Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Alain Audouard : « L'artisanat a été victime d'un dysfonctionnement de l'Etat ! »

Publié le - - Economie

Alain Audouard : « L'artisanat a été victime d'un dysfonctionnement de l'Etat ! »
©Studio6_2396

Alain Audouard, président de la chambre de métiers et de l'artisanat du Rhône, entame sa dernière année de présidence, et laissera la main en 2021. Il revient, avec Frank Lebel, secrétaire général, sur la crise covid et le déconfinement.

Est-ce qu'on peut évaluer le nombre d'entreprises artisanales qui a continué à travailler pendant le confinement ?

Alain Audouard : Très peu, c'est resté marginal. Quelques artisans du bâtiment qui travaillent dans des lieux vides, ont continué. Ensuite, c'est très vite reparti lors du déconfinement, mais c'est resté très compliqué dans les lieux occupés. Ce fut aussi difficile sur le plan de l'approvisionnement en matériaux et en produits dans tous les métiers. La plupart des plates-formes était fermée. Le problème majeur, toujours d'actualité, c'est la responsabilité vis-à-vis du client et vis-à-vis des employés des entreprises. Lors la reprise, la responsabilité de la transmission et de la contagion fut la première question webinar que nous avons traitée, avec 600 connexions. Des entreprises artisanales se sont mobilisées pour transformer leurs fabrications pour faire des masques, un miroitier des protections plexiglass pour les taxis, une autre du gel, des visières, un ambulancier a conçu un brancard sécurisé…

La crise a été vécue de façon différente selon les métiers ?

A.A. Il y a eu un dysfonctionnement de l'Etat, pourquoi les grandes surfaces sont-elles restées ouvertes ? et vendaient de tout, pendant que les artisans fleuristes, coiffeurs, restaurateurs, boutiques d'habillement…ont fermé.

Un recours est-il possible ?

A.A.Un recours national est en route, pour obtenir, pourquoi pas un dédommagement .Le chiffrage du manque à gagner est vite fait, ce sont deux mois de pertes de chiffre d'affaires.

Est-ce qu'il restera quelque chose de positif de la crise ?

A.A.Peut-être des habitudes de consommer plus local. Les gens ont redécouvert les maraîchers locaux. On ne peut qu'inciter les artisans pâtissiers à continuer à se fournir en fruits locaux par exemple, Monts du Lyonnais et autres.

Frank Lebel : Le confinement a été un formidable accélérateur des pratiques numériques. On est passé de

30% d'utilisateurs réguliers à 80 % (friendly users). On a en mis en place une plate-forme avec La Poste : mavillemonshopping.fr », ce partenariat estampillé La Poste était plus proche de nos valeurs qu'un autre de type Amazon par exemple, ça a marché tout de suite, cela a permis à plusieurs centaines d'artisans de trouver des débouchés. Il faut continuer cela, ça incite à consommer local. Nous avons aussi organisé un webinaire avec 800 esthéticiennes, c'est quatre fois plus que ce que l'on n'a jamais pu faire en salle de réunion. Un autre webinaire avec l'Urssaf avec 500 participants. Nous avons aussi connu un grand succès des « rendez-vous de l'apprentissage » tous les mercredis après-midis avec les jeunes. On s'est aperçu qu'ils posaient plus facilement des questions en webinaires qu'en présentiel. Notre photo : Frank Lebel (DR)

Alain Audouard : Pour tous les métiers de contact direct avec les clients, cela fut très compliqué au moment de la reprise. On a eu beaucoup d'interrogations et de questions. Encore aujourd'hui, comment voulez-vous expliquer aux professionnels que l'on fait reprendre les scolaires depuis le 22 juin pour deux semaines de cours sans distanciation sociale possible, et par ailleurs que l'on organise un deuxième tour des élections municipales le 28, alors que dans les entreprises, on est encore contraints aux gestes barrières ? J'aurais aimé que le président Macron explique que l'on lève les protocoles, y compris dans les entreprises artisanales.

Frank Lebel : Le maître mot de cette sortie de crise est hybride, les gens pourront suivre toutes les formations, en numérique ou en salle. L'enjeu sera auprès des 20% qui n'ont pas accès au numérique, et/ou qui n'ont pas répondu présents, ce sont ceux qui sont souvent les plus précaires. Nous avons connu des cas très difficiles au sein de notre cellule d'accompagnement psychologique dédiée. Nous avons 350 appels chaque jour, nous avons traité 2500 cas suivis directement liés au covid.

A.A. : Tous les professionnels, indépendants seuls ou non, sont ressortissants de la CMA en fonction de leur activité, on rappelle que le statut auto-entrepreneur n'existe plus.

Est-ce que des artisans vont travailler plus cet été et certains de réduire leurs vacances, la Région par exemple, a indiqué que tous ses chantiers programmés devaient reprendre ou démarrer sans attendre la rentrée de septembre ?

A.A. : Les artisans comme les autres sont attaché à leurs vacances. La covid n'a pas tiré un trait sur les vacances, les employés souhaitent prendre leurs congés même s'ils sont restés deux mois en chômage partiel.

F.L. : On peut d'ailleurs espérer que beaucoup de Français partent en vacances pour faire travailler les métiers qui en profiteront.

AA : Les artisans du bâtiment sur les commandes publiques seront au boulot. La relance doit venir de l'Etat, c'est une spirale vertueuse qui doit se mettre en place, le reste suivra. Moins il y aura de personnels au chômage, moins cela coûtera cher à l'Etat …

F.L. : L'état ne dépense pas tant que cela, car dans les 500 Md€, le gouvernement français inclue les prêts garantis d'Etat, dépense moins proportionnellement, que gouvernement allemand. Les petites entreprises artisanales en France ont touché 1500 €, en Allemagne, 3000€. En revanche, la Métropole de Lyon a été la seule à aider directement les entreprises à cette hauteur.

A.A. : De plus, s'est posé le problème du conjoint collaborateur, lorsque l'épouse de l'artisan travaille avec son conjoint, les aides n'ont pas suivi.

Vous attirez l'attention des pouvoirs publics sur l'apprentissage, que se passe-t-il ?

A.A. : On est dans une situation quasiment catastrophique, les entreprises n'embauchent plus d'apprentis depuis le covid pour des raisons évidemment financière et d'incertitude sur l'avenir. Je leur tiens le discours de mise en garde, si vous n'embauchez, nous aurons de graves problèmes dans moins de trois ans. Nous avons déjà une pénurie de main d'œuvre qualifiée. Au niveau national, des négociations sont en cours pour que l'apprenti ne coûte plus rien ou quasiment au chef d'entreprise, de sorte qu'ils n'aient plus qu'à former. Il y a des jeunes qui n'attendent que cela, 700 000 arrivent sur le marché du travail chaque année. L'investissement sur l'avenir passe par l'artisanat et l'apprentissage.

FL : En 2023, les worldskills sont organisés à Lyon, c'est maintenant qu'il faut recruter.

L'apprentissage en danger

La chambre de métiers et de l'artisanat du Rhône représente plus de 500 métiers et 40000 entreprises. L'apprentissage est au cœur du fonctionnement de l'artisanat.

Depuis la mise en place de la réforme de l'apprentissage en 2019, les centres de formation des apprentis (CFA) ne sont plus financés par la région, ils le sont par les contrats. Cela pose des problèmes en sortie de crise, où faute de contrats, certaines sections, comme la métallurgie, la mécanique, risquent de fermer. Il sera alors très difficile de rouvrir le moment venu de la reprise. La chambre de métiers et de l'artisanat du Rhône a posé une motion lors de l'assemblée générale le 16 juin dernier, pour alerter les pouvoirs publics. Le texte propose six mesures de soutien et de revalorisation de l'apprentissage. Ce sont : un réseau de développeurs de l'apprentissage au sein du réseau des chambres de métiers ; revaloriser le montant de l'aide unique à l'apprentissage ; accès à l'aide unique à l'apprentissage sans considération du niveau de diplôme préparé par l'apprenti ; accompagnement renforcé prévoyant l'appui à la recherche d'entreprise ; faire bénéficier les entreprises recrutant un adulte en reconversion en contrat de professionnalisation d'une aide équivalente à l'aide unique à l'apprentissage ; un plan formation et accompagnement individuel afin d'accélérer la numérisation et la digitalisation des artisans.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer