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Dossier spécial culture : face à la crise, les professionnels ne baissent pas les bras

Publié le - - Dossiers

Dossier spécial culture : face à la crise, les professionnels ne baissent pas les bras
© Stofleth - Le monde de la culture veut rester debout face à la crise liée au Covid-19.

S'ils sont inquiets des conséquences de la crise liée au Covid-19, les professionnels de la culture veulent rester debout dans la tempête. De Lyon à Grenoble, enquête dans un monde qui refuse de voir la lumière s'éteindre.

Economie et culture ne sont pas des termes antinomiques. Pour preuve, on évoque même le PIB culturel. Car les revenus générés par la culture sont multiples : billetterie des concerts, spectacles, théâtres, cinéma et autres événements, ou encore les chantiers liés à la rénovation du patrimoine… tombent ainsi dans l'escarcelle des statistiques chiffrées concernant un secteur représentant 2,3 % du produit intérieur brut français avec près de 80 000 entreprises culturelles et 670 000 emplois (2,5% de la population active), selon les données du ministère de la Culture.

Le plan de relance gouvernemental consacre deux milliards d'euros au secteur de la culture. Si les professionnels soulignent les efforts réalisés, ils restent toutefois inquiets du devenir des salles de spectacles, théâtres, festivals et des autres manifestations artistiques qui animent les territoires. En Auvergne-Rhône-Alpes, l'écosystème, sinistré, ne baisse pourtant pas la garde. Il affiche même une certaine combativité pour ne pas se laisser envahir par le fatalisme.

Dossier réalisé par Julien Thibert, Caroline Thermoz-Liaudy et Stéphanie Polette


Sommaire

  1. Face à la crise, du pain sur les planches...
  2. Nathalie Perrin-Gilbert : "L'urgence est aussi culturelle à Lyon"
  3. Après leurs Etats généraux à Lyon, les indépendants du secteur de la culture veulent être entendus
  4. Musée d'art contemporain de Lyon : Macsup, la rencontre entre artistes et étudiants
  5. A Grenoble, le street art de la rue aux écrans
  6. "Il faut faire repartir la machine culturelle"


Face à la crise, du pain sur les planches...

Depuis mars, le secteur a pris de plein fouet la crise liée au Covid-19 et les mesures associées, prises tour à tour par le gouvernement pour endiguer la circulation du virus. Certains professionnels évoquent une "année blanche" pour la culture, tandis que le Premier ministre revendique "des efforts substantiels" alors qu'il présentait en septembre le plan de relance gouvernemental qui prévoit 2 milliards d'euros de financements supplémentaires pour le secteur de la culture.

Roselyne Bachelot en ayant présenté récemment les grandes lignes à Avignon. Ceux-ci sont fléchés vers les monuments historiques, le spectacle vivant, la presse, le livre, le cinéma, et aussi l'audiovisuel public. En 2020, l'État a déjà mobilisé environ 850 M€ d'aides spécifiques et 950 M€ pour financer le "trou" d'activité des intermittents du spectacle, sans compter les aides liées à l'activité partielle, les exonérations de charges sociales notamment, pour un total de 3,3 milliards d'euros.

"L'accès à la culture contribue au vivre ensemble"

On sait aussi que le Gouvernement a décidé de prolonger les droits au chômage pour les intermittents, soit 1 milliard d'euros mobilisé en plus. Localement, les pouvoirs publics veillent à ce que ces financements d'Etat ne profitent pas seulement aux grosses structures nationales.

"Nous attendons de voir comment vont être organisés les fléchages et seront attentifs sur le sujet", confirme Cédric Van Styvendael, vice-président en charge de la culture à la métropole de Lyon dont le conseil a approuvé récemment un budget de 35 millions d'euros de budget pour le secteur. "Un montant à la hauteur de nos ambitions", explique l'élu, qui ajoute que les acteurs du secteur ont besoin de visibilité.

Conscient de barrières sanitaires qu'il faut respecter, celui qui est également maire de Villeurbanne, indique que "l'accès à la culture doit se poursuivre car il contribue au vivre ensemble et au bien-être de tous". Et de préciser : "Nos artistes rivalisent d'ingéniosité pour développer de nouveaux modèles permettant d'attirer les gens malgré la crise". La collectivité vient d'ailleurs d'attribuer une subvention supplémentaire de 200 000 € pour le Festival Lumière (10 au 18 octobre) pour assurer sa tenue malgré le contexte sanitaire difficile.

Un budget pour la jeunesse

Pour sa prochaine édition en 2021, Quai du Polar, un peu à l'étroit au Palais de la Bourse, compte changer de lieu. Là encore, la Métropole et la ville de Lyon explorent des pistes pour accompagner ce changement. Si le TNP, l'Opéra de Lyon ou les Nuits de Fourvière restent moteurs dans la vie culturelle lyonnaise, le vice-président souhaite aussi mobiliser la puissance publique métropolitaine au service de structures et de programmes plus modestes "sans remettre en question ces trois piliers".

Aussi, la collectivité s'adresse à la jeunesse en assurant 400 000 € d'achats pour certains établissements scolaires afin qu'ils financent des projets artistiques. La métropole de Lyon entend ainsi écrire, avec l'appui de la ville centre, une nouvelle page d'une collectivité "qui n'était jusque-là pas pensée pour établir des politiques culturelles". L'objectif final étant de rassembler les grandes institutions et les structures plus petites dans une seule - et grande - proposition culturelle.

Le privé entre dans la danse

Plusieurs dispositifs sont proposés pour soutenir le secteur privé de la culture : le placement de produits mis en valeur sur scène en contrepartie du versement d'un soutien financier, les privatisations d'espaces ou encore mise à disposition, dons ou prêts de matériels et de main- d'œuvre (vidéo, son, lumières, mobilier…). Objectif : alléger les budgets de ces structures et de la main-d'œuvre.

Si les organismes privés (y compris de sociétés de capitaux dont les actionnaires sont l'État ou un ou plusieurs établissements publics nationaux), peuvent bénéficier du mécénat et donc d'avantages fiscaux, d'autres structures privées ne peuvent pas y prétendre et passent, par exemple, par le parrainage. Ainsi, le parrain apporte son soutien à une organisation en vue d'en retirer un bénéfice direct.

Il n'y a, dans ce cas, pas d'avantages fiscaux possibles contrairement au mécénat. Même si, du point de vue juridique, il n'y a pas de différence entre les deux démarches. Pour Cécile Bourgeat, secrétaire générale du Festival Lumière (4M€, 71 partenaires en 2019, + 88 % depuis 2012), "cette manne financière publique supplémentaire et exceptionnelle du premier financeur institutionnel traduit aussi la nécessité de renforcer aussi nos partenariats privés".

"Des retombées économiques sur le territoire"

Des réflexions alimentées par un contexte sanitaire qui réduit de 40 % la fréquentation pour l'édition 2020 (10-18 octobre) alors que le financement privé (dont la billetterie) constitue 70 % du budget. "Cette année encore, le festival Lumière est soutenu par 60 entreprises de toutes tailles, locales ou nationales. BNP Paribas, OCS, Dessange, Biomérieux, EDF, et la grande majorité des partenaires privés ont maintenu leur soutien au festival, et contribuent à ce que le festival Lumière puisse se tenir, dans les meilleures conditions".

Et Cécile Bourgeat d'ajouter : "La présence des entreprises, dans de très nombreux secteurs, va bien au-delà : chaque année, le festival entraîne des retombées économiques sur le territoire, crée des emplois et favorise le développement de projets éducatifs ou d'insertion professionnelle participant d'un festival pour tous".

A Lyon, les initiatives privées se font jour là où l'on n'attend pas forcément certaines entreprises. Le groupe d'expertise comptable In Extenso, a lancé en décembre 2019, un fonds de dotation du Musée des Confluences avec l'idée de rapprocher le monde de la culture avec celui de l'entreprise. Avec quatre autres premiers mécènes (Biomérieux, Boehringer Ingelheim et CNR), In Extenso porte un financement de 50 000 € par an, sur trois ans.

"Amener le musée vers des gens pour qui la culture peut faire peur"

Les prochains mécènes pourront s'engager à cette même hauteur ou à hauteur de 15 000 € par an sur trois ans pour les PME. "Nous avons constaté que certaines personnes ne possédaient pas les codes culturels de ceux qu'ils allaient rencontrer durant leur carrière entrepreneuriale. Le musée des Confluences nous semble être une réponse pour pallier ce décalage. Notre idée est d'amener le musée vers des gens pour qui la culture peut faire peur", explique Antoine de Riedmatten, co-fondateur du fonds de dotation et président du groupe In Extenso.

La structure est destinée à financer de nouveaux projets pour réinventer l'expérience du musée et attirer des visiteurs qui n'en fréquentent pas ou peu habituellement. Les administrateurs du fonds ont acté leur soutien à deux projets, qui relèvent des missions d'intérêt général du musée : la création de La galerie des donateurs Emile Guimet et une nouvelle action hors les murs pour toucher des publics empêchés qui ne peuvent pas se déplacer dans les lieux culturels. A l'inverse, certaines structures culturelles peinent à s'orienter dans leur recherche de financements.

La scène indépendante "manque d'outils"

"Beaucoup d'établissements de la scène émergente sont hybrides car transversaux à plusieurs arts et ne savent pas toujours vers quels guichets s'orienter", explique Vincent Carry, directeur des Nuits Sonores à Lyon et fondateur de l'association Arty Farty (lire notre interview).

Et d'ajouter : "la scène indépendante manque d'outils actuellement pour réaliser son propre mentoring. Il est nécessaire de mieux connaître notre contingent et analyser les pratiques culturelles dans notre secteur pour savoir in fine ce que l'on pèse vraiment".




Julien VERCHÈRE
Journaliste

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