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Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Dossier / Sécurité des entreprises / Demande virale, exigence vitale

Publié le - - Société

Dossier / Sécurité des entreprises / Demande virale, exigence vitale

Préserver la santé de tous : celle des personnels soignants, celle des citoyens, celle des travailleurs. De cet axiome naît une exigence. Et pour ceux qui sont au front, qui voient leur activité maintenue,il convient de mettre en place des mesures idoines pour modifier leurs conditions de travail et préserver de facto leur sécurité. Une fois cet impératif assouvi, les entrepreneurs se trouvent confrontés à une autre forme d'inquiétude : la sécurisation de leurs bâtiments, souvent vidés de leurs occupants, et celle de leurs données lorsque, pour bon nombre d'entre elles, le télétravail a été décrété pour les salariés. Les sociétés spécialisées dans les alarmes, les portes blindées, les serrures, et de façon plus vaste dans tous les systèmes de protection, surtout numérique, saisissent les opportunités engendrées par cette crise sanitaire, appréhendant les besoins croissants des entreprises. Quelques-unes, celles dont la surface financière le permet, vont plus loin, faisant appel à des sociétés rompues à la surveillance physique et au gardiennage. De leur côté, les forces de l'ordre – gendarmerie et police – multiplient les opérations sur sites, dans les zones industrielles et les parcs d'activité, mais aussi en ville, auprès des commerçants et artisans, dans l'optique de sécuriser les lieux et de veiller au maintien d'une tranquillité par trop inhabituelle.

Simon Hoayek : "L'augmentation des cyber-attaques constitue le principal danger "

Vingt ans après sa création, l'entreprise lyonnaise de sécurité Byblos Group emploie plus de 2 200 personnes dans quinze agences réparties sur le territoire national et réalise 80 M€ de chiffre d'affaires. Son fondateur Simon Hoayek explique en quoi l'épidémie de Covid-19 bouleverse le paysage de la sécurité.

Cette crise aura-t-elle des effets sur votre chiffre d'affaires en 2020 ?

Naturellement oui, puisque la sécurité dans les entreprises re- présente 90 % de notre activité globale. Cependant, nous avons encore aujourd'hui des collaborateurs qui sécurisent des lieux afin de garantir la continuité de l'activité économique dans notre pays. C'est ainsi le cas pour les produits de première nécessité. Nous intervenons également pour prévenir les actes de malveillance. Mais le reste de notre activité est très impacté. Notre pôle dédié à l'événementiel, notre filiale accueil et nos centres de formation sont complètement à l'arrêt.

Cette épidémie et les choix arrêtés par le gouvernement pour la juguler entraînent-ils des modifications impor- tantes dans les missions que vous remplissez ?

Plus globalement, j'estime que cette crise va modifier structurellement la totalité de nos modèles opérationnels et économiques. Et une activité de services comme la nôtre n'échappe pas à cette réalité. Nous nous retrouvons face à la nécessité de réinventer notre organisation, mais également de plancher sur la capacité de nos entreprises à être agiles pour faire face à de telles situations. Nous constatons qu'il y a des menaces pour lesquelles nous n'étions pas préparés. Cela ne doit plus être le cas dans le futur. Par ailleurs, en interne, nous devons protéger nos propres collaborateurs. Car nous ne pouvons pas sécuriser les activités de nos clients si nous sommes nous-mêmes vulnérables. Nous profitons de cette période de confinement pour réfléchir à l'organisation que nous devrons être en mesure de pro- poser demain.

Les mesures de chômage partiel qui vident certaines zones d'activités entraî​nent-elles une augmentation des tentatives de cambriolage ?

C'est évident. Néanmoins, la majorité de nos sites clients main- tient un dispositif minimum de protection, pour assurer la sécu- rité physique des installations. Nous les accompagnons dans cette démarche, en nous adaptant en permanence à l'évolution des menaces. De toute façon, il est toujours nécessaire d'apporter des ajustements. L'agilité est un facteur clef dans la gestion d'une entreprise comme la nôtre, surtout en période de forte crise.

Avez-vous l'impression que certains secteurs d'activités sont plus concernés que d'autres par ces tentatives de cambriolage ?

Plus que des secteurs d'activités, ce sont des catégories d'entre- prises qui sont visées. En règle générale, les malfaiteurs saisissent les opportunités en fonction de la vulnérabilité de la protection.

De nos jours, nous redoutons donc davantage les cyberattaques que les cambriolages physiques. Avec la mutation des activités économiques, la cybercriminalité a explosé.

Nous devons donc redoubler de vigilance dans nos comportements. Cette tendance est d'autant plus forte dans une période comme celle que nous traversons actuellement. Le confinement et le développement du télétravail, avec des connexions privées souvent peu ou mal sécurisées, constituent une aubaine pour les spécialistes des cyberattaques.

Major Patrick Brayer : « La prévention est essentielle »

Référent sûreté en prévention technique de la malveillance et en vidéo-protection au niveau du Groupement de la gendarmerie du Rhône, le major Patrick Brayer invite les entrepreneurs à régulièrement vérifier la sécurité physique de leurs établissements (éclairage, alarme, contrôle des accès).

Concrètement, quel est votre rôle ?

Nous réalisons des diagnostics et des audits pour des collectivités, des entreprises, mais aussi des particuliers. À la suite de ce premier travail, nous faisons des préconisations, verbales ou écrites selon l'importance du dossier. Elles prennent la forme de conseils sur le plan humain, mais aussi organisationnel et, bien entendu, au niveau des matériels à installer, comme de la vidéo-protection. Je tiens à préciser que nous ne donnons jamais le nom d'un fournisseur ou d'une marque. Il n'y a pas de volet commercial dans notre démarche.

La prévention joue donc un rôle important dans la sé​curisation des entreprises ?

Bien évidemment. Il est essentiel de régulièrement faire le point sur la sécurité physique de son étab- lissement : éclairage nocturne, alarme, contrôle des accès... Dans ce domaine, les référents sûreté des brigades de gendarmerie sont là pour conseiller les chefs d'entreprise, les commerçants et les artisans. J'ajoute qu'il y a un volet cybercriminalité dans notre formation, car cette problématique prend de plus en plus d'importance.

Le Covid-19 fragilise les activités... des cambrioleurs

Conséquence directe des mesures de confinement adoptées par le gouvernement pour juguler l'épidémie de Covid-19, les cambriolages et diverses atteintes aux biens sont en chute libre depuis quelques semaines. Non seulement chez les particuliers, pour beaucoup cloîtrés chez eux, mais aussi dans les entreprises, bien qu'elles se soient partiellement vidées. Une spirale vertueuse entretenue par la mobilisation des forces de l'ordre sur le terrain, mais aussi par le redéploiement des effectifs des sociétés de sécurité et par les mesures de surveillance renforcée mises en œuvre sur les parcs industriels et d'activités.

Il est des chiffres qui en disent parfois beaucoup plus qu'un long discours. Surtout lorsqu'ils traduisent une tendance lourde. Ainsi, en région Auvergne-Rhône- Alpes, depuis le début du confinement, la délinquance dite « atteinte aux biens » a reculé de 60 %. Cet agrégat, qui comprend notamment les cambriolages de locaux professionnels, commerciaux et associatifs, n'a jamais connu pareil étiage. À l'heure où les dirigeants d'entreprises regardent s'allonger avec anxiété la période de confinement de leurs salariés, cette statistique livrée par la Gendarmerie nationale apporte un peu de réconfort à ceux qui s'attendent à vivre l'exercice le plus catastrophique de leur vie professionnelle.

« Cette tendance se retrouve logiquement dans le Rhône, même si elle est plus modérée, en tout cas dans la zone de compétence Gendarmerie », précise Clémence Ruaudel, chef d'escadron, officier communication de la région de Gendarmerie Rhône-Alpes. Sur le terrain, le constat est identique pour les zones artisanales et industrielles, qui ne sont pas plus spécifiquement visées que d'autres lieux. « Les délinquants ne semblent pas avoir réellement modifié leurs cibles avec le confinement.

Les tabacs, restaurants et commerces divers restent les sites vers lesquels ils se tournent le plus volontiers », ajoute-t-elle. Les 5 000 gendarmes de la région orientent donc particulièrement leur service de surveillance dans ces zones, de jour comme de nuit.

Cette mission, déclinée tout au long de l'année, s'inscrit cependant dans un cadre spécifique depuis le début du confinement. Initié en 2012, le dispositif « Tranquillité Entreprise » permet, en effet, aux dirigeants de solliciter une attention toute particulière lorsqu'ils ont été contraints de cesser leur activité et de laisser leurs bâtiments sans surveillance.

« Cette ‘‘Opération Tranquillité Entreprise'' reprend le principe des ‘‘Opérations Tranquillité Vacances'', qui s'adressent aux particuliers. Tout chef d'entreprise peut signaler à la gendarmerie territorialement compétente la fermeture temporaire de sa société via un formulaire », explique Clémence Ruaudel.


Un mail a été adressé le 26 mars à l'ensemble des CCI territoriales pour rappeler l'existence de ce dispositif. Depuis cette date, une quarantaine d'entreprises se sont manifestées à la cellule dans le département du Rhône, en plus de celles qui étaient déjà inscrites. Plus d'une quinzaine, cependant, ont été réorientées vers la police nationale, car elles n'entraient pas dans le ressort géographique de la Gendarmerie nationale.

Sécurité Phoenix Infinity se positionne sur de nouvelles missions


Bien implantée sur le marché de l'événementiel, la société villeurbannaise a dû trouver de nouveaux débouchés pour compenser la mise en sommeil de cette activité.

« La nature des missions qui nous sont confiées a totalement changé », analyse Axel Tordjmann. Le dirigeant de Sécurité Phoenix Infinity, qui n'emploie plus qu'une quinzaine de collaborateurs aujourd'hui, alors qu'il mobilisait quelque 70 personnes avant le début du confinement, continue d'adapter son offre à un marché totalement déstabilisé.

« Au-delà de l'événementiel, où tout est arrêté, nous sommes également obligés de faire face à une nouvelle forme de besoins sur l'activité gardiennage », explique-t-il.

Certaines petites sociétés avec lesquelles il avait signé des contrats à l'année, notamment dans le transport, sont obligées d'arrêter leurs activités. Craignant de ne pas pouvoir payer leurs factures, elles ont demandé la mise en​sommeil de la prestation.

« Au risque de subir des effractions, comme du vol de fret ou du vol de gasoil, deux types d'incidents qui sont en forte augmentation », assure-t-il.

En revanche, Sécurité Phoenix Infinity a récupéré de nombreuses missions de rondes. Cette demande émane principalement de sociétés qui n'ont pas les moyens de s'offrir un gardiennage permanent. « Nous avons des agents qui passent plusieurs fois par nuit sur différents sites. Pour les entreprises, cela représente un investissement moins lourd que la présence non-stop d'un agent, qu'il soit dans l'entreprise ou qu'il stationne sur le parking dans son véhicule », précise Axel Tordjmann.

Enfin, l'épidémie de Covid-19 a rabattu une nouvelle clientèle chez Sécurité Phoenix Infinity. « Nous intervenons dans un Ehpad. Nous avons un agent, qui est présent 24 h / 24, pour assurer la surveillance d'une pièce où sont entreposés l'appareillage médical, le gel hydroalcoolique et les masques de protection », confirme-t-il. Comme un symbole d'une société qui a perdu tous ses repères.

Centurions passe de l'intervention sur alarme au filtrage


À la tête de la société de sécurité Centurions, présente à Lyon, Villefontaine et Grenoble, Gaétan Bénière a redéployé ses effectifs pour répondre à la demande des entreprises.

Jusqu'au début de l'année 2020, l'activité de la société Centurions reposait sur deux socles au poids quasiment identique : la sécurité mobile, comprenant les rondes et les interventions sur alarme, et les prestations de sécurité sur des sites tertiaires (banques, im- meubles de bureaux, bâtiments consulaires). Mais aujourd'hui, la situation a totalement changé. « Le marché des interventions sur alarmes s'est totalement écroulé. Nous sommes passés d'une vingtaine d'interventions par jour à moins de cinq », constate-t-il.

En revanche, les immeubles de bureaux s'étant brusquement vi- dés de leurs occupants, ses clients lui demandent de faire passer ses équipes à plusieurs reprises dans la journée, mais aussi la nuit et le week-end. « Auparavant, nous faisions une simple ronde de fermeture en fin de journée, précise-t-il. Par ailleurs, nous sommes maintenant sollicités pour faire des rondes sur des sites en centre- ville, ce qui n'arrivait pas auparavant ».

Centurions a ajouté une nouvelle corde à son arc, en se positionnant sur le marché du filtrage, aux entrées des établissements bancaires notamment. « Avant confinement, nous le faisions très ponctuellement quand il y avait des incivilités. Désormais, il s'agit vraiment d'une activité récurrente, pour faire respecter les consignes sanitaires : limitation du nombre de personnes dans l'agence, respect des distances de sécurisation... », précise-t-il.

Pour faire face à cette évolution de la demande, Gaétan Bénière a transféré certains de ses personnels sur ces nouvelles missions. Il a également été obligé d'embaucher des agents supplémentaires, portant ses effectifs d'une trentaine à une quarantaine de collaborateurs.

Et de conclure : « Nous avons su nous adapter à la nouvelle donne et la crise du Coronavirus ne devrait finalement pas trop nous pénaliser sur le plan économique ».

Pil' Sécure a réduit de moitié les cambriolages de sociétés

En organisant les rondes de deux véhicules sur le pôle logistique des Chesnes (Isère), l'association Pil'secure a constaté une forte baisse des infractions sur les cinq dernières années.

Depuis juillet 2015, le Pôle intelligence Logistique (Pil'es), sur la zone d'activité des Chesnes à Saint-Quentin-Fallavier, propose un service de sécurité mutualisé à ses entreprises adhérentes. Afin de réduire le risque d'in- fractions, de vandalisme et autres cambriolages, une association loi 1901 a été créée à l'initiative du Pil'es.

Léa Gautier est chargée de mission pour la logistique durable au sein du Pil'es. « Mes missions consistent à accompagner les entreprises dans le virage de la logistique durable, en allant sur les terrains de la gestion des déchets, de l'entrepôt durable, mais aussi de la sécurité.

À travers Pil'secure, nous avons un objectif de protection des biens et des personnes, en mutualisant un service de gardiennage ». Chaque adhérent bénéficie du service de rondiers et d'interventions sur alarmes, comprises dans la prestation. « Nous faisons appel à un prestataire extérieur, qui met à disposition deux véhicules dédiés au parc des Chesnes, qui sont en ligne directe avec les forces de l'ordre, qui circulent toutes les nuits et 24 h / 24 les week-ends et les jours fériés ».

Aujourd'hui, 482 000 m2 de la zone sont couverts, regroupant une douzaine d'adhérents (sur les 150 établissements de logistique que compte la zone d'activité). « La mutualisation de la prestation de gardiennage permet de réduire l'investissement en matière de sécurité, mais avec un service op- timisé ».

De XPO Logistics à LDLC, en passant par Rhenus et le prestataire logistique de Spartoo, la prestation est fac- turée au pro rata du nombre de mètres carrés à surveiller. « Mais l'appel d'offre étant mutualisé, la surface impor- tante permet d'obtenir des tarifs préférentiels ».

Une baisse des infractions profitable à tous

Les économies par entreprise n'ont pas été calculées. En re- vanche, des chiffres existent pour mesurer l'efficacité du dispositif. Pour l'année 2019, la gendarmerie a fait état de -17 % d'atteintes aux biens, -66 % des vols avec violence, -56 % des cambriolages de sociétés, et -85 % des vols liés aux véhicules légers (quand un véhicule est attaqué par un VL durant le transport). Le taux d'élucidation a lui aussi été amélioré et le temps d'intervention a

L'association dédiée à la sécurité a permis de réduire le coût des rondes et de faire baisser les atteintes aux biens, les vols avec violence et les cambriolages été divisé par deux, compris désormais entre 12 et 15 minutes.

« C'est la réactivité du prestataire, en lien direct avec la gendarmerie, qui permet d'être efficace à la moindre suspicion ».

Si la majorité des entreprises n'adhèrent pas encore à ce dispositif de sécurité, il semble que toutes profitent de l'amélioration du contexte, liée à la présence constante des rondiers.

« C'est pourquoi nous incitons tous les chefs d'entreprise à participer à cet effort collectif de sécurisation de la zone ».

Si, en raison de la crise sanitaire et la crise économique, certaines zones d'activité désertées ont été la cible d'actes de malveillance, le parc des Chesnes n'a pas constaté d'accroissement des infractions. En effet, « le secteur de la logistique est toujours mobilisé ».

Procelec : le petit indépendant qui sécurise les grands de l'industrie


Implantée dans la périphérie de Villefranche-sur-Saône, l'entreprise dirigée par Antoine Namy adosse son expertise sur un centre de télésurveillance à la pointe de la technologie.

Tournée à l'origine vers le marché de la sécurité des particuliers, la société caladoise Procelec a totalement inversé l'ordre de ses priorités au début des années 2000. Passée sous le contrôle d'Antoine Namy en 2001, elle est devenue incontournable pour les professionnels de la région. « Sur un territoire courant de Dijon à Valence et de Clermont à Annemasse, nous sommes le seul acteur indépendant bénéficiant des agréments APSAD du Centre National de Prévention et de Protection. Nous assurons ainsi l'ensemble des missions nécessaires à la sécurité des entreprises : étude, installation et télésurveillance », détaille son dirigeant.

Centrée jusqu'en 2005 sur l'installation de systèmes d'alarme et de vidéosurveillance, l'entreprise passe alors de Gleizé à Limas, pour assumer ses ambitions de développement en initiant une deuxième activité. « Nous avons ouvert notre propre centre de télésurveillance, pour assurer en direct la gestion des informations que nos équipements enregistraient. Nos équipes sont mobilisées 24h/24 et 365 jours par an », poursuit-il.

Une force de frappe unique pour un acteur indépendant que Procelec met au service de sites sensibles. Aussi bien dans le commerce (bijouteries, bureaux de tabac) que dans le tertiaire (bâtiments publics type CEA ou abritant des informations secret défense) et dans l'industrie. « Aujourd'hui, ce dernier secteur est celui où la demande est la plus forte », analyse Antoine Namy.

C'est également celui où il faut être en mesure de décliner un savoir-faire spécifique. Pour répondre à cet impératif, Procelec amène des solutions différentes de celles que l'on trouve classiquement sur le marché : caméras thermiques, clôtures électrifiées avec détecteur intrusion intégré… Le tout étant relié à son centre de télésurveillance.

Ainsi structurée, l'entreprise caladoise réalise 80 % de ses 5 M€ de chiffre d'affaires (ndlr : avec 38 collaborateurs, dont 13 exclusivement basés dans le centre de télésurveillance) sur un bassin allant de Mâcon à Annemasse, en passant par Lyon et Grenoble. « Nous allons chercher les 20 % restants dans l'ensemble du pays. Soit en répondant aux sollicitations de clients historiques, comme Firalp SOBECA, soit en gagnant des marchés nationaux, comme avec le groupe Scania, que nous accompagnons depuis quatre ans sur tous ses sites de l'Hexagone », conclut-il.

Cédric Renaud : " Le maire est un pilier de la prévention de la délinquance "


Cédric Renaud est le président de l'Association nationale des cadres territoriaux de la sécurité (ANCTS), il est également directeur principal de police municipale à Saint-Etienne. Il revient sur la période de confinement et apporte son regard sur la gestion de cette situation inédite pour les territoires.

L'ANCTS a été créé en 2015. Pouvez-vous nous expliquer son rôle ?

L'association a été crée après les attentats de Charlie Hebdo. L'ANCTS réunit aujourd'hui une centaine d'adhérents avec une cinquantaine de sympathisants. Elle est dédiée aux agents territoriaux qui ont des missions d'encadrement ou d'expertise dans la sécurité, que ce soit la sécurité publique via la police municipale, la prévention de la délinquance mais aussi la prévention des risques majeurs. Nous sommes complémentaires de la police nationale et de la gendarmerie qui mettent en place les dispositifs de répression. Si vous ne vous reposez que sur la bonne volonté des gens, vous serez inefficaces.

Que défend l'ANCTS ?

Notre credo est de démontrer que l'Etat à un comportement ambiguë envers les collectivités territoriales. En 2002, l'Etat a fait du maire un pilier de la prévention de la délinquance, en créant le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). Il les sollicite chaque jour, avec des policiers municipaux, et les missions de prévention de la délinquance. C'est un équilibre entre l'information, l'éducation civique et on intervient très près de l'infraction. On est sur des sentences préjuridictionnelles, juste avant la répression.

De votre point de vue, comment s'est mis en place le confinement des Français ?

La mise en place du dispositif de confinement a été chaotique et différente en fonction des territoires : en fonction de comment travaille le préfet, de comment sont prises les décisions, du rôle des maires… Le problème a été qu'au début du confinement, les policiers municipaux ne faisaient pas partie du plan de continuation de l'activité de la collectivité, puisqu'ils relèvent de la prévention de la délinquance. Les policiers municipaux ont donc été confinés. La doctrine d'emploi dépend du maire. Dans certaines communes, ils ont un rôle d'hyperproximité avec des horaires administratifs : ils font traverser les enfants, gèrent les marchés, sont non armés. Dans d'autres, ils ont un rôle plus large. En début de confinement, l'Etat n'a pas donné aux policiers municipaux et agents territoriaux une compétence juridique pour continuer d'oeuvrer. Cette crise a condensé les problèmes que l'on rencontre depuis cinq ans. L'Etat avait décidé de se passer de 24 000 agents, sans compter les 3 600 agents de la police de Paris. De la troisième force de sécurité française. Les maires, associations, et la police nationale se sont aperçu qu'il y avait un trou dans la raquette et ont fait remonter cela auprès des ministères. Et les choses se sont arrangées, quand l'Etat a corrigé le tir avec une loi d'urgence dans laquelle on était comptés.

Comment réadaptez-vous votre travail dans cette situation inédite ?

Il s'agit de requalifier la normalité pour pouvoir détecter ce qui relève de l'anormalité. Il n'y a plus de regroupements. Il faut que l'on revoie nos éléments de détection, notamment avec les bailleurs sociaux, car ce qui se passait avant devant les immeubles peut se passer maintenant à l'intérieur.

Il y a une infraction nouvelle, qui correspond au non-respect du confinement. Nous avons un rôle de prévention qui vise à le faire respecter. La population nous pose énormément de questions sur les modalités de sortie, à travers les formulaires dérogatoires. Les habitants n'avaient personne à qui se référer sur le terrain.

Quels sont les atouts d'agents locaux pour mener à bien ces mesures de confinement ?

Les services municipaux ont l'avantage de pouvoir profiter d'une mutualisation. Les mairies gèrent des services dans de nombreuses filières. Les collectivités territoriales sont plus diversifiées et agiles que l'Etat. A Saint-Etienne, les médecins qui travaillent dans les Ehpad du territoire sont venus expliquer les mesures à prendre et pour concevoir une doctrine, notamment sur le port du masque. C'est consubstantiel à la notion de collectivités territoriales, qui se sont chargées du travail d'ingénierie, pour pouvoir informer les gens, car il manquait une information de base.

Peut-on dire que cette crise synthétise les problématiques rencontrées par les collectivités territoriales, vis-à-vis de l'Etat ?

Oui. Globalement, on s'aperçoit que c'est difficile de prendre de grosse mesures sans acteurs de proximité. Cette crise va poser une question : Quelle est l'articulation entre l'Etat et les collectivités territoriales. On a l'habitude de l'Etat providence avec les préfets. Or, on s'aperçoit que l'Etat n'a pas créé d'outils de gestion de crise. L'Etat doit passer du « faire » au « faire faire ». Il a tout fait pour déléguer des missions. Mais quand il y a une crise, il doit coordonner. L'Etat ne peut pas tout faire sans l'aide des collectivités. Le président dit globalement : « Je ne veux pas de mesure locale ». Mais si ce n'est pas le maire de la commune, qui peut le faire ? Les problématiques sont différentes à Tarare et à Lyon. Nous sommes au bout d'une logique.

Quel type d'infractions constatez-vous ?

L'essentiel de la délinquance est en lien avec le maintien à domicile. Il y a les violences intra familiales. Le désordre et les « engueulades ». Avant, les gens se croisaient. Aujourd'hui, ils ont retrouvé une situation de voisinage permanent. Les enfants courent, des personnes se sont attelées à de gros travaux… A l'échelle du quartier, les gens se regardent en chiens de faïence, avec la naissance de solidarité comme de peurs nouvelles. Au niveau de la ville, avec une activité relative, on gère un espace public quasiment vide, avec une sécurisation de commerces fermés. Il faut gérer cette absence d'activité. Si un commerce fermé à été cambriolé, il se peut que l'on s'en aperçoive le jour ou l'on relèvera le rideau.

Il y a beaucoup de signalements. Des personnes qui appellent car ils constatent des rassemblements. Je n'aime pas le mot de délation. Pour moi, ce sont des signalements de comportements anormaux. Il faut aussi reconnaître que parfois, c'est l'occasion de faire des misères à ses voisins.




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