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Dossier spécial Beaujolais : de l'esprit de fête à la résilience, un vignoble qui se réinvente

Publié le - - Dossiers

Dossier spécial Beaujolais : de l'esprit de fête à la résilience, un vignoble qui se réinvente
DR - Le Beaujolais semble tirer son épingle du jeu sur les marchés malgré la pandémie.

Alors que le Beaujolais nouveau débarque ce jeudi 19 novembre sans les festivités habituelles, le vignoble poursuit une mutation déjà bien entamée pour coller aux nouvelles façons de consommer. Coup de projecteur sur une région vers laquelle se braque de nouveau les regards.

La célébration du Beaujolais nouveau ce jeudi 19 novembre attire la lumière sur un territoire viticole fortement chahuté par la crise sanitaire, à l'instar de ses homologues français et mondiaux. Pourtant, et malgré les difficultés économiques des domaines, avec moins de passages dans les caveaux et des restaurants fermés, le Beaujolais fait preuve d'une certaine résilience, grâce à l'export, aux ventes en grande distribution, et au dynamisme d'une filière parvenue à sortir de l'ornière marketing pour des vins en phase avec de nouvelles façons de consommer.

Dossier réalisé par Julien Thibert, Charlotte Robert, Julien Verchère et Tony Fonteneau


Sommaire

1- Le vignoble tient le choc malgré la crise

2- Dominique Piron voudrait "du beaujolais nouveau sur les tabels jusqu'à Noel"

3- A Lyon, le beaujolais nouveau en mode click and collect

4- Du nouveau pour le Beaujolais

5- A Chiroubles, Pauline Passot mise sur le bio pour valoriser le territoire

6- Beaujolais et Bourgogne, des rapports complexes

7- "Les investisseurs lyonnais sont de retour"


Le vignoble tient le choc malgré la crise

Il n'y a pas de vins plus mondialisés que ceux du Beaujolais. Depuis 1937, et sa consécration en tant qu'appellation, ce vignoble de près de 16 000 hectares sur 96 communes et 12 AOC - rendement moyen de 56 hl pour le gamay et 70 hl pour le chardonnay - tire sa renommée de l'événement du Beaujolais Nouveau qui consacre, chaque troisième dimanche de novembre, son primeur.

Au-delà de son ADN festif, qui l'a longtemps confiné au rang de "vin facile à boire" et pas toujours bien fabriqué, le Beaujolais (2 000 domaines, 9 caves coopératives, 200 négociants) s'inscrit aujourd'hui dans une dynamique qualitative, portée par une nouvelle génération de vignerons fiers de leur terroir et sûrs de leurs savoir-faire, tout en misant sur l'ancrage d'un territoire aux portes de Lyon et petit frère, car riverain, de la grande Bourgogne.

Un millésime 2020 qualifié de "solaire"

Leur ambition : sortir d'un vin de moment purement festif à une logique de consommation sur le long terme, quel que soit le moment de l'année. En cette année si particulière, le beaujolais a vu progresser ses ventes directes de 1 % par rapport à la campagne précédente, notamment pour les "villages" et les "nouveaux".

Malgré une baisse de 2 % des achats de négoce, les dix crus tirent leur épingle du jeu avec une baisse limitée des ventes depuis mai. Inter Beaujolais, qui rassemble les vignerons issus des douze appellations, évoque "une solidité des sorties de propriété malgré le contexte pandémique" : -1 % (seulement) par rapport à l'année dernière avec une hausse de 4 % des crus sur la période 2019-2020 – la meilleure campagne des crus depuis ces cinq dernières années.

© Julien Verchère

Pour David Ratignier, vice-président d'Inter Beaujolais, le millésime 2020 du primeur sera solaire, avec de belles intensités colorantes, plutôt dans le fruit noir. Ce sera aussi un vin bien garni. Il pourra s'apprécier plus longtemps, peut être même jusqu'au printemps.

"Une vraie bonne nouvelle qui va nous permettre d'élargir la durée de vente et de consommation. Et peut-être que si les restaurants rouvrent en décembre, ils pourront proposer du primeur. D'ailleurs, on aimerait bien faire quelque chose avec eux en décembre si c'est possible. Des actions, pour les soutenir dans ce moment difficile", évoque le vigneron qui souligne, par ailleurs, la baisse des volumes de production de 20 %, à cause de la sécheresse.

Moins de volume sur le marché en 2020

Conséquence : une mise en marché moins importante. "Nous serons en recul de 10 % sur les beaujolais, un peu plus sur les beaujolais-villages (25 000 hl au total). Ce qui n'est pas dramatique puisqu'on espère compenser dans les mois à venir. Même si la Covid-19 rend tout cela incertain", poursuit-il. Les vins du Beaujolais bénéficient aussi d'un bon rapport qualité-prix. Un argument de choix dans le maintien d'un certain volume de vente.

En France, le circuit de la grande distribution tire les ventes de bouteille avec une hausse de 8 % (en volume et en valeur avec les AOP beaujolais, beaujolais villages et crus) sur le premier semestre 2020 (par rapport au deuxième semestre 2020).

Selon l'interprofession, les beaujolais performent sur l'ensemble des AOP, tous circuits confondus (hyper, super, hard discount, drive), en occupant la deuxième place des appellations d'origine contrôlée, après la Corse. A noter que la commercialisation des crus (70 % des ventes de rouge) a progressé de 8 % en volume et 9 % en valeur

L'export toujours salutaire

Notamment à l'export qui, historiquement, a toujours été friand de ces vins. Le Royaume-Uni (+ 15 % en volume et +12 % en valeur), les Etats-Unis (-4,14 % et -21,53 %) et le Canada (6,5 % et 10,4 %) formant le trio de tête des principales destinations de commercialisation à l'international. Seule ombre au tableau à l'international, la taxe "Trump" de 25 % sur le vin français mise en place le 18 octobre 2019 par les Etats-Unis.

Le pays qui, en 2017, est devenu le premier marché d'exportation du beaujolais avec aujourd'hui environ 50 000 hectolitres (6 millions de bouteilles, 22 % de parts de marché export) qui ont traversé l'Atlantique l'année dernière, pour un chiffre d'affaire de 25 M€. Le nouveau président élu, Joe Biden, offre une lueur d'espoir : la taxe pourrait être supprimée à l'horizon du printemps 2021.

© Julien Verchère

La Maison Henry Fessy revoit ses stratégies commerciales

La Maison Henry Fessy (4,8 M€ de CA en 2018, dernier exercice connu, propriété du Domaine Louis Latour), située à Saint-Jean d'Ardières, n'a pas été épargnée par cette taxation. "Cette perte d'activité, d'environ 10 %, s'inscrit aussi dans une année de crise sanitaire qui a eu également un impact sur nos ventes. Il faut donc relativiser l'effet taxe", modère Laurent Chevalier, directeur général de la Maison Henry Fessy.

Avec 65 % de chiffre d'affaires à l'export, l'entreprise a dû revoir ses stratégies commerciales. A court terme d'abord, avec un appel à la fidélité auprès de ses distributeurs outre-Atlantique - même si elle s'appuie sur la filiale export très dynamique du groupe Latour. A moyen terme, ensuite, la Maison Henry Fessy planche sur une réorientation de sa production (1 million de bouteilles en 2019) vers la grande distribution, au final peu impactée par les mesures liées aux confinements successifs.

"Le rapport qualité-prix est incomparable"

© Julien Verchère / Laurent Chevalier, directeur général de la Maison Henry Fessy.

Plus globalement, et hors-crise Covid-19, l'institution fondée par Henry Fessy, rachetée en 2008 par le groupe bourguignon Latour, témoigne de l'intérêt de telles structures pour un vignoble "qui connaît un mouvement de fond encourageant grâce à des acteurs dynamiques", selon Laurent Chevalier. "Les producteurs se réinventent, stimulent une tendance des vins bio et nature et s'engagent dans une production qualitative de vins encore sous-évalués. Le rapport qualité-prix est incomparable. Une hausse de 2 à 3 euros sur chaque bouteille se justifierait totalement", précise-t-il.

Entre 2009 et 2020, cette Maison est passée de 20 à 100 hectares en replantant massivement un vignoble vieillissant en rachetant certaines parcelles. Le dirigeant soulève une problématique de taille : "Pouvoir investir, notamment pour les domaines de moindre taille, dans la mécanisation afin de réduire les coûts de production et atteindre la rentabilité".

Un véritable enjeu tandis que certains vignerons du Beaujolais partant à la retraite ne parviennent pas à transmettre leurs domaines. Ce rachat de Fessy par Latour montre également un regain d'intérêt du vignoble bourguignon pour son voisin alors qu'historiquement, le Beaujolais et le Bourgogne entretiennent des rapports complexes.

En phase avec les nouvelles consommations

Un cycle global et mondial de "consommer le vin" est bien entamé. Et cette période de pandémie est de nature à confirmer cet essor. La recherche de vins écologiques, moins alcoolisés et des achats basés sur des prix et promotions attractifs, tendent à se tourner favorablement vers les beaujolais.

Au-delà de ce constat, l'interprofession compte aussi s'appuyer sur le volet transition du plan de relance gouvernemental (soit 1,2 Md€) qui vise à "renforcer la souveraineté alimentaire, accélérer la transition agro-écologique pour donner accès à tous les Français à une alimentation saine, durable et locale, et adapter l'agriculture au changement climatique".

"Notre gamay supporte l'évolution du climat"

© Julien Verchère

L'instance beaujolaise souhaite ainsi travailler à un nouveau plan filière viti-vinicole pour coller à ces nouveaux usages autour du vin. Si le territoire viticole du Beaujolais est morcelé, en pente et jugé vieillissant par l'Interprofession, des pistes de réflexions se font jour pour transformer ces contraintes en avantages.

"Notre gamay supporte l'évolution du climat et nous devons proposer un marqueur écologique fort pour sublimer un terreau de savoir-faire dense et qui se renouvelle au gré des nouvelles installations", explique-t-on du côté d'Inter Beaujolais. Et de préciser : "Aujourd'hui, la moitié des 30 000 hectares de gamay plantés à travers le monde le sont en Beaujolais".

Né d'un croisement naturel de pinot noir et de gouais blanc (groupe de cépages ; NDLR), le cépage gamay noir à jus blanc permet l'élaboration de vins au fruité multifacette : d'un "fruité joyeux" pour les beaujolais de fête - et donc le "nouveau" -, jusqu'à un "fruité complexe" pour les beaujolais d'exception, en passant par un "fruité racé" pour les beaujolais de "caractère".

Une communication renouvelée pour un vignoble "nouvelle génération"

Sa très grande amplitude permet au gamay de fabriquer des vins "élégants dans leur jeunesse" autant que des vins de garde, peu alcoolisés et souples avec des parfums fruités (framboise, fraise des bois, mûre, cerise noire) ou parfois poivrés et floraux. Dans cette dynamique, l'Interprofession des vins du Beaujolais a dévoilé en juin dernier une nouvelle identité visuelle des 12 appellations du Beaujolais.

Nouvelles affiches pour les AOC, nouvelle charte graphique, nouveau logo… Une démarche qui veut inscrire la signature d'un vignoble "nouvelle génération".

Cette opération de communication accompagne la montée en gamme du Beaujolais, amorcée depuis quelques années déjà dans le vignoble rhodanien. Laurent Derhé, président de l'Association des Sommeliers Lyonnais et Rhône-Alpes (ASLERA) évoque "une évolution réelle de la qualité, avec une génération qui a compris l'importance d'être dans une telle démarche, aujourd'hui globale et pas seulement l'apanage de certains visionnaires".

Si le sommelier décrit une mode des vins ronds, gourmands et ensoleillés, dont profitent notamment les crus du Languedoc ou de la Vallée du Rhône, le changement climatique, qui apporte des degrés de maturité plus élevés et un équilibre, peut, selon lui, bénéficier aux beaujolais en gagnant en rondeur au fil du temps. "On n'y fait plus de vins faciles à boire, de bistrot ou d'amis mais, des vins délicatement équilibrés et chargés d'une histoire d'un terroir. Aujourd'hui, le sens de l'histoire, c'est le bio et les vins naturels, une évolution normale et indispensable à la respiration d'un terroir", souligne celui qui est également Meilleur ouvrier de France sommelier en 2007.

Le virage du bio et du nature

© Julien Verchère / Le vignoble renoue progressivement avec la nature et la biodiversité.

"Le beaujolais, c'est la nature avec ses parfums, sa lumière, ses infinis, le repos du soir, l'enthousiasme du matin", décrivait Jules Chavet. Disparu en 1989, ce chimiste de formation, devenu par la force des choses éleveur puis négociant en vins, au sein du domaine familial Chauvet Frères à la Chapelle-de-Guinchay, serait l'instigateur d'une culture bio et naturelle en Beaujolais.

L'homme travailla, entre autres, pendant de nombreuses années sur les levures, la fermentation malolactique ou encore la macération carbonique. Le site de commerce de vins Vinibee décrit "un pédagogue, spirituel, animé d'une grande force de conviction, considéré aujourd'hui comme le père du mouvement des vins naturels. Il laisse une œuvre scientifique sur la chimie du vin et la dégustation, unique au monde".

Aujourd'hui, un groupe de vignerons reprennent le flambeau du bio et du naturel, animés par une farouche motivation à faire perdurer cet esprit pionnier caractéristique du terroir tout en développant une gamme de vins en phase avec leur temps. La Tallebarde, Vionnet, Foillard, Lapalu… autant de domaines aujourd'hui moteurs sur ce segment porteur. Un nouvel horizon pour un Beaujolais qui se réinvente.

Les vins rouges se taillent la part du lion

En 2019, le Beaujolais a produit près de 530 000 hectolitres de vin, soit plus de 70 millions de bouteilles. 95% de cette production annuelle (toutes AOP confondues) est dédiée aux vins rouges. Le reste est consacré aux vins rosés et blancs.




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