AccueilGrand témoinDominique Delorme : « Faire des Nuits de Fourvière le festival international de la Métropole ! »

Dominique Delorme : « Faire des Nuits de Fourvière le festival international de la Métropole ! »

Dominique Delorme : « Faire des Nuits de Fourvière le festival international de la Métropole ! »
© Celine Vauthey - « En matière de programmation la seule règle est de ne pas avoir de règles »

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours avant de prendre la direction des Nuits en 2003 ?

Titulaire d’un DESS de gestion, j’ai débuté ma carrière dans la formation professionnelle pour les migrants. J’avais pour habitude de me rendre au Java Bar, un café fréquenté par les gens de l’ex-théâtre de L’Eldorado : j’ai fait des rencontres intéressantes et, peu à peu, j'ai glissé d'une équipe à l'autre. J’ai été tout d’abord chargé d'une étude sur la réorganisation du théâtre de Beauvais, dans l'Oise. J’y suis resté 4 ans avant d’intégrer la Maison de la culture de la Rochelle, au Centre dramatique de Poitiers, puis à la Scène nationale du Pas-de-Calais. En 1995, je suis venu remplacer Colette Dorsay au TNP.

Pourquoi a-t-on fait appel à vous ?

En 2002, Jean-Jacques Pignard est venu me voir au sujet de Fourvière, si j’avais des idées neuves à lui proposer... Ce que j’ai fait 5 mois après, alors que j’étais à Syracuse et que je venais de voir Prométhée enchaîné mis en scène par Luca Ronconi… La pièce m’avait emballé, c’était exactement ce qu’il fallait pour le festival ! Lorsque Yves Girard, qui avait succédé à Patrice Armengau, a décidé d’arrêter, le vice-président du Conseil Général en charge de la culture m’a proposé le poste. Que j’ai accepté après l’assurance d’avoir un budget et les coudées franches pour diriger le festival.

En quoi les Nuits de Fourvière d’aujourd’hui diffèrent du festival que vous avez pris en main en 2003 ?

Le Conseil général gérait ce festival depuis 1994, sans vraiment le gérer. Les différentes institutions lyonnaises -ONL, Célestins, Opéra, Maison de la danse- géraient le festival, avec des spectacles qu’elles proposaient dans leur abonnement. Tout le monde s’asseyait autour de la table et chaque structure proposait les spectacles. Le festival n'avait pas de rapport au public : c'était juste un lieu d’accueil. J’ai accepté de prendre la direction des Nuits de Fourvière à condition de créer une entité propre au sein du Conseil général, entièrement dévolue au festival. Le cœur de mon projet reposait sur trois piliers : établir un rapport direct avec les artistes, instituer notre propre billetterie et créer un véritable lieu de production et de création.

Comment le festival a-t-il évolué depuis votre arrivée ?

De 2003 à 2005, on a fonctionné sous la forme de la régie directe. Les contrats étaient donc signés par la collectivité. Ce mode opératoire était relativement complexe : nous avions besoin de prendre des décisions rapides et la formule juridique des collectivités n’était pas très opérante. Nous avons changé officiellement de statut au 1er janvier 2006 pour devenir un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial). À partir de là, tout a changé. La programmation, très lente les trois premières années, a connu une croissance exponentielle. Et avec la même équipe, ce qui prouve que les difficultés venaient avant tout du statut. Il s’agissait ensuite de développer économiquement le festival sur ses ressources propres.

De quelle manière y êtes-vous parvenu ?

L’idée, c’était de faire venir des artistes plusieurs années de suite, afin de créer une image, une identité au festival. Il fallait aussi lui donner une cohérence : développer une partie création-production, mais éviter de présenter des spectacles trop confidentiels au grand théâtre. Chercher des « porte-avions artistiques » permettant de faire le lien entre le public et des talents moins connus. Dans une programmation cohérente et ouverte au grand public les blockbusters financent les spectacles plus audacieux. La première année, en 2003, j’ai invité Luca Ronconi qui a présenté Prométhée enchainé d’Eschyle. Je voulais donner un signal fort aux futurs partenaires.

Quinze ans plus tard, comment évaluez-vous le chemin parcouru ?

Je me souviens d’avoir demandé à Michel Mercier de quel budget je disposais. Personne n’a pu répondre. Une semaine plus tard, je disposais d’une subvention de 3,7 M€ et 1,5 M€ de recettes, pour 35 dates. Quinze éditions plus tard, après avoir rompu avec le système de régie directe en 2006, les Nuits de Fourvière disposent de 12,6 M€ de budget, répartis entre 50 % de billetterie, 30 % de subventions et 20 % de mécénat, pour un taux de remplissage de 85 %. Le festival, qui ne fait pas appel à des bénévoles, emploie 13 permanents et signe 500 contrats.

Comment envisagez-vous le festival maintenant que vous évoluez à l’échelle métropolitaine ?

On est passé de 60 000 spectateurs en 2003 à 155 000 à Fourvière et 35 000 à Parilly l’année dernière. En termes de fréquentation, je pense que l’on a trouvé notre rythme de croisière. Mais il faut bouger les lignes. J'ai pris l'annonce du découpage territorial comme une aubaine et j'ai tout de suite voulu jouer la carte de la Métropole. Souhaitant faire les choses progressivement, on a commencé par la Maison de la Danse avec un spectacle de Bartabas. Puis on s’est mis à investir le Théâtre du Point du Jour, les Célestins, la Patinoire de Charlemagne... Tout ça dans le but d’avoir une famille d'artistes attachée au festival. Mais en dehors des théâtres, je ne veux pas partir de l'emballage pour acheter des spectacles.

Plus de lieux, donc plus de représentations…

Avant, on ne pouvait proposer qu’un spectacle par jour : plutôt difficile de créer une dynamique de ville dans ces conditions ! La Métropole nous ouvre d’autres horizons. Aujourd’hui, avec une dizaine de lieux investis, nous devons concilier jusqu’à 7 spectacles quotidiens, et souvent plusieurs premières en simultané. Si l’on ne peut pas changer la nature, il faut changer la structure. Et les gens doivent désormais comprendre que le festival, ça n’est pas que le grand théâtre : ça se passe dans tous ces endroits à la fois. Notre véritable enjeu, c’est que l'identité de Fourvière glisse sur l'identité métropolitaine. C’est de donner aux Nuits de Fourvière une image similaire à celle du festival d’Edimbourg. Qu’il devienne le festival estival international de la Métropole.

« En matière de programmation la seule règle est de ne pas avoir de règles »

Comment s’opèrent les choix artistiques pour chaque édition ?

Hier comme aujourd’hui, nous avons une liberté totale dans la programmation avec une règle absolue : ne pas avoir de règles. Et en la matière, je suis seul décisionnaire. Même si tout le monde participe à son échelle. Géraldine Mercier, notre secrétaire générale, va régulièrement voir des pièces de théâtre et fait ses propositions... On a aussi créé le poste de conseiller artistique musique pour Richard Robert, un ancien des Inrocks, parce que la musique reste le secteur le plus compliqué : de nouveaux groupes, de nouveaux artistes arrivent tous les jours. Mais à la fin, je décide. Et si quelque chose rate, j’en prends l’entière responsabilité.

Quelle est la place du festival au niveau régional et, plus largement, au niveau national ?

En 2016, les Nuits de Fourvière accueillent 60 compagnies différentes, ce qui le positionne comme le plus gros festival régional après les Vieilles Charrues. Mais ce qui nous distingue avant tout, c’est que nous sommes le seul festival à rassembler tous les arts du spectacle vivant. Cette pluridisciplinarité nous donne un rayonnement national. C’est pourquoi nous ne pouvons être comparés au festival de Vienne, catalogué 100 % jazz. D’ailleurs, nous avons pour politique historique de ne pas produire de jazz pendant la quinzaine de Vienne : nul besoin de parler de concurrence.

Et au niveau international ?

Le festival est repéré à l’international. Comme je le disais, il est le seul de sa catégorie à être pluridisciplinaire, au même titre que les festivals d’Edimbourg et de Barcelone. Et comme eux, nous devons maintenir un niveau d’exigence dans chaque discipline. Prenez Radiohead par exemple : le groupe ne se produit que dans 18 villes dans le monde et nous l’avons en concert d’ouverture le 1er juin. Pourquoi ? Parce que, comme beaucoup d'artistes, ils préfèrent venir jouer l'intégralité de leur set à Lyon plutôt qu’ailleurs, au milieu d’une autre manifestation où les artistes s’enchaînent. Pour un groupe, faire ses balances, tout préparer en amont, ça a beaucoup d'importance. Au-delà du cadre exceptionnel du grand théâtre, c’est la plus-value que nous leur proposons.

La tendance évolue-t-elle globalement vers la pluridisciplinarité ?

L'évolution de la pluridisciplinarité, je la vois surtout chez les artistes. Les metteurs en scène d'aujourd'hui s'intéressent de près aux arts visuels. Regardez Mourad Merzouki avec Pixel. Il y a une tendance au croisement des disciplines : le cirque utilise de la danse, la danse de la musique, elle-même toujours plus présente dans les pièces de théâtre... Il y a une explosion des genres. Nous reflétons la volonté des artistes comme la programmation musicale reflète l’offre du marché.

S’il ne devait y avoir qu’un spectacle à aller voir cette année ?

Impossible, bien sûr, de ne tirer qu’un seul nom de la programmation riche et variée qui nous attend du 1er juin au 30 juillet. Mais j’avoue avoir tout de même une sensibilité particulière pour Monsieur Armand dit Garrincha, le solo d’Eric Elmosnino sur le joueur de foot emblématique Manoel dos Santos. Cette production 100 % Nuits de Fourvière a été initialement écrite en 2000 par Serge Valletti pour le Théâtre de l’Odéon, à Paris. Elle revient, mise en scène par Patrick Pineau, dans le préau du collège Jean Moulin. Un bel hommage au foot, à l’heure où Lyon s’apprête à vibrer pour l’Euro 2016. D’ailleurs, nous avons tout fait pour que la pièce puisse se produire au même moment.

Après 14 ans de direction, d’autres projets en vue ?

J'ai l'impression que je viens d'arriver.

Ses dates clés

2003
Dirige le festival Nuits de Fourvière

1995
Devient administrateur général du TNP

1985
Quitte la formation professionnelle pour le théâtre

1956
Naissance le 18 juin à la Croix-Rousse

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