AccueilDominique Piron : « Du nouveau dans le Beaujolais ! »

Dominique Piron : « Du nouveau dans le Beaujolais ! »

Dominique Piron : « Du nouveau dans le Beaujolais ! »

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Comment êtes-vous venu à vous engager pour l’Inter-Beaujolais, vous ne l’étiez pas spécialement auparavant ?


Il est vrai que je ne m’étais pas investi beaucoup jusque-là, mais ce qui s’est passé depuis 2014 dans le Beaujolais m’a exaspéré (Ndlr : dissensions entre syndicats de producteurs), je me suis motivé pour y aller. Nous avons un produit qui marche bien en France et à l’export, le problème est dans le Beaujolais lui-même, il ne faut pas négliger notre chance. Le beaujolais est une famille, on a connu des problèmes d’hommes, ce n’est pas normal. Les crus ont leur rôle à jouer, le beaujolais village aussi. Les crus ne marcheront pas si tout le monde ne se réconcilie pas avec le mot beaujolais.

Comment voyez-vous l’évolution du beaujolais ?

Un nouveau cycle s’ouvre dans l’histoire du beaujolais. On est à la fin d’un cycle de pensée unique, l’euphorie du beaujolais nouveau, qui a 40 ou 50 ans, d’un marché de demande. Personne n’a « vendu » de vin pendant 40 ans, les producteurs attendaient qu’on vienne leur acheter. Et ça marchait. Puis il y a eu le déclin (Ndlr : -50% de bouteilles en 15 ans, de 50 à 25 millions). On revient dans un cycle normal, on peut faire des vins comme on veut : solide, nature, tradition etc. et on se dirige vers un marché d’offre. On repart dans la diversité des vins et il y a des clients pour tout.

Le beaujolais repart sur de nouvelles bases ?

Oui, les crus reprennent le leadership, le beaujolais nouveau n’est plus la locomotive. Il reprend sa place, celle d’un évènement, pas plus. Il se produit un recalage dans les appellations, de nouveaux investisseurs arrivent, ils investissent et ils s’investissent, à moulin à vent, fleurie, et dans chaque appellation. Des jeunes s’impliquent un plus fortement, un cycle qu’on pourrait dire « vertueux ». Le métier se recompose, les négociants font du vin, les producteurs achètent des vignes, c’est nouveau.

Un nouveau Beaujolais en quelques sortes ?

Oui, on assiste à la fin d’un monde, qui a commencé au milieu du XIXè siècle. Lyon était une grande place industrielle, les grandes familles achetaient des propriétés, des châteaux et des vignes en Beaujolais, venaient pour les vacances, et installaient des métayers pour faire le vin. Les propriétaires ne s’investissaient pas. Ils n’ont pas renouvelé les vignes-on a les plus vieilles de France- ils n’ont pas remis un sou dans les cuveries, ils n’ont pas joué leur rôle de leaders économiques du vin, ils avaient d’autres métiers dans l’industrie mécanique, chimique etc.
Au fil des années, les héritiers sont arrivés,qui, le plus souvent n’ont pas repris les propriétés, ils ont vendu, les nouveaux investisseurs ont commencé à arriver…C’est un cycle qui se termine. Cela permet à des gens de s’installer, de louer, d’acheter.

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"Les crus ne vont pas si bien, on voit que Chiroubles peut disparaître si rien n'est fait !"

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Cela veut dire qu’il y a de vraies d’opportunités dans le Beaujolais ?

Oui, c’est là qu’une nouvelle histoire est en train de s’écrire. Il faut moderniser. Le sud du Beaujolais a fait sa mue, ils ont beaucoup arraché, ils ont en pâti, ça va mieux aujourd’hui. Le nord du Beaujolais, c’est encore le Moyen-Âge, les crus ne vont pas si bien, on voit que Chiroubles peut disparaître si rien n’est fait. L’équipement est vieux, les terrains sont pentus…Suite aux orages de grêle, il semblerait qu’une dizaine de vignerons arrêtent. Il y aura 30 à 50 ha à prendre. Ils peuvent basculer, comme ils peuvent rebondir. Ils doivent aller chercher les investisseurs, même dans la région, et cela peut entraîner les autres…Si on est dix à faire quelques hectares de chiroubles en plus de nos vignes on le fera, mais il faut que les gens se prennent en charge. Le rôle d’Inter-Beaujolais, c’est d’apporter un peu de service pour que les vignerons prennent les bonnes décisions.

Vous avez dit lors de votre prise de fonction que vous vouliez parier sur le beaujolais, pourquoi ?

Oui, je ne l’aurais pas dit pour le « nouveau ». Aujourd’hui, le monde entier nous envie notre évènement. Nous avons une date, on est les seuls, c’est une chance. Une fois par an, c’est un coup de projecteur formidable. Il faut absolument capitaliser sur cette date, mais la mode est passée. Elle a été très porteuse, à Paris comme partout. Seul l’évènement reste.

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Je suis encore ému en pensant à toutes ces folies que les gens ont faites dans les années 70

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Vous voulez communiquez sur autre chose que le beaujolais nouveau, vous voulez parler de tous les vins ?

Aujourd’hui les cavistes, qui sont nos clients-types, ont affaire aux particuliers acheteurs. Quand ils achètent une palette de vin, il y a du nouveau, du fleurie, du morgon, du village, du blanc. En fait, ils font une « semaine » beaujolais. Au milieu de la semaine beaujolais, il y a l’instant « nouveau », un peu plus festif. Le nouveau est l’élément porteur mais n’est plus le seul. Ce phénomène a le mérite de réconcilier les producteurs en faisant la promotion de tous. Ouvrir l’évènement beaujolais, c’est la seule solution. Cela va nous permettre de tirer l’évènement vers le haut. Quand on est en Asie, l’évènement beaujolais, c’est classe ! Il faut qu’on sorte du côté franchouillard, boire du beaujolais dans des gobelets en plastique au coin de la rue, ça a un côté sympa, mais il faut valoriser nos vins. J’étais à Tokyo pour la soirée « compte à rebours », nous étions en partenariat avec la marque Lacoste, c’est une image nouvelle ...

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Vous dites qu’on a changé d’époque, mais il y a eu des bons moments dans la mode du nouveau ?

Il faut se rappeler comment est née la mode du nouveau. Après-Guerre, par décret, tous les vins d’appellation ont le droit de sortir au 15 décembre, mais en 1951, à la demande des bistrots des Halles de Paris, on a fait changer le décret pour que certains vins puissent sortir au 15 novembre. Le beaujolais, le mâcon blanc, le muscadet, se sont vite vendus au coin des bars parisiens. Les vins partaient à minuit du beaujolais, les bistrots faisaient la course à celui qui servirait le premier son vin sur le zinc. On marquait à la craie sur l’ardoise « Le beaujolais nouveau est arrivé » !
Je suis encore ému en pensant à toutes ces folies que les gens ont faites dans les années 70. Les Anglais étaient les plus excentriques. On les a vus venir avec des voitures incroyables. Ils faisaient des courses de voitures jusqu’à Calais pour prendre le ferry, des courses d’avions, des parachutages de beaujolais au-dessus de Londres, pour être les premiers à servir le beaujolais. Ce qui s’est passé à Londres a été repris aux US et en Asie. Tout cela a été bien géré par les gens du Beaujolais, Duboeuf et les autres. Dans cette phase de construction tout allait bien. Ensuite, les consommateurs d’image ont pris le pas sur les créateurs, ce furent les grandes surfaces, les prix tirés vers le bas, des qualités en baisse. La mode est passée à partir des années 2000, mais c’est la vie normale d’un produit. Reste l’évènement, on a de la chance.

Craignez-vous les conséquences des politiques protectionnistes qui semblent se confirmer tant en Grande-Bretagne qu’aux Etats-Unis ?

Il faut encore attendre mais nos vins seront peut-être ceux qui en souffriront le moins. Ils peuvent prendre la place de certains autres, qui sont plus chers. Et puis le goût du client va dans notre sens, après la mode des vins concentrés, boisés, solides…on revient à des vins plus légers de plus grande consommation. Californie, Australie commencent à faire des vins plus portés sur le fruit, un peu de gamay. Dans le beaujolais, c’est le contraire, on avait besoin de faire des vins plus expressifs, on a bien progressé dans ce sens. Nos vins sont d’un bon rapport qualité-prix, accordables avec toutes les cuisines du monde.

Si les droits de douanes reviennent ou sont augmentés ?

Nos vins supporteront un renchérissement de prix. On ne va pas doubler les prix, mais il manque un euro ou deux. Nos vins ne sont pas assez chers. Les négociants à l’export le savent.
Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres régions de vins ?
Il se fait du vin ailleurs ? (rires). Beaucoup de régions ont des difficultés internes, Bordeaux entre autres. Je préfère être dans le Beaujolais qu’ailleurs, cela me semble plus facile. La Vallée du Rhône et le Languedoc ont bien évolué.

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"Nous avons un plan avec les collectivités territoriales, la Région, le Département, a priori tout le monde part dans le même sens."

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Et le rapprochement avec la Bourgogne ?

On a déjà des réunions dites de bassin avec le Jura, la Bourgogne. Sur toutes les cartes anciennes, le Beaujolais est situé en Bourgogne. En 1985-90, mon père était président des crus de bourgogne tout en étant de Morgon, les gens se parlaient et se respectaient. Ensuite, ce ne fut que des problèmes d’hommes. Plus il y a aura de réunions de Chablis au Beaujolais, mieux ce sera. Mais je ne veux pas qu’on soit le produit accessoire de la Bourgogne. Sur la liste de prix des Bourguignons, on sera toujours à la fin.

Des vignerons du Beaujolais veulent vendre leurs vins sous l’appellation bourgogne blanc ou bourgogne rouge, c’est normal pour vous ?

C’est dommage, mais s’ils vendent mal leurs vins sous une appellation et mieux sous une autre, on peut ouvrir le débat. Cela va passer par des redéfinitions de territoire, il faut laisser l’INAO travailler sur le dossier. Il faut que le beaujolais retrouve ses forces pour discuter d’égal à égal avec la Bourgogne.

Retrouver ses forces, que voulez-vous dire ?

Cela doit passer par le collectif, les entreprises individuelles ne marcheront pas si le collectif n’est pas soudé. Un esprit de construction revient en interne, mais les gens sont encore divisés. La meilleure communication en externe c’est de montrer nos forces unies. Nous avons un plan avec les collectivités territoriales, la Région, le Département, a priori tout le monde part dans le même sens. Un plan sur plusieurs points : la modernisation par l’aide à l’investissement pour l’agriculture durable, les traitements de précision, les nouvelles règles, entretiens des sols, désherbage, ce sera une grosse partie de l’enveloppe. Par ailleurs, France Agri-mer subventionne la modernisation de l’outil de production.
Enfin, nous avons décidé de passer par une équipe de consultants qui a déjà passé un mois dans le vignoble pour aller voir les gens, pour réaliser un audit. Nous allons écouter plus facilement une voix extérieure. Ensuite, nous continuerons avec un cabinet ou un autre pour nous suivre. La recherche concerne : quelle image on donne à l’évènement beaujolais nouveau ? Comment on oriente l’évènement 2017, il faut qu’on y pense tout de suite ? Il faudra redévelopper les ventes, apporter de l’information et de la formation à ceux qui le souhaitent. On fait des réunions avec le syndicat des crus, des beaujolais village, les coopératives, les négociants. Les consultants font des petits ateliers pour collecter les avis, et les questions de chacun. Cela se passe très bien.

Une psychothérapie de groupe en Beaujolais ?

Oui presque, pour que ça marche il faut que chacun s’approprie le changement. Petit à petit on aura soudé 70 personnes, puis 100 et ainsi de suite. On ne ressoudera pas 3000 personnes mais 200 ou 300 entreprises, ce sera bien, les autres y viendront plus tard, par un cercle vertueux. Ce n’est pas facile pour tout le monde. Aujourd’hui on apprend à travailler en réseau dans les écoles, avant cela ne se faisait pas. Pourquoi les vignerons ne se grouperaient-il pas pour prendre un courtier qui ferait du lobbying toute l’année auprès des centrales d’achats ? Développer un vrai marché d’offre.

Il fallait sortir du syndicalisme agricole type FNSEA ?

Le syndicalisme n’apporte rien à l’économie aujourd’hui. Le système s’est fermé par peur, parce qu’il s’est replié sur lui-même. Les vignerons faisaient un peu de protectionnisme. Quand on a un marché de demande fort, on ne se pose pas de questions.

Et la place du beaujolais à Lyon ?

Il revient un peu, mais les gens du beaujolais vont trop peu à Lyon. Les cotes du rhône ont pris le marché du beaujolais dans les années 70. Nous démarchons Lyon comme Bordeaux ou Paris, pas plus. Nous aurons un évènement pendant le Syrah sous le tunnel de Croix-Rousse. La mairie elle-même joue le jeu du beaujolais ; les petits bistrots : il y a encore du progrès à faire, mais il y a du mieux. De nombreux acteurs de la restauration jouent le jeu de mieux en mieux, ils achètent des bouteilles, investissent dans des vignes.

Ses dates clés

1590 : Première implantation connue de la famille Piron à Morgon
1950 : Naissance de Dominique Piron à Morgon
1971 : Première déclaration de récolte de producteur
1988 : Premier achat de raisin comme négociant en beaujolais
2016 (Juillet) : Accession à la présidence de l’Inter-Beaujolais

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