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Dossier / Running, un business au pas de course

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Dossier / Running, un business au pas de course

En théorie, il suffit d'une paire de baskets et d'un bon souffle pour s'adonner à la course à pied. En pratique, le runner moderne utilise montre connectée, applications de suivi de performance et autres vêtements techniques et n'hésite pas à débourser 1 € au km pour participer à des courses organisées. Quelque 13 millions de Français s'adonnent, passionnément comme modérément, à ce que l'on appelle désormais « le running » et participent à la croissance d'un marché qui atteint les 850 M€ annuels. Petit joueur, le marché du foot (équipements) ne pèse que 450 M€ .

Virgile Caillet

« La panoplie du coureur s'est étoffée sous l'impulsion des équipementiers »

L'Union sport & cycle est un syndicat professionnel réunissant les entreprises de la filière du sport, des loisirs, du cycle et de la mobilité active. Elle fédère 1 400 entreprises, plus de 500 marques et de 3 000 points de vente. Avec près de 80 000 salariés, cela représente 11 M€ de chiffre d'affaires cumulé. Virgile Caillet, délégué général de l'Union, décrypte le marché du running.

Quelques mots sur l'Union sport & cycle et sur son secteur running ?

L'union sport & cycle est la première organisation patronale du secteur sport. On repense et défend les intérêts économiques liés à la filière. Globalement, avec plus de 1 400 entreprises adhérentes, on représente tout le secteur marchand du sport. Pour caricaturer, on est un peu le Medef du sport, mais nous ne sommes pas interprofessionnel, plutôt sectoriel. Nous fédérons jusqu'aux prestataires de loisirs, en passant par les marques de distributeurs. Le marché du running est la clé pour nous. C'est le plus gros marché de notre secteur.

Comment se segmente le marché du running ces dernières années ?

Je ne parlerai pas d'un marché, mais de marchés au pluriel. De la même façon qu'il y a des runners, avec effectivement une segmentation du marché ces cinq à dix dernières années. L'accélération est guidée par plusieurs phénomènes. D'abord, il y a celui du trail. Il a fait accroître de façon impressionnante le nombre de courses organisées, et le nombre de participants. C'était un peu « l'historique » de la course que pratiquaient ceux qui voulaient se dégager des autres runners, et retrouver la liberté. Il y a aussi le facteur de la féminisation de la pratique. On estime à 2 millions le nombre de coureuses à pied en plus en cinq ans. On atteint une quasi parité. Le troisième phénomène, c'est la digitalisation. Grace à des applications connectées, on se retrouve dans des pratiques ludiques. Il y a une gamification de la pratique.

Que pèse ce marché en France ?

Il est à 850 M€ annuels. Le tennis pèse 150 M€, et le foot 450 M€. Un runner régulier va acheter deux paires de baskets par an. Un footballeur se verra remettre sa tenue par son club. La panoplie du coureur s'est étoffée sous l'impulsion des équipementiers, et de la technicité des produits avec des accessoires, de la bagagerie, des produits divers. La chaussure de course représente un marché de 500 M€, les accessoires, montres et autres 350 M€.

Combien de coureurs dénombre-t-on ?

Il y a 5 millions de coureurs qui se considèrent comme des coureurs. C'est leur sport principal. 4,6 millions ont plusieurs activités, et courent en plus régulièrement. Restent 3,9 millions d'occasionnels, parmi lesquels je compte ceux qui courent une fois par mois, et ceux qui courent le 1er janvier. Cela fait 13 millions de pratiquants, mais ce ne sont pas les mêmes consommateurs. En fonction de leur pratique, ils n'ont pas le même consentement à payer.

Qui consomme le plus ?

Les trailers consomment beaucoup, car ils choisissent des produits à haute technicité. Les femmes consomment moins que les hommes, et ne s'équipent pas dès les premières foulées. Un homme achètera un équipement complet dès le début, et arrêtera peut-être dans deux mois. De même, cela ne sert à rien de promettre à une femme une montre étanche à 50 m sous l'eau. Il faut des arguments pour chacun.

Est-ce que le déploiement de marques de distributeurs avec des prix d'entrée de gamme a déclenché la pratique du running ?

Non, bien que ce soit des acteurs importants de l'accès à la pratique. Les montres et le développement d'applications ont été de gros accélérateurs. Les pratiquants se sont familiarisés avec ces outils de gamification, de challenge et de convivialité. Concernant les marques, telles Go sport, Salomon à Annecy, Thuasne à Saint-Etienne… ce sont des acteurs qui doivent être vigilants sur la segmentation de leurs gammes.

A force de courses, que ce soit individuelles ou caritatives, les runners ne risquent-ils pas de s'essouffler ?

Il y a 7 000 courses répertoriées en France. Le marathon de Paris, c'est 50 000 personnes, Marseille Cassis, c'est 25 000 coureurs. 1,6 million de personnes mettent un dossard, et ce chiffre reste stable. On arrive à une phase de plateau. Une petite crise de croissance. Les trails sont en progression. Les gens qui participent à des courses vont peut-être s'éroder. Il y aura une sélection naturelle. Qu'est-ce qui explique la hausse des coûts des dossards ? Pendant longtemps, une course, c'était 1/3 de financement des partenaires, 1/3 de subventions publiques et 1/3 d'inscriptions. Les partenaires sont de moins en moins présents et les collectivités font aussi payer les participants. Depuis cinq ans, les coûts de sécurité ont augmenté. La seule variable d'ajustement est le coût du dossard.

Est-ce rentable, l'organisation de courses ?

90 % des organisateurs sont des associatifs. Il y a peu d'organisateurs privés, car ce n'est pas forcément rentable dans une logique entrepreneuriale, sauf à disposer d'un catalogue de courses comme OC Sport, ASO ou encore TV Sport events.

Comment évoluera le marché selon vous ?

Les deux années qui viennent seront intéressantes, pour voir s'il y a moins de courses et plus d'accessibilité. Les pratiques passerelles entre le fitness et le running sont à suivre avec attention. Il y a une arrivée de produits écoconçus. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire proposée par Brune Poirson, mobilise notre filière. Elle est très contraignante, mais il est de notre responsabilité, en tant qu'industriels du sport et des loisirs que de suivre l'évolution du produit, de sa conception à sa fin de vie, c'est la nature de notre terrain de jeu.

Quand Terre de Running accélère

Au cœur du marché de la chaussure et du textile, qui pèse 850 M€, Terre de running, petit poucet basé à Limonest a doublé son nombre de magasins en deux ans.

Avec 26 boutiques en France, dont cinq ouvertes cette année, la marque creéée il y a six ans par Patrick Robourseau, avec l'ouverture d'un premier magasin à Lyon va crescendo. Après s'être étendu dans la Loire, puis dans l'Isère et la France entière, le groupement d'affiliation qui siège à Limonest continue de convaincre des gérants. « Avant de choisir une localisation, nous choisissons un homme. C'est la personne qui fait la réussite d'un magasin », dévoile Dominique Penaguear, directeur opération- nel de Terre de running. Pour l'enseigne, les affiliés doivent avant tout être commerçants, puis gestionnaires, et ensuite passionnés de course à pied. « On ne peut pas seulement vivre de running et d'eau fraîche.

Sur 200 magasins spécialisées, en France, seulement un tiers vit correctement de sa profession », tempère le représentant de la marque qui se targue d'avoir dans son réseau des boutiques qui génèrent chacune en moyenne 450 000 à 500 000 € de chiffre d'affaires. « Mais on reste petit. C'est un ex-Intersport qui vous parle. Avec Decathlon, ils pèsent 50 % du marché ».

500 € de panier moyen

Pour se distinguer de la masse, Terre de running a opté pour un créneau sport-loisir, avec conseil et accompagnement individuel systématique. Analyse vidéo de la foulée, prévention de la blessure, animation autour des magasins... Multicanale, la marque dispose d'un site marchand, bien que « cela ne soit pas notre positionnement stratégique », précise Dominique Penaguear. Ce qui est stratégique, chez Terre de running, c'est le blog Terre de runners, qui a pour but de fédérer une communauté.

Une communauté qui est d'abord séduite lors des courses, avec des coureurs sponsorisés en région. Le groupe est partenaire de 200 événements par an, organisés en lien avec les affiliés. Mais Terre de running ne dépose pas tous ses œufs dans le panier du client individuel. Il investit aussi celui des collectivités ou encore des groupements d'entreprises. « Nous sommes par exemple partenaires de bases militaires.

Nous sommes vigilants quant à ces populations. Quand on gagne une collectivité, on gagne des individuels ». Des clients directs dont le panier moyen à l'année est de 500 €. Ainsi, la centrale de Terre de running à Limonest, composée de six à huit salariés s'est elle dotée d'un service dédié aux collectivités. Le groupe qui génère 13 M€ de chiffre d'affaires avec ses 26 magasins ne se positionne pas sur la création d'une marque propre pour l'instant, « on verra à l'avenir, mais je ne suis pas partisan d'un produit sous le nom de l'enseigne ».

LE COÛT D'UN DOSSARD

Pour un marathon, le prix moyen du dossard est de 45 à 65 €. La hausse relevée entre 2008 et 2017 est de 18 à 20 € de plus par course. Le coût du semi-marathon a augmenté de 5 à 8 €. Quand à la course de 10 km, son prix a grimpé de 6 à 9 €, un dossard coûtant de 13 à 19 €. Quand il y a dix ans la règle était d'appliquer un tarif d'environ 1 € au km, elle s'approche aujourd'hui des 2 € le km. En moyenne, les pratiquants de course à pied participent à une à trois courses dans l'année.

LES OBJETS CONNECTÉS

Sur 500 pratiquants réguliers de running interrogés en 2017 par la Fédération française d'athlétisme, 30 % utilisent une montre de sport pendant leur pratique, 62 % utilisent un Smartphone et 11 % un bracelet connecté. Les applications utilisées leur permettent de visualiser leur progression, de voir le tracé de leur parcours, d'archiver l'historique et d'évaluer leur niveau.




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