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EDITO / Péril jeune

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La précarité irrigue toutes les strates de la société, mais semble affecter à haute dose la frange estudiantine. Le geste désespéré d'un étudiant de Lyon 2 en atteste. Ce dernier, miné par de lourds écueils financiers, privé de ressources en l'absence de bourse – il a triplé sa 2e année de licence, avec une insuffisance de cours validés ! –, a voulu « commettre l'irréparable ». Il s'est immolé par le feu devant le Crous de Lyon, un lieu « politique » selon lui, afin d'attirer l'attention sur sa précarité et celle de nombreux autres étudiants. Cet acte a mis le feu aux poudres, provoquant la colère de jeunes pour la plupart sympathisants d'extrême-gauche. Les violences se sont généralisées, le campus Lyon 2 à Bron devant être évacué suite à une occupation illicite.

Ce drame braque en tous cas les projecteurs sur le phénomène de précarisation de ces jeunes, souvent diplômés, ayant, à tout le moins, franchi quelques paliers via l'ascenseur social. Selon l'Observatoire de la vie étudiante, un étudiant est dit « précaire » lorsque sa situation apparie deux paramètres : une faiblesse des revenus et un sentiment d'insécurité financière liée à cette faiblesse, qui obère son mode de vie et la qualité de cette dernière. Aujourd'hui, sur le sol domestique, on estime que 10 % des étudiants subissent cet état de fait. Pour y remédier ? Trouver d'autres sources de revenus. Un étudiant sur deux travaille en parallèle de ses études. Pire, environ 20 % ont recours à des jobs qui, en raison de leur côté chronophage, obèrent directement la réussite de leurs études et constituent, in fine, une explication rationnelle d'un futur échec de parcours.

Cette souffrance se retrouve au sein même des structures d'aide sociale et des associations luttant contre la pauvreté et l'exclusion, à l'instar du Secours Catholique qui concède accueillir de plus en plus de jeunes en situation de précarité, dans l'incapacité de se loger, se nourrir et assumer les frais inhérents à leur cursus. Même constat chez Emmaüs qui précise s'être développé « pour répondre aux évolutions de la précarité ». Le mouvement, créé par le Lyonnais Henri Grouès il y a 70 ans, a décidé de dévoiler ses coulisses au cours du week-end des 16 et 17 novembre, de montrer l'envers du décor et l'investissement sans relâche de ceux qui se dressent contre la misère. La « galaxie » Emmaüs témoigne de l'infini de l'univers de la pauvreté : 288 groupes en France, 119 communautés, 58 SOS Familles Emmaüs, 17 structures d'action sociale et de logement, 42 comités d'amis, 49 structures d'insertion, 1 site de vente en ligne… Des données chiffrées sur lesquelles ne se serait point attardé l'abbé Pierre, lui qui affirmait, péremptoire, face aux victimes de la rue et du froid : « Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant les chiffres ».

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