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Editorial - A lire… de rigueur !

Tous les jeunes parents (et même les moins jeunes tant le Livre de la jungle de Disney fut plébiscité par des générations d’enfants, aujourd’hui encore) ont en mémoire une scène du début de ce film où l’abominable python Kaa enserre dans ses anneaux après l’avoir hypnotisé le malheureux Mowgli en susurrant un « Aie confiance » d’une hypocrisie absolue. Dommage que notre Premier ministre ne s’en soit pas souvenu, ou sans doute qu’il ait jugé imprudent de rappeler cette scène d’anthologie dans son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale mardi dernier, la séance s’étant conclue comme on le sait par un vote de… confiance de 302 voix sur 527 députés.

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Tous les jeunes parents (et même les moins jeunes tant le Livre de la jungle de Disney fut plébiscité par des générations d’enfants, aujourd’hui encore) ont en mémoire une scène du début de ce film où l’abominable python Kaa enserre dans ses anneaux après l’avoir hypnotisé le malheureux Mowgli en susurrant un « Aie confiance » d’une hypocrisie absolue.
Dommage que notre Premier ministre ne s’en soit pas souvenu, ou sans doute qu’il ait jugé imprudent de rappeler cette scène d’anthologie dans son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale mardi dernier, la séance s’étant conclue comme on le sait par un vote de… confiance de 302 voix sur 527 députés. On ne peut qu’espérer : que ledit discours continue d’entretenir chez nos prêteurs… la confiance dans la signature France qui nous permet encore aujourd’hui de placer nos emprunts à des taux d’intérêt particulièrement bas ; que Jean-Marc Ayrault continue d’apparaître comme une personne… de confiance ; et que nos nouveaux gouvernants ne témoignent pas d’une… confiance excessive en leurs capacités.
En tout (sémantiquement) cas, on ne prend pas le chemin de telles espérances vu l’acharnement à nier l’évidence en rendant tabou le mot rigueur. Trop, c’est trop à ce sujet. Et cela fait furieusement penser à Kaa, le python cité plus haut : « Aie confiance, il n’y aura pas de rigueur ». Cet entêtement à contourner le dit mot rigueur apparaît d’autant plus absurde que la rigueur nécessaire dont il s’agit pour redresser nos comptes publics n’a rien de comparable avec une autre politique de véritable rigueur que la population française a subie il n’y a pas si longtemps, et certains d’entre nous doivent s’en souvenir : c’était en 1947, avec un président du conseil, Paul Ramadier, obligé de diminuer la ration quotidienne de pain octroyé à chaque Français, 150 g par jour de mémoire. Une mesure ayant contribué aux surnoms, au choix, de « Ramadan » ou « Ramadiète » du ministre, qui donnait l’exemple en travaillant dans un bureau non chauffé, durant un hiver… rigoureux bien sûr.
Reste à souhaiter que cette obstination à bannir le mot rigueur du discours politique n’apparaisse pas à terme comme un abus… de confiance.

D.T.

PS (bien sûr) : Les éditions LivresEMCC publient dans les prochaines semaines une biographie d’André Philip, qui fut député de Lyon au mitan du siècle dernier, inspirant si l’on ose écrire, ses petits-fils. Préfacé par Najat Vallaud Belkacem, l’ouvrage est titré André Philip ou la rigueur… La filiation PS – SFIO n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire.

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