AccueilSpectacle vivantDidier Bezace, héraut du théâtre populaire

Didier Bezace, héraut du théâtre populaire

Didier Bezace, héraut du théâtre populaire
© : DR - Didier Bezace : "Le théâtre ne peut pas se porter bien quand le pays se porte mal"

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Didier Bezace fait partie des figures connues du petit et grand écran où, hors quelques exceptions, il accumule les rôles secondaires. Non par manque de talent, mais par manque de temps. Cet auteur-acteur et metteur en scène, qui fêtera ses 70 ans dans quelques jours, fait partie des hommes de théâtre qui comptent dans le paysage français. Il faut remonter au années 70, lorsqu’il fonde le Théâtre de l’Aquarium avec Jean-Louis Benoît et Jacques Nichet, passer par Aubervilliers où il dirigera le Théâtre de la Commune de 1997 à 2013.
La plupart des spectacles de Didier Bezace racontent toujours la même histoire. Celle des gens peuple confrontés au déroulement implacable de l’Histoire, d’un théâtre populaire où les enjeux dramatiques se situent au croisement de l’Histoire et de l’intimité des personnages. Des histoires partagées avec le public lyonnais qu’il connaît bien. Depuis La Noce chez les petits bourgeois, de Brecht, et Pereira prétend, de Tabucchi (Théâtre du Point du Jour), à Conversations avec ma mère, de Santiago Ovès, (TNP), en passant par Maman bohême, de Dario Fo et Franca Rame (Croix-Rousse), Le Square de Duras (Toboggan), Les Fausses confidences de Marivaux, La noce commence de Maelele et La version Browning de Rattigan (Célestins), spectacle récompensé par les Molières du meilleur metteur en scène et meilleur adaptateur en 2005, la plupart de ses productions ont tenu l’affiche lyonnaise.
En mai, aux Célestins, il reprendra Quand le diable s’en mêle, un spectacle réunissant trois courtes pièces (Léonie est en avance, Feu la mère de madame et On purge Bébé) de Feydeau. Entre temps, le public le retrouvera, non comme metteur mais comme acteur dans Retour au désert, une pièce inhabituelle que Bernard-Marie Koltès a écrite pour Jacqueline Maillan et que Arnaud Meunier a monté en début de Saison à la comédie de Saint-Etienne. Claudia Stavisky lui a proposé de jouer dans Les Affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau. « Difficile de mener de front les représentations de Koltès, les répétitions de Mirbeau et la reprise de Feydeau », justifie-il.
Fin connaisseur du milieu culturel, Didier Bezace porte un regard sans illusion sur le malaise que traverse le théâtre. « Le théâtre ne peut pas se porter bien quand le pays se porte mal. Il reflète l’état moral et mental de la France, constate-t-il. Mais je me réjouis de voir de jeunes metteurs en scène reprendre le flambeau d’un théâtre de service public, critique, social, philosophique ». Il pense naturellement à Arnaud Meunier qui le met en scène dans Retour au désert de Koltès – son premier Koltès-, « une pièce qui ne tombe pas si mal dans le contexte actuel ». Pourquoi n’a-t-il jamais abordé Koltès ? « J’ai vu toutes les créations de ses pièces, des créations signées par Patrice Chéreau. J’ai vu Jacqueline Maillan et Michel Piccoli jouer Retour au désert, cette comédie inquiétante. Mais que pouvais-je apporter de plus que Patrice ? J’ai monté d’autres auteurs contemporains comme l’Australien Daniel Keene ».
Des projets ? « La gestion de ma compagnie accapare beaucoup de mon temps, conclut Didier Bezace qui ne veut pas vendre la peau de l’ours. Et puis, Quand le diable s’en mêle entame une tournée de trois mois à partir d’avril avant une reprise en septembre à Paris et un retour sur les routes de France en fin d’année. 2017 est encore loin ».

Entre Shakespeare et Chabrol

Après quinze ans d’exil en Algérie, Mathilde revient dans la ville petite ville de province où elle est née. Décidée à venger l’humiliation d’une tonsure subie à la Libération, elle retrouve Adrien, son frère, bourgeois proche de l’OAS, avec qui elle va livrer un combat digne des arènes sanglantes. Sur fond de Guerre d’Algérie, Bernard-Marie Koltès brosse le portrait d’une famille marquée par un destin digne des Atrides, sans renoncer aux ficelles du vaudeville que tirent Jacqueline Higel et Didier Bezace dans cette mise en scène d’Arnaud Meunier dont la discrétion éclaire avec encore plus d’acuité un texte où Koltès convoque les fantômes de son passé. Un passé pas si lointain si l’on en juge les séquelles qui subsistent encore.

Théâtre des Célestins, 3 au 11 février.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?