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Denys Sournac (PDG de Medicrea) : la matière grise augmentée au service de la chirurgie digitalisée

Publié le - - Grand témoin

Denys Sournac (PDG de Medicrea) : la matière grise augmentée au service de la chirurgie digitalisée

Spécialiste mondial de la modélisation prédictive et les implants rachidiens personnalisés pour les chirurgies de la colonne vertébrale, Medicrea (Valorisée à 181 M€, 33 M€ de CA en 2019 et 175 collaborateurs) vient d'être rachetée par Medtronic (Basée a Dublin et cotée à New York, 33 Md€ de CA et 84 000 collaborateurs), leader sur le marché des technologies médicales. Denys Sournac, le fondateur et PDG de l'entreprise lyonnaise basée à Vancia décrit les mécanismes de offre publique d'achat volontaire -effective courant septembre- traduit une réalité bien vivace : la digitalisation galopante du monde médical boostée par des outils d'intelligence artificielle toujours plus précis et puissants.

Sur quel marché évolue Medicrea précisément ?

Nous avons développé une technologie unique au monde pour réaliser des implants sur-mesure au profit de la chirurgie de la colonne vertébrale personnalisée, à partir de l'analyse de chaque patient. Des données que nos ingénieurs analysent de manière très fine pour ensuite proposer des stratégies opératoires qui semblent les plus adéquates pour le chirurgien. Une fois la stratégie confirmée, nous fabriquons dans la foulée les implants nécessaires à l'opération.

Nous avions cette vision que tôt ou tard, nous pourrions améliorer les résultats et la précision de ces chirurgies en appliquant une couche d'intelligence artificielle grâce aux milliers de dossiers de patients que nous avons étudiés, et totalement anonymes pour nous. On sait par exemple ce que telle décision par rapport à une stratégie va donner dans les deux ans qui suivent la chirurgie.

Nous sommes capables de prévoir les mécanismes compensatoires qui vont se mettre en place et parfois qui peuvent être défavorables avec des patients qui surcompensent suite à leur chirurgie. Toutes ces informations, nous les réinjectons dans le système d'intelligence artificielle qui auto-corrige des plannings de chirurgie de plus en plus fins et plus précis, avec plusieurs centaines de paramètres que nous compilons (mesures anatomiques, critères cliniques…). Tous ces éléments rentrent donc dans un système de machine learning qui s'auto-éduque.

Quelle est l'origine de l'OPA effectuée par Medtronic ?

Nous avons reçu 8 sollicitations de la part des plus grands groupes mondiaux courante 2019, suite à des publications dans des revues scientifiques et des résultats qui ont eu un écho international. Nous avons conclu avec le plus gros, Medtronic donc, que nous avons rencontré en dernier. Avant que le conseil d'administration de Medicrea approuve l'offre, nous avions refusé deux offres inférieures.

Medtronic nous a sollicité en septembre et avons enchaîné 6 mois d'échanges et de négociation, sous convention de secret bien sûr. Les discussions se sont interrompues à partir de février-mars en raison de la crise du Covid. Elles ont ont repris à la mi-mai, et Medtronic a voulu boucler la transaction à ce moment là.

Le groupe possède déjà une plateforme de robots chirurgicaux et une plateforme de navigation. En quelque sorte, ils avaient les yeux et les mains augmentés du chirurgien, il ont aujourd'hui sa matière grise augmentée.

Nous fournissons une puissance d'analyse qui n'est pas à la portée de l'intelligence humaine. On rentre ainsi dans des niveaux de précision et de finesse, de choix et de décisions qui requièrent une telle puissance informatique.

« Nous fournissons une puissance d'analyse qui n'est pas à la portée de l'intelligence humaine »

Quel est votre état d'esprit par rapport à ce rachat ?

J'ai créé plusieurs entreprises et jamais je n'avais l'objectif premier de les revendre. Sauf qu'à un moment, pour Medicrea, on a senti que nous avions de l'avance et que le marché empruntait ce chemin de l'intelligence artificielle. Ensuite il y a deux choix : soit on se bat contre ces géants aux moyens colossaux soit on s'adosse.

Quand de tels groupes décident que l'avenir passe par le planning pré-opératoire et l'intelligence artificielle, ils deviennent de véritables machines de guerre et à un moment il faut se dire qu'il est plus judicieux de s'allier à eux.

J'ai estimé que c'était le bon moment car l'appétit était aiguisé chez tous les grands acteurs qui nous ont sollicités. Nous avons donc choisi de pas laisser passer notre chance et de dealer avec le numéro un mondial des technologies médicales.

« Medtronic avait une meilleure compréhension de notre business et de notre technologie que les autres prétendants au rachat »

Quels sont les atouts de Medtronic ? Qu'est ce qui a fait la différence par rapport aux autres postulants ?

C'est d'abord la plus prestigieuse des entreprises dans notre domaine et la plus belle sortie pour les actionnaires (ndlr : valeur de l'action conclue à 7 euros). Et puis, les deux autres offres étaient inférieures.

Nous avons aussi rapidement compris que Medtronic avait une meilleure compréhension de notre business et de notre technologie. Contrôlant 38 % du marché dans notre métier, nous savons que notre technologie va devenir un standard de soin mondial dans quelques années. C'est une forme de reconnaissance et de succès à laquelle je suis sensible.

Medtronic ne possède pas les équipes d'intelligence artificielle que nous avons chez Medicrea et a donc prévu de faire de notre siège de Vancia son centre d'excellence mondiale en recrutant massivement. C'est une démarche qu'ils ont déjà effectuée pour 7 autres usines en France qu'ils ont rachetés. Nous avions donc un historique très favorable de leur comportement industriel et vis à vis de leurs employés.

Les enjeux financiers son colossaux dans votre secteur, mais pourtant l'humain reste une donnée indispensable à l'équation de votre business ?

Il y a bien sûr la technologie mais derrière l'humain est au cœur de nos préoccupations. Ce sont des Hommes qui construisent ces technologies. Nos clients, les chirurgiens sont également sensible à cette approche et bien sûr les patients.

Quel est votre parcours ?

J'ai toujours été entrepreneur. Au sortir de l'école de vétérinaire de Marcy-L'Etoile dont je suis diplômé, j'ai suis rapidement entré en contact avec des laboratoires. J'ai commencé par crée une entreprise spécialisée dans les traitements vétérinaires où j'ai développé le Zylkène, un anxiolytique luttant contre les déviances comportementales chez les animaux. Et puis j'ai revendu mon entreprise en 2012. J'ai toujours vécu en montant des projets et en développant des entreprises. J'ai donc aussi créé Medicrea en 2002 que j'ai mis en bourse pour pouvoir me développer aux Etats-Unis et vendre mes produits.

Quelles sont les étapes restantes pour boucler l'offre de rachat à présenter à l'Autorité des marchés financiers ?

Pendant le mois d'août, nos avocats ont travaillé sur l'obtention des autorisations nécessaires à la réalisation de l'OPA. Par exemple, les autorisations liées aux investissements étrangers en France et l'étude des éléments nous libérant des contraintes anti-trust, Medtronic étant très puissante et l'entreprise dominante surnotre marché. L'objectif étant de prouver que l'ajout de notre entreprise au sein de Medtronic ne crée par de domination excessive. Il y a eu un aussi un travail auprès des actionnaires et des investisseurs par rapport à leur engagement de leurs titres dans l'OPA. La rédaction de l'offre de l'OPA elle-même sera déposée courant septembre auprès de l'AMF. C'est un gros travail administratif. L'OPA devrait être effective fin octobre-début novembre.

Votre avenir au sein de Medicrea ?

Les négociations avec Medtronic prévoient une indépendance de Medicrea pendant un à trois ans. Les dirigeants ont souhaité que je poursuive dans mes fonctions de dirigeant pendant au moins un an mais reconductible (ndlr : contrat de consulting). Nous verrons après si nous poursuivons sur cette voie. Mais j'ai le souhait que le bateau Medicrea soit bien arrimé au paquebot Medtronic. Après… Je n'ai jamais travaillé pour une entreprise autre que la mienne.

« La transmission des dossiers et donc des données sur les patients est aujourd'hui bien actée auprès des professionnels de santé et des patients eux-mêmes »

De quelle manière a été reçue l'annonce du rachat en interne ?

J'avais déjà annoncé à mes collaborateurs que je souhaitais adosser Medicrea à un groupe puissant pour passer à une étape supérieure et que notre technologie devienne un standard mondial. J'avais aussi largement communiqué officiellement sur mes intentions auprès des mes actionnaires. La surprise est venue du fait que c'était le numéro un mondial qui nous rachète car nous avions tenue secrète l'identité de l'acheteur jusqu'au dernier moment. Les gens étaient donc assez préparés et j'avais bien vendu le projet pour qu'ils comprennent la démarche.
L'annonce le 16 juillet est en plus survenue suite au confinement alors que notre business était au point mort entre mars et fin mai.Nous nous en sortons bien grâce à un effet de rattrapage sur les mois de juin et juillet. La réouverture des blocs opératoires pour des opérations indispensables pour les patients a relancé notre activité.

Quid de la protection des données dans votre domaine d'activité ?

La transmission des dossiers et donc des données sur les patients est aujourd'hui bien actée auprès des professionnels de santé et des patients eux-mêmes. Le monde médical se digitalise plus que jamais et on intègre l'intelligence artificielle dans tous les segments. Le secteur médical est très réglementé et l'utilisation des données des patients est très strictement encadrée. Nous sommes régulièrement audités sur ce point. Le seul flou juridique qui pourrait subsister et qui devrait être levé dans les années qui viennent concerne la propriété des données. Elles appartiennent bien sûr au patient mais aussi au chirurgien qui a réalisé l'opération et sont confiées à un industriel de manière anonyme pour réaliser de l'intelligence artificielle. C'est sur cette notion stricte de propriété qu'il faut cadrer les choses. C'est un tel progrès pour les patients qu'il n'est plus possible de revenir en arrière et les résultats le prouvent par rapport à la chirurgie traditionnelle où le professionnel opérait juste avec son expérience et son intuition qui souvent sont bonnes mais pas optimales, tellement les paramètres sont nombreux à intégrer.

Dates clés :

- 1990 : Diplômé de l'école vétérinaire de Marcy-L'Etoile

- 2002 : Création de Medicrea

- 2008 : Arrivée de Medicrea sur le marché américain

- 2013 : Premier patient dans le monde qui a bénéficié d'implant personnalisé sur-mesure (Système Unid) développé par Medicrea à l'hôpital Mermoz-Santy à Lyon

2020 : Rachat de Medicrea




Julien THIBERT
Journaliste

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