AccueilGrand témoinEau potable à Lyon / Cyril Chassagnard (Veolia) : "Nous discutons avec la Métropole de Lyon"

Eau potable à Lyon / Cyril Chassagnard (Veolia) : "Nous discutons avec la Métropole de Lyon"

Fin de la délégation de service public avec la métropole de Lyon, rapprochement avec Suez… L'actualité de Veolia est pléthorique, mais ne doit pas cacher l'agilité et l'innovation d'un groupe à l'histoire lyonnaise séculaire. Le tour de la question avec Cyril Chassagnard, directeur de la région Centre Est pour l'activité eau.
Eau potable à Lyon / Cyril Chassagnard (Veolia) :

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Quelles sont les prochaines échéances dans la perspective de la fin de contrat avec la métropole de Lyon ?

"Ce contrat d'eau se termine le 31 décembre 2022. Au 1er janvier 2023, les salariés et l'activité seront transférés à la future régie d'eau potable. Nous discutons actuellement avec la métropole de Lyon sur le protocole de fin de contrat, soit un document qui vient ajuster la façon dont va se dérouler, justement, la fin de contrat.

Il contient à la fois des sujets techniques, RH ou de facturation (soit 400 000 clients, Ndlr). Les organisations syndicales et la métropole de Lyon discutent actuellement d'un accord de méthode sur le futur statut des salariés dans la régie, qui sont transférables automatiquement selon la loi. On parle de 280 personnes.

C'est à l'automne 2021 que les discussions sur le futur statut s'entameront réellement. L'inquiétude des salariés est naturelle et la métropole tente d'y répondre au mieux. Une grève a eu lieu la semaine du 21 juin, les syndicats estimant que les discussions n'allaient pas assez vite. Il semble que des discussions aient abouti à la poursuite du processus."

© Métropole de Lyon

Quel est le manque à gagner pour Veolia ?

"Le contrat actuel avec la métropole de Lyon porte sur 90 M€ de chiffre d'affaires par an, soit un tiers du chiffre d'affaires pour la région Centre Est de Veolia. (Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne). Ma priorité, c'est d'abord d'honorer ce contrat jusqu'au bout. J'en profite pour préciser qu'en France il n'y a pas de privatisation du service de l'eau. Quand on est en délégation de service public, la collectivité reste le maître d'ouvrage et le décideur des investissements et de la stratégie."

"D'ici 2026, les communautés de communes devront toutes prendre la compétence eau et assainissement"

Que vous inspire ce passage en régie que connaissent aussi d'autres grandes métropoles ?

"Si j'exclus quelques passages emblématiques et médiatisés en régie comme pour les agglomérations de Bordeaux et Lyon dernièrement, nous avons globalement autant de collectivités qui passent de la régie à la DSP et inversement. Sauf, qu'effectivement, il ne s'agit pas toujours de la même taille de collectivités.

D'ici 2026, les communautés de communes devront toutes prendre la compétence eau et assainissement. Elles héritent généralement d'un mode de fonctionnement qui est mixte entre DSP, prestations de services et régies. Et choisissent au cas par cas, soit de réaliser un seul périmètre et de le passer en régie ou en DSP, soit de passer par plusieurs modes de gestion, comme c'est le cas pour la métropole de Saint-Etienne.

Depuis toujours, nous gérons plus de contrats avec des régies. Pour un contrat de délégation, nous avons deux ou trois contrats avec des régies pour entretenir des ponts, des usines ou des fuites sur le réseau. C'est aussi dans notre nature de travailler avec les régies.

il n'est pas unique dans la région. Nous avons également des réseaux plus petits au niveau régional, comme celui d'Aurillac par exemple, qui sont également exemplaires. Enfin, j'ajoute que les industriels se sont également mis en marche.

À Vienne, l'énergie de l'usine Yoplait est récupérée pour chauffer les bâtiments d'Advivo, l'office public de l'habitat, qui sont de l'autre côté de la route. C'est là encore un symbole de la mobilisation générale à laquelle nous sommes arrivés autour de cette problématique de l'énergie. Il y a réellement un fourmillement de projets."

© DR

"Les chefs d'entreprise ont compris que la transition écologique constitue une réserve de marges supplémentaires"

Sur lesquels vous pouvez encore capitaliser ?

Bien entendu. Nous ne sommes pas encore au bout de la montée en puissance des réseaux de chaleur. Là où ils existent déjà, il reste des marges de manœuvre pour densifier et améliorer la performance des installations. Et il y a encore beaucoup de villes moyennes où nous pouvons développer de nouveaux petits réseaux.

Nous sommes d'ailleurs en train de le faire avec certaines collectivités, comme celle de l'Ouest Rhodanien. Pour tracer une perspective, je dirais que sur la chaleur renouvelable nous avons l'ambition d'atteindre 80 % de couverture du territoire régional, avec des chaufferies bois, du solaire thermique, de la géothermie…

Multiplication des projets

En cumulant tous les univers d'intervention de l'Ademe, combien de projets accompagnez-vous chaque année ?

"En 2020, nous sommes aux alentours de 400 projets accompagnés. Mais cela revêt des formes très différentes. Quand nous accompagnons le réseau de chaleur du plateau nord de la Métropole, nous engageons 5 M€. Et dans le même temps, quand nous portons des financements sur l'Économie Sociale et Solidaire, nous pouvons signer des chèques de 5 000 €."

Avec une dominante de projets portés par des acteurs publics ou privés ?

"Généralement, nous sommes sur une répartition 50 / 50 entre projets publics et projets privés. Mais avec France relance, nous avons un prisme très marqué sur les entreprises du secteur privé. Je dirais que les deux tiers des financements ont été orientés en direction des acteurs privés en 2020. D'autant plus qu'en année d'élections municipales le nombre de projets portés par les collectivités locales a été un peu freiné."

Que représente cette enveloppe France relance ?

"Globalement, l'Ademe s'est vu confier un peu plus de 2 Md€ à l'échelle nationale. Je précise qu'il n'y a pas d'enveloppe régionale, puisque ce sont des appels à projet nationaux la plupart du temps.

Ceci étant dit, le territoire d'Auvergne-Rhône-Alpes a été particulièrement dynamique. Et à l'Ademe, notre travail consiste justement à mettre en valeur ce dynamisme, en détectant les projets et en les faisant remonter. Nous devons faire en sorte que ces projets trouvent leur zone d'atterrissage dans les dispositifs de l'Ademe. Le mot d'ordre est clair : tous les acteurs qui ont un projet de transition écologique doivent trouver un dispositif pour les aider à le réaliser."

Le succès de France Relance

Combien d'entreprises de la région ont été ainsi soutenues en 2020 ?

"Nous étions à 43 en fin d'année. Mais aujourd'hui nous avons dépassé la barre des 200. Il y a certes des différences notables entre les territoires, notamment si l'on parle des grands dispositifs de décarbonation de l'industrie, que nous pilotons et qui s'adressent avant tout à des grandes entreprises.

De ce fait, ce sont surtout les grands bassins industriels qui sont concernés : l'Ain, le Rhône, l'Isère, la Loire, la Haute-Loire. Mais nous obtenons malgré tout une belle répartition sur tout le territoire régional, avec des dispositifs beaucoup plus diffus. Je pense notamment à Entreprises Engagées pour La Transmission Énergétique, qui est une aide forfaitaire de 100 000 € par projet pour accompagner le lancement d'un produit, d'un bien ou d'un service éco-innovant, dans sa dernière phase avant la mise sur le marché. Le nombre d'entreprises qui ont été accompagnées avec ce dispositif dans notre région est exceptionnel.

Nous représentons en effet 28 % des entreprises soutenues au niveau national, donc bien plus que le poids traditionnel de la région. Et 65 % des entreprises régionales qui ont candidaté ont bénéficié d'un soutien. Cela signifie que nous avons de bons projets et que nous avons les bonnes personnes pour les guider et les accompagner vers nous. J'ajoute que grâce aux dispositifs que nous avons mis en place avec France relance, nous voyons arriver des entreprises que nous ne croisions pas précédemment. C'est le grand succès de ce plan."

© PXhere / photo d'illustration

Comment expliquez-vous la prise de conscience des entreprises en matière de transition énergétique ?

"Les chefs d'entreprise ont compris que la transition écologique constitue une réserve de marges supplémentaires. Quand on réalise des économies d'énergie, la transition écologique c'est de la compétitivité. Mais c'est aussi une façon d'anticiper des retournements de marché et des modifications en profondeur de la réglementation.

C'est également de l'innovation et donc de la différenciation produit pour se positionner sur un marché. Enfin, c'est une réponse aux attentes des consommateurs, mais aussi de futurs collaborateurs. Aujourd'hui, quand on embauche des jeunes, il faut être en mesure de leur donner des gages de durabilité dans les politiques qui sont menées par l'entreprise."

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