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Don Giovanni à l'Opéra de Lyon : Mozart est fait pour ça !

le - - Spectacle vivant

Don Giovanni à l'Opéra de Lyon : Mozart est fait pour ça !
©Jean-Pierre Maurin

Il est encore temps (jusqu'au 11 juillet) d'aller voir et écouter ce Don Giovanni étonnant et beau, vu par David Marton. Si le metteur en scène d'origine hongroise, a monté il y a dix ans, un Don Giovanni en femme pour une version de poche, cette fois-ci à Lyon, le personnage interprété par le Canadien Philippe Sly, est bien un homme.

Toutefois, le spectateur non averti, peut tout imaginer, au vu de la toute première scène (muette) qui suit le lever de rideau. Averti, le public doit l'être aussi : le jeu des interprètes ne fait pas l'économie de gestes sensuels, et de postures explicites, voire d'une nudité un peu plus que suggérée de la belle Soprane Yuka Yanagihara (Zerline).

Le tout avec une grande élégance, mais une version pour adultes tout de même. Chez Marton le séducteur maladif aux milliers de conquêtes a un côté christique, parfois renversé tête en arrière enveloppé dans un grand drap blanc tenant plus du linceul que de la toge !

La composition est si bien réussie, qu'en dépit de la puissance vocale et de l'agilité physique de P. Sly, le spectateur le sent constamment souffreteux et agonisant.

Il ne reprend vie que pour les banquets orgiaques et lorsqu'une femme entre dans son champ d'action. Leporello, qui est pour David Marton « le moteur de l'intrigue » vit dans une époque années 70, écoutant ses vinyles sur une platine comme on en voit plus que sur les marchés aux puces.

Interprété par l'Américain Kyle Ketelsen, le valet prend toute sa dimension, à la fois narrateur implicite, acteur et complice, garde-fou, et victime lui-même d'un maître « sans foi ni loi ».

Celui-ci, du reste, semble foutu d'avance, tant et si bien que P. Sly porte une sorte de chemise du condamné à mort, blanche et sans col, condamné par ses contemporain(e)s, par la justice immanente, par lui-même.

La mise en scène entrechoquent et frottent les époques les unes aux autres. En surimpression sonore, on peut entendre des bruits d'autoroute, derrière le décor de béton gris comme sous un pont de périphérique.

Et sur le devant de la scène, comme tout finit-là avec Don Juan : le lit espagnol à baldaquin semblant sorti tout droit de la scène de l'effeuillage d'Alice Sapritch dans la Folie des Grandeurs.

Impossible de ne pas penser à notre époque post-Weinstein/ Me Too. Les femmes de la pièce prenant voix : « On ne peut jamais s'exprimer, chantent-elles ! »

Après tout qu'importe que Marton ait pris quelques petites libertés avec Mozart, éludant par-ci, par-là, de petits passages.

Ou introduisant des extraits d'un roman allemand déclamé par Don Giovanni, entre deux scènes chantées du livret.

C'est alors qu'une voix de spectateur puriste courroucé a retenti dans la salle, le soir où nous y étions :« Mozart ! » Non, peut-on rétorquer à ce monsieur, ce n'est pas Mozart qu'on assassine ! « *Mozart est fait pour ça, tu verras, entendras… »

Eric Séveyrat

*Claude Nougaro (Tu verras !)




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