AccueilActualitéGrand témoinDominique Despras, président de la Chambre d’agriculture du Rhône : "Une nouvelle mutation de notre agriculture"

Dominique Despras, président de la Chambre d’agriculture du Rhône : "Une nouvelle mutation de notre agriculture"

Élu président de la chambre d'agriculture du Rhône ce 9 décembre 2021, Dominique Despras s'exprime sur l'évolution de l'activité agricole dans le Rhône. Et détaille les nombreux enjeux auxquels sont confrontées les filières.
Dominique Despras, président de la Chambre d’agriculture du Rhône : "Une nouvelle mutation de notre agriculture"
© Simon Alvès - Dominique Despras, président de la Chambre d'agriculture du Rhône

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Quel est le rôle de la chambre d'agriculture ?

Depuis plus d'un demi-siècle, les chambres d'agriculture sont nées pour faire avancer et évoluer l'agriculture au fur et mesure des demandes sociétales. Et la chambre d'agriculture du Rhône est un des acteurs incontournables du développement agricole dans le Rhône et sur le territoire de la Métropole de Lyon. C'est ce qui la rend d'ailleurs si atypique. Elle doit avoir un autre visage que celle de la Marne, du Cantal ou d'un autre département car les attentes de proximité ne sont pas les mêmes. Grâce à notre centaine de salariés, notre instance travaille sur tous les sujets, comme le foncier, l'alimentation, l'installation, etc. Au-delà de son rôle régalien, elle accompagne l'agriculteur dans la vie de son entreprise, du premier jour de son installation au dernier jour de son statut. En somme, cet accompagnement est à la fois technique, économique et social.

Qu'est-ce qui fait la typicité de la ferme Rhône ?

L'agriculture rhodanienne repose sur trois piliers : la viticulture avec le Beaujolais, les Coteaux-du-Lyonnais et les appellations condrieu et côte-rôtie, l'élevage, au sens large du terme, et la filière végétale, spécialisée dans l'arboriculture et les cultures céréalières. Mais aujourd'hui, le maraîchage monte en puissance, sous deux dimensions différentes. Historiquement, l'agriculture du Rhône a évolué. On a vécu trois périodes différentes : une agriculture très diversifiée entre les années 1960 et 1980, puis 25 années de spécialisation. Enfin, on constate une nouvelle mutation de notre agriculture avec des entreprises agricoles qui se diversifient et recherchent de la valeur.

© Simon Alvès

"L'enjeu principal c'est d'avoir des agriculteurs bien dans leur tête et dans leurs bottes. Il faut des exploitations viables et vivables"

On parle beaucoup de la nécessité d'installer de nouveaux agriculteurs pour compenser les départs à la retraite des actuels actifs. Est-ce l'unique enjeu ?

L'agriculture attire et on ne peut que s'en réjouir. Mais l'enjeu principal, et il n'est pas nouveau, c'est d'avoir des agriculteurs bien dans leur tête et dans leurs bottes. Il faut des exploitations viables et vivables. Il ne faut pas confondre rêve et réalité. L'agriculture, comme d'autres corps de métiers, demande une certaine exigence. Comment alors sécuriser un maximum nos entreprises agricoles ? Il est important que l'on mise plus sur la formation, au moment de l'installation, et tout au long de la vie d'une exploitation agricole. C'est un des enjeux de demain. Il ne faut pas non plus tomber dans des pièges extrémistes, aussi bien sur l'environnement que sur la productivité. C'est un juste milieu qu'il faut viser. Je crois en une agriculture productive et de croissance, tout en respectant l'environnement. Le territoire du nouveau Rhône, de par son emplacement, a tout pour y répondre. Y compris pour se placer sur des marchés internationaux, à l'image des vins du Beaujolais qui sont reconnus dans le monde entier. Ce n'est pas antinomique de croire en une agriculture de proximité et mondiale.

Dominique Despas en quatre dates clé

1997 Installation à Claveisolles

2003 Président des Jeunes agriculteurs du Rhône

2014 Élu maire de Claveisolles, réélu en 2020

2021 Élu président de la chambre d'agriculture du Rhône

La transition est toute trouvée avec le Beaujolais et son projet Renouvellement des générations dont le premier comité de pilotage s'est réuni le mercredi 9 février. En quoi ce projet sera une réussite ?

Chaque année, je veux mettre en place un fil conducteur. Et pour cette première année d'exercice, ce sera donc l'installation. Tous les chiffres montrent une diminution du nombre d'exploitations. Ce n'est pas surprenant. Mais rester spectateurs, ce serait une erreur fondamentale. Le risque serait de perdre une dynamique agricole sur des territoires, d'où l'enjeu d'installer des jeunes agriculteurs. Mais croire qu'il n'y aura qu'un seul profil d'agriculteur serait une autre erreur fondamentale. C'est pour toutes ces raisons que nous avons entrepris ce travail avec les instances viticoles du Beaujolais et les collectivités locales. L'idée de ce programme, c'est de parler positivement de ce vignoble et d'insuffler une croyance positive. Et je pense que les résultats seront très probants.

Autre sujet primordial pour l'agriculture : le climat et la gestion de l'eau. Comment rapprocher l'ensemble des acteurs du territoire sur ce sujet aussi épineux ?

Voilà une vingtaine d'années que l'on travaille sur la gestion de l'eau avec une vision idéologique. Ce serait dangereux d'ajouter une vision politique. Et c'est tout l'enjeu du Varenne de l'eau, même si l'accouchement de ce projet, je pense, sera plus difficile que prévu. Mon combat sera d'aborder ce sujet de façon pragmatique et non idéologique et politique, en prenant compte des particularités et des attentes très différentes de chaque territoire. Mais je reste inquiet sur le stockage de l'eau. Et si on ne trouve pas de solutions, nos politiques devront assumer la disparation de l'agriculture sur certaines zones. L'autre sujet, c'est la qualité de l'eau. Et la chambre d'agriculture a toute légitimité pour faire se rapprocher les filières agricoles et les organismes de gestion et de distribution de l'eau.

"Mon combat sera d'aborder le sujet de l'eau de façon pragmatique et non idéologique et politique, en prenant compte des particularités et des attentes très différentes de chaque territoire"

Qu'est-ce qui différencie la loi EGalim 2 de la précédente, qui était considérée comme inaboutie, voire défaillante ?

La grande différence, c'est la contractualisation, en rapport à un coût de production. C'est un réel choc psychologique dans la tête des agriculteurs. Je compare d'ailleurs cette avancée à celle des quotas laitiers qui, malgré la manifestation des éleveurs à l'époque, avait permis la survie d'un grand nombre de producteurs laitiers. Que les agriculteurs de certaines filières aient une crainte vis-à-vis de cette contractualisation et cette loi, c'est normal. Et l'enjeu des corps consulaires et syndicaux sera d'expliquer aux agriculteurs qu'il faut tenir collectivement et ne pas céder à la pression de nos interlocuteurs. L'objectif, ce n'est pas de mettre à mal nos négociants et acheteurs, mais qu'on soit encore là, demain, tous ensemble.

Comment réagissez-vous quand Michel Édouard Leclerc annonce une baguette de pain à 0,29 € dans ses enseignes… ?

Être provocateur, c'est sa méthode de communication. Je préfère prendre de la hauteur et ne pas tomber dans le piège des bulles spéculatives communicatives. Notre rôle, c'est de faire le travail de terrain, à travers la proximité, la réactivité et la prospective.

Quel rôle aura la chambre d'agriculture dans le déploiement et la convergence des projets alimentaires de territoire lancés dans la plupart des collectivités locales ?

Concilier agriculture et alimentation, c'est intéressant. Mais attention : le temps politique n'est pas le temps économique. Des diagnostics et des états des lieux seront menés sur chacune des territoires. Mais il faudra vite passer dans la phase opérationnelle, avec des actions concrètes, de crainte que ce soit trop tard. Je ne veux pas que ces PAT soient des cartes postales au sein des collectivités. Quels budgets doit-on y dédier également ? En tout cas, la chambre d'agriculture accompagnera tous les PAT. Car elle est la plus compétente, de par sa connaissance de l'agriculture et du territoire.

Concilier agriculture et alimentation, c'est intéressant. Mais attention : le temps politique n'est pas le temps économique

Qu'attendez-vous des candidats à l’élection présidentielle et de leurs propositions en matière d'agriculture ?

Je suis le représentant de tous nos ressortissants et c'est important pour moi de porter la voix des agriculteurs, dans toute leur diversité. On ressent un ras-le-bol de la surtransposition des réglementations qui engendre une décroissance de notre agriculture. Donc mon attente et celle de tous les agriculteurs, c'est une simplification des démarches administratives. Mon deuxième vœu : c'est un respect des corps intermédiaires. Et j'espère que notre prochain président aura un respect, non pas de façade, mais de construction. Enfin, je suis pour une agriculture de croissance, tout en respectant l'environnement. Les agriculteurs en ont pris conscience. Mais on ne peut pas opposer ces deux mondes. Il faut une modération entre les deux. Et de croire qu'on aura une agriculture qui évoluera et grandira dans le Rhône sans avoir une dimension européenne, ce n'est pas possible. L'agriculture du Rhône est ce qu'elle est aujourd'hui grâce à l'Europe.

"Croire en une agriculture de proximité et mondiale n’est pas antinomique"

Son style de management : J'aime la proximité avec les personnes et dire les choses franchement

Ses lectures : L'actualité agricole évidemment, la politique et le sport, notamment le trail.

Son lieu ressourçant : Les bois pour faire de la course à pied

Ses sources d'inspiration : J'aime beaucoup les jeunes et les personnes qui ont eu des responsabilités par le passé et qui sont dans la construction

© Simon Alvès Dominique Despras est aussi un élu de terrain engagé.
Ici aux côtés de Christophe Guilloteau, le président du département du Rhône

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