AccueilDossiersDossier : réseaux sociaux d'entreprise, l'enjeu des nouveaux usages du travail

Dossier : réseaux sociaux d'entreprise, l'enjeu des nouveaux usages du travail

A l'heure de l'explosion du télétravail, les réseaux sociaux d'entreprise deviennent peu à peu incontournables dans l'organisation des entreprises. Enquête sur une tendance de fond plus qu'un phénomène de mode.
Dossier : réseaux sociaux d'entreprise, l'enjeu des nouveaux usages du travail

Dossiers Publié le ,

Depuis quelques mois, l'Armée de terre teste le réseau social d'entreprise parisien TalkSpirit dans le cadre de la transformation digitale de ses activités de recrutement. Un client, pas comme les autres, qui confirme la montée en puissance de ces réseaux, pas comme les autres. Des outils qui semblent enfin gagner leurs lettres de noblesse, à l'heure du télétravail.

Dossier réalisé par Marie Maleysson, Julien Thibert, Séverine Renard et Noémie Coquet


Sommaire

1- L'irrésistible montée en puissance des RSE

2- A Lyon, Dimo Software donne la parole à tous ses salariés

3- De Tassin aux Etats-Unis, la croissance folle de l'intranet social selon LumApps

4- Laurent Fiard : "Rendre les entreprises plus agiles"


L'irrésistible montée en puissance des RSE

Au cœur du succès des réseaux sociaux d'entreprise : l'information. Recherchée, transmise, exploitée, démultipliée… elle est l'un des enjeux majeurs des modes de travail post Covid-19. Le jeu de la nouvelle communication en entreprise se plie à des règles d'utilisation censées favoriser une meilleure collaboration entre les salariés et maintenir un lien social mis à mal en 2020.

Outils de management moderne, les réseaux sociaux d'entreprise (RSE) voient leur côte de popularité grimper avec l'avènement du télétravail. S'ils peinaient à trouver jusque-là leur public, leurs avantages semblent aujourd'hui mis en lumière. Les RSE ne seraient-ils qu'un Facebook généralisé ? Pas vraiment.

A mi-chemin entre le partage de connaissances en interne et les réseaux sociaux classiques, les RSE sont un outil de communication interne destiné à optimiser les échanges entre les collaborateurs via des fonctionnalités sociales. A ne pas confondre avec un extranet ou un réseau social professionnel type Linkedin, qui permet de gérer sa communication personnelle en tant que collaborateur d'une entreprise.

"Les réseaux sociaux d'entreprise ont commencé à apparaître en 2008. La crise de la Covid-19 révèle leur utilité, alors qu'ils étaient plutôt boudés jusqu'à présent par les salariés (en 2017 et selon une étude de l'école IGS-RH, 58 % des entreprises avaient adopté un RSE mais l'initiative était peu suivie par les collaborateurs, NDLR). Il y a un vrai besoin d'usage lié aux partages d'informations et au fait de maintenir un lien social", livre Yannick Châtelain, professeur associé en marketing digital chez Grenoble École de Management et spécialiste des nouvelles technologies.

© Pxhere.com

Pourquoi un réseau social d'entreprise ?

Si les freins à l'utilisation des RSE n'ont pas tous disparu, les arguments avancés par leurs défenseurs sont multiples. Outre une stratégie managériale plus moderne, les RSE permettraient de mieux mobiliser l'intelligence collective, de parer à la distance induite par le télétravail et d'accroître la cohésion au sein de l'entreprise.

Avec le risque de manquer une information, de ne pas mettre les bonnes personnes en copie, "l'une des problématiques qui se posent en entreprise est l'encombrement des boîtes mail. Un vœu pieu est que les RSE permettent de fluidifier les échanges et de diminuer le nombre de réunions. Dans l'idéal, ils peuvent être une opportunité de visibilité pour les salariés, et améliorer la veille et le partage de connaissances", développe encore le spécialiste grenoblois.

Selon lui, jusqu'à 20 % du temps de travail est consacré à la recherche d'informations par internet ou par mail. Un RSE se veut, dès lors, un média permettant d'atteindre une cible beaucoup plus large (tous les collaborateurs du canal choisi) et beaucoup plus rapidement. Un ensemble de raisons qui ont par exemple poussé la société d'équipement de montagne crolloise Petzl à avoir recours à l'accompagnement du non moins Isérois Hardis Group.

L'acteur mondial du service numérique a ainsi accéléré le déploiement du RSE "Workplace from Facebook" auprès de son client à l'occasion du premier confinement. Objectif : dynamiser la communication et la culture d'entreprise auprès des 930 collaborateurs répartis dans de nombreux.

Résultat : 96 % d'adoption mensuelle et 88 % d'adoption hebdomadaire. Le cabinet de transformation digitale Lecko classe les solutions en plusieurs familles : Jive et Slack pour diffuser et faire circuler l'information, Yammer et One Drive pour structurer et gérer les connaissances, TalkSpirit et Evernote pour gagner en productivité ou encore les collaboratifs SeeMy et Prexens. Pour Yannick Châtelain, Microsoft Teams est une solution "assez hybride" proposant tout un catalogue d'applications et solutions RSE telles que LumApps et Cocoom.

Du frein individuel au monitoring collectif

© Pxhere.com

Amorcée par le télétravail, l'ère des RSE n'en comporte pas moins des freins dont l'un des principaux est la perception de soi donnée à l'entreprise. Si les RSE sont un moyen de valoriser son travail, ils exposent aussi, directement, un collaborateur à sa hiérarchie et aux ressources humaines. "Tout le monde n'est pas égal devant un RSE, ne serait-ce qu'en qualité d'orthographe. Ce n'est pas un détail : des collaborateurs peuvent se retirer du jeu car ils ont peur d'exposer leurs difficultés au jugement des autres", note Yannick Châtelain.

Il en est de même pour les facilités, ou pas, d'utilisation des outils numériques. Et de rappeler la problématique de la déconnexion. "Ce sont des outils que l'on peut utiliser sur son ordinateur professionnel et sur son smartphone. Déjà très ténue, la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle s'amenuise un peu plus".

Des collaborateurs peuvent également craindre que les RSE soient un nouvel outil de monitoring, marché "qui a explosé depuis la crise de la Covid-19". Microsoft Teams propose, par exemple, avec l'application MyAnalytics, une analyse des données récoltées durant les heures de travail (temps consacré aux réunions, aux mails, au travail individuel…). Une surveillance "assez soft sachant que certaines solutions vont jusqu'à prendre une photo du salarié toutes les cinq minutes".

"Attention au risque de juger la qualité du travail des salariés en les espionnant", met en garde Yannick Châtelain. Autre risque : le dévoiement par des collaborateurs susceptibles de se servir d'un RSE comme d'un réseau social classique. "Il faut ouvrir des espaces dédiés, par exemple pour la vente ou le prêt de matériel entre collaborateurs, au risque de voir le RSE perdre tout son sens".

D'une charte RSE à la formation

"Dans l'idéal, il devrait y avoir un modérateur pour éviter les dérives, même s'il peut y avoir une partie ludique entre les salariés, qui fait partie des côtés incitatifs pour adhérer à la mise en place d'un réseau social d'entreprise", conclut Yannick Châtelain. Pour assurer une adoption en douceur d'un RSE, les entreprises peuvent recourir à une charte définissant des règles d'utilisation.

Ou encore la création de canaux dédiés à une thématique ou à chaque équipe, à l'initiative des managers devant montrer l'exemple, sans oublier des canaux généralistes pour éviter un effet "silo". Un droit à l'oubli peut, lui, garantir qu'une déclaration sur un RSE ne peut se retourner contre son auteur dans le futur.

Son adoption passe aussi par la formation, du simple tutoriel réalisé par le producteur de la solution choisie à la session de sensibilisation et d'information plus approfondie. A Saint-Etienne, les Ateliers numériques de Google, la seule antenne en région Auvergne-Rhône-Alpes, constatent un engouement des participants aux formations pour les sujets liés à une meilleure efficience des télétravailleurs, grâce aux outils numériques.

Un onglet spécial, "Travailler à distance", regroupe les ressources pratiques et les cours en ligne sur le sujet. Car, plus que "l'utilisation des outils de messagerie interne d'entreprises, c'est la question globale de l'organisation en télétravail via le numérique qui a surgi", estime Linda Gandon, responsable du programme pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. "Pour le coup, sans la Covid-19, le sujet serait peut-être venu plus lentement. Cela a permis d'accélérer les choses". Des formations en ligne et gratuites d'1h30 y sont régulièrement proposées, dont la question de l'efficacité au travail avec des outils collaboratifs.

© Pxhere.com

Partager :
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?