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Dossier : malgré la crise, le bâtiment prêt à la relance

Publié le - - Dossiers

Dossier : malgré la crise, le bâtiment prêt à la relance

Alors que l'activité du bâtiment et des travaux publics devrait marquer le pas, les entreprises se disent prêtes à la relance. Tout en attendant avec impatience que les collectivités locales appuie sur le bouton de la commande publique.

L'activité du bâtiment et des travaux publics pourrait enregistrer une perte d'activité d'environ 15 % en volume, avec des disparités selon les segments. Si les mesures gouvernementales font la part belle à la rénovation (énergétique), le neuf reste cependant le grand oublié. Pourtant, les entreprises sont prêtes à la relance. A condition que les collectivités locales, vers qui désormais tous les projecteurs sont tournés, intensifie la commande publique.

Dossier réalisé par Julien Thibert, Fabien Ribier, Caroline Thermoz-Liaudy, Jacques Donnay


Sommaire

1. Conjoncture : où en est l'activité bâtiment ?

2. Pour Samuel Minot, président de BTP Rhône et Métropole, "le temps presse"

3. Baisse de la commande publique : "la situation est plus que préoccupante dans notre secteur"

4. Streiff : "Nous voulons développer une offre pour les industriels"

5. Saint-Priest : l'entreprise NGE parie sur la digitalisation

6. Inovaterre, spécialiste des matériaux biosourcés

7. Le billet : "Quand le bâtiment va, tout va", vraiment ?


Conjoncture : où en est l'activité bâtiment ?

Le bilan annuel lié à l'activité du bâtiment en France reste toujours orienté à la baisse malgré une hausse des mises en chantier de logements en légère hausse sur les mois de juillet, août et septembre. La dernière enquête de l'Observatoire de la filière construction (CERC) datant de septembre fait état d'un nombre de logements commencé en augmentation.

Quant aux locaux non-résidentiels, le recul des mises en chantier s'est poursuivi cet été. L'activité entretien-rénovation marque un recul de 18,1 % au premier trimestre. Précisément, les chiffres publiés montrent que ces mises en chantier de logements suivent une courbe légèrement ascendante durant l'été de 2,2 % sur la période.

© CC 0 / Pxhere

De fortes disparités d'un territoire à l'autre

Toutefois le segment des logements individuels groupés marque un léger recul avec -2,3 %, et en parallèle, des hausses des logements collectifs (+ 1,5 %) et de l'individuel pur (+ 5,1 %). Sur 12 mois glissants fin août, la tendance reste sur un recul des mises en chantier de 6,8 % (391 000 logements ont été commencés sur cette période). Au global, le CERC démontre que la crise sanitaire impacte fortement les réservations de logement qui plongent de 47 % au deuxième trimestre.

En région, l'activité de construction neuve de logements est repartie depuis le mois de juin. Cumulées sur 12 mois à fin septembre, 52 600 logements ont été commencés, soit un niveau en retrait de -3,1% par rapport à la même période de l'année précédente. Cependant, l'activité varie fortement d'un département à l'autre avec des reculs marqués en Haute- Loire, dans l'Ain et la Savoie alors que les mises en chantier ont nettement augmenté dans le Cantal.

La situation régionale est légèrement plus favorable que la moyenne nationale (-5,6% sur un an). Tandis qu'en septembre, le plan de relance gouvernemental consacre 30 milliards d'euros à la transition écologique dont 7 à 7,5 pour la rénovation énergétique (dont 4 pour la rénovation des bâtiments publics et 2 pour le dispositif MaPrimeRénov' auquel sont éligibles les copropriétaires et les bailleurs privés), la Fédération française du bâtiment (FFB) lançait le 15 octobre "les États généraux de la construction". Avec pour objectif de mettre en exergue les enjeux majeurs du plan de relance et l'avenir du BTP en pleine crise sanitaire.

© CC 0 / Pxhere

Des aides encore disponibles

Dans un communiqué, La FFB entend ainsi "valoriser les atouts des entreprises du bâtiment et exprime vouloir réfléchir ensemble à ce que sera le BTP de demain". L'instance rappelle que "les aides du Plan de relance sont disponibles pour les bâtiments des collectivités territoriales, les bâtiments publics ainsi que les bâtiments privés, et que plusieurs appels d'offres ont par ailleurs, déjà été lancés".

Pas de quoi rassurer totalement les responsables locaux, à l'image de Philippe Lansard, président de la FFB Auvergne-Rhône-Alpes : "Globalement les mesures annoncées au niveau de la reprise de l'activité sont bonnes. Sur nos chantiers comme dans nos bureaux, les mesures d'hygiène et de sécurité contenues dans le guide de préconisations de l'Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics (OPPBTP) régulièrement réactualisé, nous permettent de travailler dans de bonnes conditions et de rassurer nos clients quant aux procédures mises en œuvre", exprime-t-il.

"Nous avons cependant plusieurs inquiétudes majeures. Le reconfinement, c'est en quelque sorte "boulot-dodo". Il faut que toute notre chaîne d'approvisionnement, les fabricants, les distributeurs puissent travailler, idem pour la chaîne du particulier, les grosses enseignes. Nos craintes ont pour l'instant été levées par les différents ministres. La chaîne est en mode continuité", ajoute-t-il.

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"Il faut que les clients gardent confiance dans leurs artisans"

Dominique Guiseppin, président de la Capeb Auvergne-Rhône-Alpes abonde. "Pour que les chantiers continuent, il faut que tous les acteurs autour des entreprises continuent à fonctionner : l'approvisionnement, tous les services administratifs qui instruisent les dossiers… Il faut que les clients gardent confiance dans leurs artisans", analyse-t-il.

"Nous avons fait une grosse campagne sur ce thème : " Votre artisan respecte les gestes barrières, j'ouvre ma porte". Si les gens confinés chez eux ne veulent pas que l'on vienne travailler, ça va être compliqué. Et puis, pour ceux qui ne pourront pas continuer à travailler, il faut conserver toutes les aides existantes. Ce qu'il ne faudrait pas et qui peut casser cet élan, c'est un manque de confiance et de repli sur soi", poursuit l'élu.

Échappant pour l'heure à toute défaillance d'entreprise, le secteur a pu compter sur les premières mesures d'accompagnement, dont les PGE, pour préserver les trésoreries. "On nous a fait remarquer que l'on avait beaucoup été aidé. Plus que des aides directes - à part le chômage partiel -, nous avons surtout bénéficié de délais de paiement. Ma crainte aujourd'hui, c'est que les entreprises qui ont contracté un PGE et/ou demandé des délais à l'Urssaf ne puissent pas respecter leurs engagements", alerte Dominique Guiseppin.

"L'Urssaf a fait passer une note pour dire que ses agents examineraient avec bienveillance les dossiers, puis que les entreprises qui le demanderaient auraient des délais supplémentaires. Mais si l'entreprise n'a pas de chiffre d'affaires, elle ne pourra pas faire face", achève-t-il.


La relance de l'économie de la filière construction en Auvergne-Rhône-Alpes

La situation est contrastée selon les segments de marché. Sur la construction neuve de logements, le cumul 3 derniers mois de l'activité n'est plus que de -7%, ce qui indique un quasi retour à la normale, mais les perspectives à moyen-terme sont incertaines. Les entreprises de Travaux Publics souffrent de la forte baisse de publication d'appels d'offres depuis mars, sans pour l'instant qu'il n'y ait de signes de rattrapage de ce déficit de demande. On note des signes de reprise encourageants dans la production de BPE en juin (+10 % vs juin 2019), reflet de la reprise de la filière construction.

Source : Observatoire CERC


L'emploi en pointillé

Malgré tout, la situation de l'emploi n'est pas encore totalement dégradée. "La variable d'ajustement s'est faite au niveau de l'intérim et de la sous-traitance. Si les entreprises ne sont pas séparées de leurs salariés, je ne vous dirais pas que les embauches ont augmenté de 20 %", modère Philippe Lansard. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire précisant l'enjeu de multiplier les formations, appelant les entreprises à continuer d'engager de nouveaux apprentis dans le secteur du bâtiment. Objectif : 60 000 apprentis en 2020.

Car l'emploi des jeunes, à l'heure où ils doivent entrer dans le monde du travail, est particulièrement tendu. "Nous remplaçons toujours les départs à la retraite par l'embauche d'apprentis en CDD ou CDI. Concernant la formation, notre volonté est de raisonner à moyen et long terme. La formation d'un apprenti dure entre deux et à quatre ans, il faut préparer le renouvellement de nos équipes. Pour la rentrée de septembre, nous avons eu autant d'apprentis qu'en 2019, même légèrement plus dans les CFA", précise Philippe Lansard.

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Un chiffre également à la hausse dans les CFA du réseau BTP en Auvergne-Rhône-Alpes. "Le nombre d'apprentis y est de 6 700, un chiffre un peu supérieur à celui de l'an dernier. Les 77 CFA du réseau forment 72 % des jeunes. Les entreprises sont restées ouvertes aux apprentis, continuent à les accueillir. Environ 2 500 contrats sont en cours de signature. Il faut savoir que pour un chef d'entreprise, un contrat d'apprentissage c'est un engagement sur 2 ans. C'est un signe de confiance dans l'avenir", juge Dominique Guiseppin.

Autre petite lueur d'espoir par ailleurs : le coup de pouce du gouvernement au sujet de l'apprentissage et destiné à maintenir l'attractivité forte autour des métiers de l'artisanat. Jusqu'au 28 février 2021, les entreprises qui recrutent un apprenti bénéficient d'une aide exceptionnelle de l'état, 5000 € pour les apprentis mineurs et 8 000 € pour les apprentis majeurs de moins de 26 ans. Cette aide permet de financer le salaire de la première année d'apprentissage pour les diplômes allant du CAP au Master. L'aide unique reprend ensuite pour la 2e et 3e année du contrat.

L'action publique très attendue

"A partir de juillet, nous avions constaté une forme de néo optimisme et puis, depuis le mois d'octobre une atmosphère pesante s'est formée autour du nouvel épisode de confinement. Les signaux sont mauvais pour le dynamisme économique et ça touche forcément l'immobilier. Lorsqu'une entreprise est impactée dans notre secteur, c'est toutes les entreprises de la filière qui le sont", résume Didier Caudard-Breille, président de DCB International, groupe lyonnais de promotion immobilière.

Et les premiers effets de la réorganisation des entreprises, avec au centre du jeu l'avènement du télétravail, agissent sur les réservations de surfaces de bureaux nouvellement disponibles à Lyon.

"Notre opération Park View (réalisée pour le compte des sociétés Icade Foncière et Crédit Agricole Assurances à l'emplacement de l'ancien immeuble Adecco, NDLR), près du quartier de la Part Dieu, qui s'étend sur 23 000 m2 et dont il reste encore de la surface commercialisable, ne trouve preneur qu'en deçà de 1 000 m2, voire 500 m2. Les habitudes de travail sont en cela profondément modifiées", précise Didier Caudard-Breille.

Accélérer le traitement des permis de construire

© CC 0 / Pxhere

Le dirigeant lyonnais évoque par ce biais la nécessité des élus locaux d'accélérer les traitements des dépôts de permis de construire. "L'urgence est de sortir des opérations, synonymes de surface disponible et d'emplois, notamment sur la Part-Dieu. Nous agissons sur le long terme, les équipes de chantiers sont respectueuses des gestes barrières et ce que l'on construit dépasse les enjeux sanitaires actuels", explique-t-il.

Le groupe Fontanel (97 M€ de CA en 2019, 215 salariés) basé à Quincieux et spécialisé dans la construction, du gros œuvre à la promotion immobilière, connaît également quelques difficultés à faire aboutir certaines demandes de permis de construire sur le territoire de la métropole de Lyon, concédant toutefois que le Plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) a pris du temps dans sa mise en application.

Immobilier de bureaux : le point d'interrogation

Globalement, son activité n'est pas trop impactée avec un carnet de commande rempli au moins jusqu'à juin 2021. "La dématérialisation des permis de construire et l'accélération des réunions avec les services instructeurs, notamment les architectes conseils pourraient permettre de fluidifier leur rythme de finalisation. Par ailleurs, ce PLU-H fait, quoi qu'on en dise, la part belle à l'environnement, les attentes et les besoins de se loger des foyers restent les mêmes ; la demande dans le résidentiel reste donc forte."

Des propos à mettre en perspective avec un niveau de commercialisation impacté, quel que soit le segment individuel ou collectif, avec chute au 2e trimestre 2020 de 41,0% de réservations par rapport au 2e trimestre 2019. Spécifiquement sur les logements collectifs, l'activité de commercialisation s'affiche également en net recul au 2e trimestre 2020.

"En revanche, le segment du tertiaire risque de connaître un infléchissement car les entreprises réorganisent actuellement leurs manières de travailler, et il n'est pas sûr que les grands espaces de bureaux soient la norme dans les années à venir", commente Laurent Wittig, directeur de Fontanel Immobilier (qui représente 30 % de l'activité du groupe lyonnais dirigé par Norbert Fontanel).

Coup de frein à La Part-Dieu ?

© Capture d'écran webcam projet Part-Dieu

En cela, les grands projets qui animent le quartier de la Part Dieu en particulier pourraient être freinés à la faveur de programmes périphériques plus en phases avec de nouvelles spécialisations métiers.

Et ce dernier d'ajouter : "Il reste globalement difficile de se prononcer sur le contexte à un instant T car la situation évolue chaque semaine dans notre secteur. Nous avons pu quand même constater durant le premier confinement une légère baisse des réservations pour nos programmes résidentiels du fait que les personnes ne pouvaient pas se déplacer, ainsi qu'un allongement de la durée des ventes".

"Il faudra continuer les instructions de permis de construire", avance Thibault Richard, le président de la fédération du BTP de l'Isère à l'image du "il faut un choc de la commande publique" relayé par Samuel Minot. Plusieurs promesses effectuées par Bruno Bernard, le président de la métropole de Lyon, lors de la présentation de ses dossiers prioritaires. Parmi eux, la relance des permis de construire via la dématérialisation des demandes.




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