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Dossier / Jeux vidéo : Lyon, the place to play

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Dossier / Jeux vidéo : Lyon, the place to play

Symbolisée par la rapide montée en puissance, au début des années quatre-vingt, d'Infogrames, le studio de développement, d'édition et de distribution créé par Bruno Bonnell et Christophe Sapet, la place majeure occupée par Lyon dans l'industrie du jeu vidéo en France n'a pas été remise en cause au fil du temps, malgré la fin de cette emblématique épopée entrepreneuriale. Et tout semble indiquer que la croissance va se prolonger à l'avenir.

Si la disparition d'Infogrames, installé sur les bords de Saône, dans le 9ème arrondissement de Lyon, et longtemps navire amiral du jeu vidéo lyonnais, a constitué un choc pour l'écosystème local, elle n'a jamais freiné, en revanche, les ardeurs des autres acteurs locaux de cette industrie en constante progression. La capitale des Gaules reste encore aujourd'hui l'un des principaux bastions français de ce secteur d'activités, qui pèse aujourd'hui plus de 60 Md€ dans le monde (hors vente de consoles) et qui devrait franchir la barre des 80 Md€ d'ici 2020, en s'appuyant sur une croissance de plus de 15 % par an.

Dans sa dernière édition de L'Essentiel du Jeu Vidéo, le Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs (SELL) dresse un bilan complet d'un marché qui réalise d'excellents résultats et qui confirme son incroyable vitalité. « Nous nous réjouissons du dynamisme de notre industrie et de ses résultats historiques. En 2017, le chiffre d'affaires généré par le secteur s'élevait à 4,3 Md€ en France. Et nous ne doutons pas que l'année 2018 sera elle aussi stimulante et passionnante », assure Julie Chalmette, Présidente du SELL.

Ubisoft

Même son de cloche du côté du Syndicat National du Jeu Vidéo (SNJV). Comme chaque année, ce dernier s'est attelé à la réalisation d'un état des lieux de la filière. Une photographie édifiante, qui confirme la place majeure occupée par la région lyonnaise dans cet univers. Certes, les chiffres livrés par le SNJV ne descendent pas au niveau de la ville d'origine des différentes entités régionales prises en compte, mais ses représentants admettent bien volontiers que le dynamisme de la région Auvergne-Rhône-Alpes est avant tout porté par la capitale régionale.

Sur les quelque 830 entreprises passées en revue en France, 100 sont installées sur le territoire « auvergno-rhônalpin. » Avec une spécificité : la très forte proportion de développeurs, qui constituent 67 % des acteurs régionaux, contre seulement 47 % en Ile-de-France, qui est naturellement la région la plus influente dans le monde du jeu vidéo hexagonal, avec plus de 300 entreprises recensées. Composé d'un très grand nombre de petits studios indépendants, l'écosystème régional compte cependant quelques acteurs majeurs, à l'image du studio villeurbannais Ivory Tower, bras armé du géant Ubisoft, d'Arkane Studios, fondé en 1999 et auteur de Dishonored, un jeu plébiscité par les « gamers » du monde entier, qui s'appuie sur deux entités de production à Lyon et Austin, ou encore de Bandaï Namco, dont le siège européen et les bureaux français sont installés dans le 9ème arrondissement. « Malgré tout, la grande majorité des entreprises du secteur emploient moins de 10 salariés », confirme le SNJV dans sa dernière étude.

L'Ubisoft Ivory Tower

Quelle que soit la taille des sociétés, le mot d'ordre aujourd'hui est de trouver les talents qui assureront le futur du marché et qui pérenniseront la place occupée par Lyon dans l'industrie du jeu vidéo. Un défi que les sociétés de la région lyonnaise peuvent relever plus facilement que d'autres en faisant appel aux jeunes diplômés des établissements d'enseignement supérieur installés dans la région. De Gamagora à Gaming Campus, les formations ont fleuri à Lyon depuis plusieurs années et entretiennent la dynamique. Un cercle vertueux qui ne semble pas prêt de se briser, puisque Gaming Campus, qui a ouvert ses portes au mois d'octobre, entend former 450 étudiants par an à partir de 2021. Des effectifs qui devraient trouver leur place sur le marché, si l'on s'en réfère aux chiffres présentés par le SNJV, puisque quelque 830 jeux étaient en cours de production en France en 2017, soit 20 % de plus que l'année précédente.

LYON CAPITALE DES JEUX DE COURSE

En sortant au printemps dernier le deuxième opus de son jeu à succès « The Crew », le studio lyonnais Ubisoft Ivory Tower est venu conforter la place de Lyon sur le marché des jeux dédiés à la course. Sur circuit, sur route, mais aussi sur l'eau et dans les airs.

Ahmed Boukhelifa, directeur général d'Ubisoft Ivory Tower


De « V Rally » à « The Crew » en passant par « Test Drive », au fil du temps, les studios lyonnais se sont taillé une solide réputation sur le marché des jeux de course. Entré dans le giron d'Ubisoft à l'automne 2015, le studio lyonnais Ivory Tower symbolise ce savoir-faire et l'engouement suscité par les jeux créés à Lyon. Sorti officiellement au mois de mars dernier, trois ans après la version d'origine, le deuxième opus de « The Crew », son jeu de course en monde ouvert, fédère une communauté de quelque 14 millions de joueurs sur toute la planète. Et ses créateurs ne cachent pas leurs ambitions : « Nous voulons en faire le premier jeu de voitures au monde », affirme Ahmed Boukhelifa, directeur général d'Ubisoft Ivory Tower. D'ores et déjà riche de multiples nouveautés qui séduiront les « gamers », fans de la première heure ou nouveaux convertis, « The Crew 2 » s'enrichira régulièrement durant les prochaines années, comme ce fut déjà le cas pour « The Crew 1 », qui a proposé deux extensions après sa sortie, en 2015, puis en 2016. « Pour satisfaire notre communauté, il faut sans cesse apporter quelque chose de neuf », confirme Stéphane Beley, directeur créatif et co-fondateur d'Ivory Tower. De nouveaux développements sont donc programmés et le planning est d'ailleurs parfaitement « phasé » pour les prochains mois. Tout un ensemble de déclinaisons et de bonus, pour lesquels Ubisoft Ivory Tower mobilisera non seulement ses quelque 200 salariés de l'agglomération lyonnaise, mais aussi d'autres équipes d'Ubisoft et des partenaires externes. Par ailleurs, pour assumer ses ambitions, le studio lyonnais prévoit de doubler ses effectifs à terme de cinq ans. « Nous devrions être près de 400 à ce moment-là », confirme Ahmed Boukhelifa. Avant d'enfoncer le clou : « Le capital humain constitue le premier poste d'investissement pour une entreprise comme la nôtre ». En passe de devenir l'un des plus gros studios européens, Ubisoft Ivory Tower, qui a pris possession de nouveaux locaux à Villeurbanne cette année, peut compter sur sa maison mère pour poursuivre sa démarche de croissance. Le groupe Ubisoft, qui emploie 13 000 salariés à travers la planète, devrait en effet terminer l'exercice 2017/2018 avec un chiffre d'affaires en croissance à 1,7 Md€.

La formation au centre de toutes les préoccupations

Face à la croissance exponentielle du marché et à un public sans cesse en attente de nouveautés, les acteurs du jeu vidéo sont confrontés à un besoin de main d'oeuvre important. À Lyon, les entreprises du secteur ne sont pas en peine pour trouver de nouveaux talents, avec la création de plusieurs formations dédiées.

Gamagora, la filière jeu vidéo de l'Université Lyon 2 est l'une des rares formations publiques dispensées en France dans ce secteur d'activités. Elle propose deux diplômes universitaires et un master professionnel, qui allient des enseignements théoriques et pratiques, dispensés par des universitaires et des professionnels, mais aussi un stage et un projet professionnel, qui constitue une véritable mise en situation en conditions réelles. Toutes les filières sont alors réunies, pour participer à la conception d'un jeu qui doit être jouable. Événement annuel, le Gamagora Game Show, qui tenait sa 11e édition au mois d'avril 2018, permet aux étudiants de présenter les maquettes de leurs jeux devant un parterre de gamers et de professionnels.

« Nous avons des promotions d'une cinquantaine d'étudiants, dont une petite quinzaine en Master 2, et 70 % de nos étudiants continuent dans le jeu vidéo », précise Didier Chanfray, responsable des relations extérieures de Gamagora. Game designer passé par Infogrames, avant de créer le studio lyonnais Little Worlds, aujourd'hui disparu, ce dernier met à disposition des étudiants son savoir-faire et son carnet d'adresses.

Dans le même temps, il poursuit son aventure professionnelle à la tête d'une nouvelle structure spécialisée dans l'étude et le conseil vidéo ludique Créé beaucoup plus récemment, puisqu'il a intégré sa première promotion au mois d'octobre 2018, le Gaming Campus propose une autre approche. Ce lieu de formation entièrement dédié à l'industrie du jeu vidéo se veut unique en son genre. « Il existe déjà des Gaming Academy en Asie, mais leur positionnement est différent, explique son créateur Thierry Debarnot, cofondateur de Digischool – leader de l'éducation en ligne en France. Elles sont en effet tournées vers la performance et forment uniquement à devenir joueur professionnel, alors que nous prévoyons des bases pédagogiques qui permettront aux étudiants qui ne deviennent pas athlètes ou idoles de e-sport de se réorienter et de rebondir. »

Concrètement, le campus hébergera plusieurs offres de formation aux métiers du jeu vidéo, dont la Gaming Business School, qui délivrera un Bachelor et un Master. « L'ambition est de créer des profils business parfaits et adaptés au secteur du jeu vidéo pour palier au déficit de talents dans ce marché », poursuit-il. Les étudiants recevront des formations en marketing, logistique, communication, événementiel, gestion et analyse financière, droit des sociétés… Autant de matières qui leur permettront, éventuellement, de travailler dans d'autres secteurs d'activités, mais qui seront appliquées à l'écosystème du jeu vidéo. « La Gaming Business School est ouverte pour les étudiants post-bac, bac + 2 et bac + 3 », conclut-il. Installé dans le 7ème arrondissement de Lyon, le Gaming Campus ambitionne de former 450 étudiants par an à l'horizon 2021.

Imaginove perd son label pôle de compétitivité… mais reste au service de la filière

Créé en 2005 autour de l'image animée et du jeu vidéo, le pôle de compétitivité Imaginove perdra son label au 31 décembre 2018. En dépit des pressions exercées sur son budget, désormais amputé du financement de l'État, la structure entend poursuivre sa mission au service de ses adhérents, en les rassemblant autour d'un sentiment communautaire plus fort..

L'État a lancé en juillet 2018 la phase 4 des pôles de compétitivité. Une nouvelle étape, au terme de laquelle Imaginove perdra son label, puisque son activité R&D et innovation collaborative sera rattachée, à partir du 1er janvier 2019, au pôle Minalogic, afin que celui-ci atteigne une taille critique autour des technologies du numérique. « Nous ne disparaissons pas pour autant, car nos filières des contenus et des usages, donc du jeu vidéo et du serious game notamment, seront développées dans un périmètre qui sera redéfini sous la casquette Imaginove », explique Marie-Lou Cauzit, responsable des relations extérieures.

Bien que l'entité Imaginove perde son label de pôle de compétitivité, et qu'elle soit, peut-être, amenée à changer de nom, les différents acteurs publics, à commencer par la Région, souhaitent prolonger le travail d'accompagnement qu'elle a initié auprès de la filière depuis une douzaine d'années. « Il y a un tissu économique important dans la région, qui a besoin d'échanger sur les évolutions technologiques, sur les innovations à mettre en place, sur le recrutement, sur l'accompagnement à la croissance… », souligne Marie-Lou Cauzit. Pour pérenniser ce socle, Imaginove renforcera donc son rôle dans l'animation de la filière, dans l'identification des membres sur le territoire… Ce travail de coordination, Imaginove le fait notamment en facilitant les contacts entre les écoles et les studios. « Comme le secteur est en forte croissance, il y a d'importantes problématiques de recrutement à gérer, indique Marie-Lou Cauzit. En réunissant les entreprises et les acteurs de la formation, nous facilitons le dialogue et ainsi les formations dispensées coïncident avec les besoins des studios. » Dans le même temps, Imaginove développe également un travail de veille et de conseil, en informant les studios sur les différentes aides qui existent pour financer leurs projets de jeux.

Enfin, Imaginove a créé un programme d'accompagnement spécifique pour les structures en croissance qui veulent franchir un nouveau palier et qui doivent se structurer pour y parvenir. Initié il y a cinq ans, le programme « Objectif Croissance » fait appel à un consultant extérieur, spécialiste des industries créatives. « Il porte sur les besoins identifiés par le chef d'entreprise lui-même : recruter, aller à l'international, lever de l'argent, faire une acquisition, aller sur un salon…, détaille Marie-Lou Cauzit. Nous sommes vraiment dans la réflexion stratégique. » Tous les ans, cinq nouvelles entreprises intègrent le programme. Jusque-là, une trentaine ont été accompagnées ou sont en cours d'accompagnement.

Old Skull Games et Passtech Games : quand les indépendants animent l'écosystème lyonnais

À côté des grands studios à la notoriété mondiale bien établie, le tissu lyonnais du jeu vidéo repose sur une multitude de petits acteurs indépendants. Tous en quête du jeu qui les propulsera vers les sommets.

Créé en 2012, Old Skull Games débarque à Lyon un an plus tard. Nicolas Brière et Guillaume Magnies, qui portent le projet, n'ont pas fait ce choix par hasard. Respectivement installés au Canada et dans la capitale des Gaules, c'est finalement une conjonction de facteurs qui les a convaincus de s'installer entre Rhône et Saône. La présence sur place d'un acteur majeur comme Namco Bandaï, avec qui le petit studio indépendant sortait son premier jeu, tout d'abord, mais aussi l'effet Imaginove. « Ils nous ont présenté aux acteurs de la communauté, nous ont aidé à structurer notre projet… Nous avions vraiment l'impression de rejoindre une petite famille », assure Guillaume Magnies.

Le studio Old Skull Game

Cinq ans plus tard, les deux associés ne regrettent absolument pas leur choix. Même si Old Skull Games n'a pas encore sorti le jeu qui lui permettra d'exploser aux yeux du monde entier. La société, qui emploie 25 personnes, a cependant bien grandi et s'est imposée parmi les acteurs indépendants qui comptent sur la place lyonnaise. « Il nous manque encore le jeu qui nous permettra de franchir un palier supplémentaire », reconnait Guillaume Magnies.

Pour exister, un studio indépendant a trois options devant lui. Travailler comme prestataire d'un éditeur qui a une idée et qui s'appuie sur l'équipe de production d'un studio pour développer un jeu, moyennant un cachet fixe. Une option sécurisante, mais qui n'autorise pas de croissance forte à terme et brime la créativité des équipes. Il peut aussi auto éditer son jeu, mais cette fois la prise de risque est maximum et l'échec peut s'avérer fatal. Enfin, il peut aller solliciter un éditeur avec une idée très précise et lui proposer une coproduction. Partage des risques et partage des royalties à la clé en cas de succès populaire auprès des gamers.

Des options que le petit studio lyonnais Passtech Games, en quête de succès dans un premier temps, puis d'équilibre financier ensuite, a toutes visitées successivement. Créé par Sylvain Passot, un ingénieur informaticien lyonnais, cette petite structure indépendante qui emploie huit personnes a sorti un premier jeu baptisé « Space Run » en 2014, après deux années de travail en amont. « Cela a été un gros succès. Mais le seul à ce jour », précise Sylvain Passot. Hébergé à Villeurbanne, chez Artefact, Passtech Games court depuis après le nouvel opus qui portera sa croissance.

Sorti en avril 2018, son dernier né, le jeu « Masters of Anima » a été réalisé en coproduction avec l'éditeur Focus Prod Interactive. Un demi-échec selon Sylvain Passot, qui travaille d'ores et déjà avec ses équipes au quatrième jeu de l'entreprise. Toujours avec le même éditeur. « Il nous ont sauvé de la faillite après la sortie de notre deuxième jeu, qui n'a pas du tout marché. Je suis passé d'un modèle où je prenais tous les risques, à un autre où je cherche des financements auprès des éditeurs avant de lancer mon projet. Mais il n'y a pas de recette magique. Et aujourd'hui, il est de plus en plus difficile de rester totalement indépendant sur le marché des jeux vidéo », regrette-t-il.




Jacques DONNAY
Journaliste

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