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Dossier spécial finance verte : les clés d'une véritable économie durable

De plus en plus d'investisseurs s'intéressent aux technologies et modèles favorisant la transition énergétique. Notre dossier.
Dossier spécial finance verte : les clés d'une véritable économie durable

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Avec les États-Unis et la Chine, la France est un bon élève en matière de finance verte. L'appétence des investisseurs - Auvergne-Rhône-Alpes n'échappe pas à la règle - pour les technologies qui œuvrent en faveur de la transition énergétique est accrue par des outils de financements propices à l'émergence d'une véritable économie durable. Et les logiques de retour sur investissements apparaissent compatibles avec des considérations environnementales qui irradient chaque jour un peu plus la société.

Dossier réalisé par Julien Thibert et Julien Verchère


Sommaire

1. Quels outils financiers pour répondre à un enjeu de société ?

2. Photovoltaïque : le groupe lyonnais Terre et Lac mise sur les projets de territoires

3. Villefranche : chez Greenmot, investissement et transition énergétique vont de pair

4. Boostheat : plein gaz sur les financements

5.Cigales, Societal Angels… à qui s'adresser pour des financements éco-citoyens ?

6.Philippe Toussaint: "Financer la production d'énergie renouvelable, sans encourager le greenwashing"


Quels outils financiers pour répondre à un enjeu de société ?

La finance verte ou "durable" possède cette nature hybride de mêler outils financiers et enjeux de gouvernance, sociaux et économiques capables d'appréhender les défis de transition énergétique comme le soulève une étude d'avril 2020 de l'Institut français des relations internationales (Ifri) baptisée "Accélérer la transition énergétique : le rôle de la finance verte et ses enjeux pour l'Europe".

Le monde de la finance déploie une kyrielle d'instruments, comme par exemple les obligations avec des indices verts, des prêts verts, voire même de l'épargne verte aux particuliers… Le marché est gigantesque, au vu des chiffres avancés par l'Ifri : 257 Md$ (217 Md€) d'émissions de dette "verte" en 2019 à l'échelon mondial, soit une multiplication par cinq en trois ans.

Si certains acteurs ont pu être tentés par l'écoblanchiment ou green washing, pour servir un rendement sous couvert d'un soi-disant engagement écologique, les pouvoirs publics se sont mobilisés pour organiser la transparence des financements. C'est ce que rappelle la Banque de France (BDF), dans son analyse d'octobre 2019.

Une loi et des obligations pour les entreprises

"En France, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) de 2015 définit les informations que les investisseurs institutionnels sont tenus de publier sur la prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur politique d'investissement. De même, elle oblige les entreprises cotées en bourse à rendre compte de leur empreinte écologique et des actions menées pour la réduire".

Aussi, comme le souligne la BDF, le G20 a émis des lignes directrices pour que les entreprises publient des informations sur leur gouvernance, leur stratégie, leur gestion des risques ainsi que des indicateurs et objectifs en lien avec le climat.

Changement de conscience

"Au-delà des bons sentiments et d'une conscience environnementale, il y a une réalité du business. Un investisseur ne peut plus nier aujourd'hui la politique environnementale d'une entreprise. Deux questions se posent alors : quel est l'impact de mon modèle économique sur le climat et mon entreprise sera-t-elle menacée par mon bilan carbone", analyse Patrick Bertrand, COO du Family office lyonnais Holnest, un club d'investisseurs dans les start-ups qui rassemble une trentaine d'entrepreneurs qui incarnent les grands secteurs porteurs de l'économie française (logistique, chimie, immobilier, etc.) mais aussi la protech.

Un segment prometteur puisque Holnest a notamment investi dans UV Booking, une jeune pousse qui développe une solution d'ultra-violet sur les vignes pour réduire l'utilisation des pesticides. Des réalités business qui doivent également compiler avec "des consommateurs qui demandent plus de produits et de technologie éco-friendly".

© EDF Renouvelables / photo d'illustration. Un projet éolien en cours de développement dans le Beaujolais vert.

Donner du sens et de l'optimisme à un modèle économique

L'ex-DG de Cegid évoque aussi une guerre des talents dans une logique d'essor de la marque employeur. "L'empreinte carbone d'une organisation ou sa politique RSE sont de nature à attirer les meilleurs profils qui sont aujourd'hui attentifs à ce type de démarche". Donner du sens et de l'optimisme à un modèle économique, c'est d'ailleurs le leitmotiv de Time For The Planet.

Cette plateforme, fondée par des entrepreneurs lyonnais, vise à collecter 1 milliard d'euros pour créer 100 entreprises qui œuvreront contre le réchauffement climatique. Entrepreneurs, innovateurs et investisseurs se rassemblent ainsi autour d'un projet pour développer des solutions concrètes autour d'une démarche bas carbone.

Identifier les investissements responsables

Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), le groupe Siparex (qui gère 2 Md€ de capitaux), les a formalisés via une démarche d'investissement responsable. Une charte dédiée intègre ainsi la prise en compte de ces critères dans l'ensemble du cycle d'investissement et de suivi des participations. Et ce, via 10 fonds d'investissement alternatifs (FIA). Ceux-ci représentent 94% des encours gérés par Sigefi, la société de gestion de Siparex.

"Nous avons un vrai rôle à jouer en identifiant ces investissements responsables. Notre démarche ESG le démontre et ce ne serait à l'inverse, pas responsable de ne pas intégrer ces paramètres. Nous valorisons les entreprises que nous accompagnons sur des critères financiers mais également extra-financiers", témoigne Bertrand Rambaud, président de Siparex.

Siparex : "Ce type de stratégie financière et éthique nous intéresse"

Le groupe basé à Lyon investit dans des entreprises régionales à l'image des transports drômois Perrenot (650 M€ de CA en 2019, 7 000 salariés pour une flotte totale de 7 800 véhicules).

"Le groupe déploie 10 % de sa flotte fonctionnant avec du biocarburant comme l'hydrogène et nourrit de grandes ambitions en souhaitant devenir leader européen sur son marché. Ce type de stratégie financière et éthique nous intéresse, car c'est un schéma créateur de valeur propre à faire évoluer l'écosystème du transport avec ce type de démarche environnementale. On ne parle pas que de prix mais du sens de l'action qu'on finance", complète Guillaume Rebaudet, directeur associé chez Siparex, qui a injecté 75 M€ au capital de l'entreprise familiale.

La conscience des dirigeants change aussi et n'est plus l'apanage de la génération Y et autres startuppeurs. "Les patrons d'entreprises traditionnelles ont mûri et sont ouverts aux changements. D'ailleurs, Siparex lance un nouveau fonds dédié aux ETI, Siparex ETI 5, qui intègre des scoring liés à la démarche de décarbonation avec l'idée d'être au cœur de la stratégie d'entreprise."

Poids sociétal

Les particuliers aussi agissent sur ce vaste mouvement de verdissement de l'économie. La Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes a ainsi lancé récemment sa Banque de la transition énergétique. Objectif : orienter la collecte de l'épargne vers des projets d'énergies renouvelables, de rénovation énergétique des bâtiments ou d'innovation.

"Nous donnons à nos clients la possibilité de participer activement au développement de projets écologiques et responsables dans leur région en mettant leur épargne à contribution", explique Daniel Karyotis, son directeur général. "Notre démarche comble un manque de produits d'épargne existant sur le marché pour les petits épargnants, sur ces questions de finance verte, ajoute Pierre-Henri Grenier, directeur de cette nouvelle banque de la transition énergétique.

Quand les épargnants veulent devenir acteurs de la transition énergétique

"Une récente étude, que nous avons menée, montre que 80 % des sondés souhaitent être acteurs de la transition énergétique par leur épargne via des projets de territoire qui les motivent et les sécurisent". Selon le banquier, devenir acteur via l'épargne traduit un changement de comportement visible depuis deux ans environ.

"Le mouvement s'est opéré bien avant le confinement et les considérations financières n'ont pas présidé seulement à son développement. La conscience environnementale est bien ancrée. Aujourd'hui, il est nécessaire de massifier les investissements en accroissant les équipements dédiés. Si l'on veut plus de décarbonation, il faut mobiliser encore plus d'épargne".

La banque a, par ailleurs, constitué un comité consultatif composé de la CNR, de Terre et Lac, de l'Ademe ou encore de la Région Auvergne-Rhône-Alpes pour identifier les besoins de financements de la filière énergie en région.

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