AccueilActualitéGrand témoinDroit / Lyon 3 : pour Hervé de Gaudemar, "le droit est une garantie de la citoyenneté"

Droit / Lyon 3 : pour Hervé de Gaudemar, "le droit est une garantie de la citoyenneté"

Terminant son mandat de doyen de la faculté de droit de l’Université Lyon 3 à l’été 2022, Hervé de Gaudemar dresse un pré-bilan de son action à la tête d’une institution attractive et dynamique malgré des financements contraints.
Droit / Lyon 3 : pour Hervé de Gaudemar, "le droit est une garantie de la citoyenneté"
© Julien Thibert - Hervé de Gaudemar termine son mandat de doyen en août 2022

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Dans quelle dynamique se trouve la faculté de droit de l'Université Lyon 3 ?

C’est l’une des plus vieilles facultés de France créée en 1875, c’est-à-dire dans les premières années de la Troisième République qui avait besoin justement de diffuser son modèle juridique et institutionnel ; mais qui a toujours appris à se renouveler. Aujourd’hui, la faculté de droit se porte très bien, c’est la deuxième du genre en région avec 10 000 étudiants et aussi en termes de notoriété.

Comment juger de la notoriété d’une Université ?

C’est très difficile de le faire. Il est clair en revanche que la faculté de droit et l’Université Lyon 3 n’émergent pas dans les grands classements mondiaux comme celui de Shanghai qui sont formatés pour les Universités plutôt scientifiques tandis que notre ADN est à dominante juridique et de gestion.

La notoriété se mesure en revanche par l’attractivité auprès des étudiants, la reconnaissance des enseignants-chercheurs à travers leurs publications.

Comment vit cette discipline du droit ?

Le droit reste une discipline majeure, essentielle dans un état de droit. La culture juridique est encore trop diffusée dans un cercle restreint, et mérite une plus large diffusion, notamment dans le secondaire et dans des manifestations de citoyenneté. Le droit n’est pas une petite affaire. Avoir une culture juridique c’est bien sûr la mission des juristes mais c’est aussi une garantie de citoyenneté. Nous allons par ailleurs former, à partir de l’année prochaine, des enseignants du secondaire de l’académie à ces enseignements à travers un Diplôme Universitaire de droit.

"Le droit n’est pas une petite affaire"

En quoi l’ancrage territorial d’une Université est-il important ?

C’est essentiel d’être acteur de son territoire et c’est un enjeu fort pour nous à l’échelon régional, tant du point de vue de la formation que de la vie juridique et culturelle. A ce titre, nous nouons des partenariats forts avec le Barreau de Lyon, la Chambre régionale des notaires, le tribunal administratif, ou la cour d’appel et le tribunal judiciaire, avec lesquels nous nourrissons des projets.

Lyon métropole la plus attractive de France selon ses habitants


Ses dates clés

2006 : Docteur en droit public, Université Paris 2

2007 : Maître de conférences, Université Paris 2

2010 : Professeur des universités agrégé de droit public

2017 : Elu doyen de la faculté de droit de l’Université Lyon 3


C’est quoi être Doyen aujourd’hui ?

J’ai beaucoup de difficultés qu’un chef d’entreprise ne rencontre pas et inversement. En cela, nous n’avons pas le même objet ni le même modèle économique. En revanche, la dimension managériale nous est commune.

La faculté de droit c’est 10 000 étudiants qu’il faut accueillir, émanciper et orienter et 70 personnes travaillant à l’administration à diriger. Et puis la faculté c’est une petite boîte dans une grande boîte qui s’appelle l’Université et donc qu’il faut pouvoir faire fonctionner ensemble en regard aux grands processus de décision.

"La faculté de droit n’est pas réservée à des personnes bien nées"

Comment agit la dimension politique dans votre fonction ?

Ma fonction est assurément politique. En ce sens qu’avec mon équipe, nous avons une emprise sur l’action de la faculté. Le terme de doyen est un mot de tradition. Il reste en tous les cas un dirigeant qui a la possibilité, s’il s’en empare, de faire évoluer considérablement l’institution qu’il dirige. Après quatre ans de mandat, je peux affirmer que nous avons pu faire avancer les choses.

Nous avons travaillé l’ouverture sociale de la faculté de droit en ouvrant une école de la réussite, destinée à des bacheliers qui rêvent d’exercer les profession juridiques et judiciaires. La faculté de droit n’est pas réservée à « des personnes bien nées ».

Nous avons aussi mis en place l’Ecole européenne et internationale du droit qui a ouvert cette année, avec une double formation et diplomation ou encore la classe préparatoire à l’Ecole Nationale de la Magistrature. Ces actions répondent effectivement à des objectifs politiques.

"Les étudiants ont connu une extrême souffrance durant les confinements"

Quid des financements ?

Les sources de financements sont issues des dotations de l’Etat (la plus importante puisqu’elle prend notamment en charge la rémunération des enseignants-chercheurs), des appels à projet et par des subventions des collectivités ainsi que par nos ressources propres, c’est-à-dire la formation continue par exemple. Le fonctionnement de la faculté de droit, hormis la masse salariale, se finance par ses propres ressources à hauteur de 90 %. Dans cette dynamique, la faculté génère des recettes, malgré une situation de dotation de masse salariale qui stagne.

Nous ne sommes pas dans une crise de croissance mais ne pouvons pas nous développer comme nous le souhaiterions en raison d’une masse salariale trop contrainte qui ne nous permet pas d’accueillir autant d’étudiants que nous souhaiterions tout en garantissant la qualité de notre enseignement.

Êtes-vous candidat à votre propre succession ?

Le mandat de Doyen dure 5 ans et est renouvelable une fois. Il est élu par le conseil d’administration de la faculté de droit. C’est donc ma dernière année de mandat et la question du renouvellement se pose. Je vous confirme que je suis en réflexion. Mon mandat prend fin le 31 août 2022.

Je suis par ailleurs un professeur des Universités, le mandat de doyen reste donc forcément une parenthèse dans mon parcours. Et pas une seconde je ne regrette d’avoir pris cette fonction. C’est une expérience absolument formidable car j’ai eu le sentiment d’avoir agi et orienté la faculté dans le sens que je souhaitais. Il y a eu des crises durant ces quatre années, je pense à la constitution de la fusion des université lyonnaises à travers l’Idex et bien sûr la pandémie.

"Il faut que nous restions une grande faculté de droit"

Justement, comment avez-vous appréhendé cette période difficile ?

Les étudiants ont été en très grande souffrance. Nous avons d’ailleurs mal mesuré et identifié cette souffrance. J’en porte d’ailleurs ma part de responsabilité. Nous avons mis l’accent sur les étudiants de licence qu’on pensait les plus impactés par la crise de la Covid, tandis que les étudiants de Master sont

dans des promotions plus petites et nous pensions donc qu’ils seraient moins stressés. Je me suis aperçu que la souffrance état générale et finalement plus accrue chez ces étudiants qui allaient terminer leur cursus devant un ordinateur sans profiter du réseau physique qu’on leur met habituellement à disposition et essentielle pour leur insertion professionnelle et la recherche de stages. Nous avons été particulièrement marqués par deux tentatives de suicide d’élèves de master. Nous avons choisi de faire de 2021 une année solidaire. Au-delà du slogan, il s’agit d’actions concrètes d’aides de nos étudiants.

Quels sont les défis qui s’imposent à la faculté de droit

Le plus grand défi sera de continuer à garder sa place dans l’environnement de l’enseignement supérieur qui connait de grandes évolutions. Lyon n’a pas eu de grande Université labellisée Idex et pour autant il faut que nous restions une grande faculté de droit. C’est le défi d’un prochain mandat.

La formation en droit reste-t-elle en phase avec ses métiers ?

Nous avons comme boussole l’insertion professionnelle de nos étudiants. On fait tout pour adapter nos formations aux besoins des professionnels et aux besoins du marché. Nous essayons de former plus d’étudiants et explorons de nouveaux secteurs de formations porteurs, comme le droit fiscal, soit par le biais de notre master dédié ou en introduisant plus de fiscalité dans nos autres formations.

Mais nous rencontrons la problématique de notre masse salariale qui nous freine dans notre développement.

Entre nous...

Son style de management.. Je veux donner une direction et j’explique pourquoi je veux arriver là en accordant la confiance à mes collaborateurs. Je suis aussi soucieux de la qualité et des conditions de travail.

Ses lectures... Devenir, les mémoires de Michelle Obama

Ses inspirations... Richard Descoings, par sa capacité à transformer radicalement Science Po Paris, une institution réputée pour être sclérosée.

Son lieu ressource... Marseille, ma ville de naissance. J’y retrouve des couleurs et des odeurs qui peuvent me manquer quand je suis à Lyon.

En coulisses

Dans son bureau, Hervé de Gaudemar, possède un portrait de Jean Moulin, accroché au mur. Ce héros de la résistance fût arrêté à Caluire en juin 1943.

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 05 août 2022

Journal du05 août 2022

Journal du 30 juillet 2022

Journal du30 juillet 2022

Journal du 23 juillet 2022

Journal du23 juillet 2022

Journal du 16 juillet 2022

Journal du16 juillet 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?