AccueilGrand témoinDéremboursement de l'homéopathie : "Une erreur politique" selon Valérie Lorentz-Poinsot (Boiron)

Déremboursement de l'homéopathie : "Une erreur politique" selon Valérie Lorentz-Poinsot (Boiron)

Déremboursement de l'homéopathie :
© Marine-Agathe Gonard

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Quel a été l'impact de la pandémie sur les résultats 2020 des Laboratoires Boiron ?

"Cela dépend des pays et des produits. Globalement, nous sommes impactés partout dans le monde, par le recul de certaines pathologies, comme la toux, et par une fréquentation moindre dans les pharmacies. Le marché des sirops a par exemple chuté de 60 %. En revanche, certaines ventes comme l'Oscillococcinum ou de médicaments unitaires comme Serum de Yersin ont augmenté lors des déconfinements, un contexte où il fallait renforcer son système immunitaire.

Globalement, sur le premier semestre 2020, nous enregistrons un recul de 16,5 % de l'activité en France, en raison de la campagne de dénigrement engagée depuis deux ans, contrebalancé par une progression de 20,8 % du chiffre d'affaires à l'international, essentiellement en Amérique du Nord, grâce à un boom des ventes en ligne de 10 % aux Etats-Unis. L'impact Covid-19 est donc plutôt négatif sur les médicaments du printemps. En revanche, son impact est positif sur la partie soins immunitaires."

Pourquoi cette campagne contre l'homéopathie arrive-t-elle seulement maintenant ?

"Dans l'histoire de l'homéopathie, qui a 230 ans, il y a toujours eu des campagnes de ce type. Il faut bien savoir qu'en médecine, tout a ses limites, l'homéopathie comprise. Aujourd'hui, il y a une prise de conscience qu'il faut prendre soin de notre planète, des individus, des animaux et des végétaux. Le besoin de naturalité est donc très fort, autrement dit, soigner sans nuire. L'engouement autour de cette naturalité date de 20 ans environ mais s'accélère aujourd'hui.

L'offre "naturelle" est grande et l'homéopathie en fait partie. Je pense que ceux qui combattent l'homéopathie sont globalement contre cette offre du naturel qui inclut les huiles essentielles, la phytothérapie, l'ostéopathie ou encore l'acupuncture, alors qu'il n'y a jamais eu autant de personnes qui souhaitent se soigner autrement, sans pour autant abandonner la chirurgie, la radiothérapie ou encore la chimiothérapie. Je crois que les gens veulent un accès à une offre globale de soins."

© Marine Agathe Gonard / "Le besoin de naturalité est très fort, autrement dit soigner sans nuire."

"Agnès Buzyn en a fait une affaire existentielle"

La posture gouvernementale contre le remboursement de l'homéopathie résulte-t-elle d'une croyance ou d'une réalité économique ?

"Cela ne coûte rien à la Sécurité sociale. Un tube de granules coûte 2,35 euros. Le remboursement par l'Assurance maladie (15 %, NDLR) est de 22 centimes. Un montant qui permet en plus d'avoir un complément des mutuelles qui sont d'ailleurs obligées de rembourser le reste. Sans oublier que, sur chaque médicament vendu, s'applique une franchise de 50 centimes que touche l'Assurance maladie. Elle serait donc bénéficiaire. Selon une étude Asterès, comme tout le monde ne relève pas de la franchise médicale (enfants et femmes enceintes par exemple), il y a finalement un équilibre entre dépenses et remboursement : on arrive donc à zéro."

Comment expliquer alors, que le gouvernement s'attaque ainsi à l'homéopathie ?

"Il faut leur poser la question ! L'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, en a fait une affaire "existentielle" comme elle l'a expliquée dans un article paru dans le journal Le Point en juillet 2019..."

Comment Boiron s'est-il organisé face à cette nouvelle donne ?

"Nos équipes sont organisées pour avancer dans ce monde d'après. Je le répète : c'est un non-sens, une erreur politique, surtout lorsqu'on sait que 76 % des Français se soignent à l'homéopathie et que ça ne coûte rien en matière de remboursement. Le marché français représente 50 % de notre activité d'homéopathie. Ils ont tué un champion français."


Ses dates clés

1998 Cheffe de gamme (médication familiale) aux Laboratoires Urgo

2011 Directrice générale déléguée de Boiron

2019 Directrice générale de Boiron

2018 Présidente de l'International Women's Forum (Rhone-Alpes)


"Au total, nous avons dû fermer treize sites en France"

Comment envisagez-vous ce monde d'après ?

Je reste positive et résiliente, comme l'entreprise. Je vois donc le verre à moitié plein, avec plus de liberté, notamment sur les prix, sachant que nous n'effectuerons pas de hausses démesurées. Nous allons pouvoir aussi créer de nouveaux produits, comme l'homéo-thérapie.

Nous avons aussi décidé d'innover autour de la production de probiotiques (sans allergènes et micro-encapsulés), de solutions hydro-alcooliques, d'extraits de plantes et de nouveaux compléments alimentaires à base de Polyphénol. Pour autant, nous avons dû, dans ce contexte, licencier. Si l'activité commerciale n'a pas été impactée, celles de stockage et de distribution ont subi une profonde réorganisation.

Un point justement sur le plan social que vous avez établi ?

"Nous avons signé un accord majoritaire pour un plan social concernant 550 personnes (sur 3 500, NDLR). Une partie d'entre elles, les plus de 56 ans, sont en portage salarial sur 60 mois maximum. Nous avons fait valoir aussi un droit de substitution, c'est à dire donner le choix à certains salariés de laisser leur poste à des collaborateurs touchés initialement par le plan.

Nous avons essayé, au maximum, de faire un plan le plus individualisé possible, en fonction de l'âge car chez Boiron, l'ancienneté de nos salariés est importante et nous nous devions d'assurer au mieux cette douloureuse transition. Au total, nous avons dû fermer treize sites en France. Ce plan social nous a coûté 64 millions d'euros."

Quelles sont les réorganisations à venir justement ?

"Nous allons normalement rapatrier l'activité du site de Montrichard (Loir-et-Cher) à Lyon qui ferme cette année. Il produisait des ampoules et des gouttes. Il se peut aussi que nous trouvions un repreneur pour ce site. Sinon, nous fermons nos 12 établissements de préparation-distribution sur les 27 que nous avons en France (dont celui de Grenoble Ndlr)."

© Marine Agathe Gonard / "Nous avons signé un accord majoritaire pour un plan social concernant 550 personnes."

"Boiron ne représente que 0,01 % du marché mondial du médicament, on ne gêne personne"

A l'international, sur quels pays capitalisez-vous pour vous développer ?

"Nous capitalisons beaucoup sur l'Amérique du Sud et du Nord, avec de bons résultats au Brésil et aux Etats-Unis. Nous avons également une filiale en Inde. Il faudra du temps pour y implanter durablement nos modèles de tubes vendus en officines car les médecins indiens fabriquent encore eux-mêmes leurs médicaments homéopathiques, comme il y a 70 ans. Nous avons de grandes ambitions aussi sur l'Asie qui reste un continent à conquérir."

Un mot sur la Covid-19 et plus globalement sur la gestion de la santé en France ?

"Il y a tellement eu d'allers-retours du gouvernement qu'une certaine défiance s'est installée auprès de la population. Il n'y a plus de nuances dans les choix politiques. Il y a par exemple des "pour" et des "contre" le professeur Raoult, idem pour les vaccins. La santé est très clivante en France. Et cela n'a aucun sens. Elle doit être appréhendée de manière globale. On a besoin de tout.

On a le sentiment d'une hégémonie. Et les scandales passés, je pense au Mediator, au Vioxx, aux vaccins H1N1, ne font que renforcer ce sentiment. Il faut arrêter de diviser pour régner. Boiron ne représente que 0,01 % du marché mondial du médicament. On ne gêne personne. Je pense que nous sommes au bout d'un système de santé."

Propos recueillis par Julien Thibert

Entre nous...

Son rituel du matin... Une marche rapide de 30 minutes ou une séance de Pilates.

Ses lectures... Je me suis beaucoup inspirée d'Adam Grant qui a écrit "Donnant-donnant" qui parle du pouvoir de la générosité.

Ses inspirations... Christian Boiron, forcément. Pour avoir toujours su faire progresser l'entreprise malgré l'adversité.

Son style de management... Situationnel. Il n'y a pas un seul mode de management. Il faut s'adapter aux situations et aux personnes.

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