationale, dont l’apathie le dispute à la frilosité. Souffrant de la fièvre hémorragique, une volontaire française de Médecins sans frontières, contaminée à Monrovia (Libéria), a été rapatriée dans l’Hexagone et prise en charge dans l’unité ultra sécurisée de soins infectieux de l’hôpital des armées Bégin (Val-de-Marne). Un premier cas qui incite la France à bouger : un hôpital de campagne va être installé en Guinée forestière, « à l’épicentre de l’épidémie », et des moyens humains vont être déployés. L’annonce vient d’en-haut. Elle émane de la quatrième conférence de presse du quinquennat de François Hollande. Un grand oral très attendu alors que les indices économiques et conjoncturels se dégradent. Affublé du statut peu enviable de président le plus impopulaire de la Ve République à en croire certaines enquêtes d’opinions, François Hollande a réitéré son désir d’établir le cercle vertueux de la confiance, « indispensable pour les acteurs économiques, les investisseurs, les chefs d’entreprise… » Malheureusement, cette confiance ne se décrète point… Et comme attendu, François Hollande quémandera « plus de flexibilité » lors du sommet européen alors que se profile un déficit budgétaire excédant les 3 %. Un nouveau souffle à dispenser pour redevenir maître de notre destin et d’un avenir toujours plus sombre. D’avenir, justement, il en est question outre-Manche où le peuple écossais est appelé aux urnes (à l’heure où cet éditorial est écrit, le résultat du scrutin n’est pas connu). Ce référendum est crucial : il doit déterminer, alors que l’Ecosse compose le quatuor des nations constitutives du Royaume- Uni depuis 1707, si cette terre septentrionale peut reprendre son indépendance. A l’argumentaire des partisans du « non » qui prône ardemment que « l’union fait la force », les tenants du « oui » opposent une envie de liberté : financière, politique, sociétale… Cette nouvelle consultation sur l’autonomie pourrait aboutir à la naissance d’un Etat écossais indépendant qui devrait cependant partager un même monarque, voire une monnaie identique, avec ce Royaume-Uni étêté. Si d’aucuns la considèrent comme domestique, l’affaire est d’importance et aurait, selon toute crédibilité, des répercussions sur notre vieille Europe. A l’instar d’une épidémie, peut-on envisager, en cas de victoire du « oui » (si le scrutin s’avère serré, cette hypothèse demeure la moins probable), une contagion à d’autres territoires européens : on pense à la Catalogne (un référendum sur l’indépendance doit se tenir le 9 novembre prochain dans cette région), la Flandre ou même… la Corse. Si l’on en croit François de la Rochefoucauld, « rien n’est aussi contagieux que l’exemple ». Un pan de l’avenir de l’Europe pourrait in fine se jouer en la patrie de William Wallace. Un enjeu à kilt ou double en quelque sorte.

L.O

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