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Danse : Lucinda Childs, discrète mais incontournable

Publié le - - Spectacle vivant

Danse : Lucinda Childs, discrète mais incontournable

Il est des spectacles qui marquent l'individu, qui lui ouvrent d'autres mondes. Dance de Lucinda Childs, présenté à l'Opéra ces jours-ci, est de ceux là. Il faut préciser que Lucinda Childs est une chorégraphe majeure bien que réservée, électron libre du mouvement post-modern, inlassable créatrice depuis 50 ans. Discrète et fine comme une brindille, elle a touché à (presque) tout en revenant inlassablement à la danse.

Figure marquante du Judson Dance Theater dès les débuts dans les années 60, avec Trisha Brown, Simone Forti, Yvonne Rainer et Steve Paxton, Lucinda Childs prend ses distances avec le mouvement, en même temps que son indépendance, dès 1973. Celle qui voulait devenir comédienne sera finalement danseuse et chorégraphe. Une rencontre marquante va changer sa carrière, notamment en France. En 1976, au festival d'Avignon, elle participe à Einstein on the beach, le spectacle mythique de Robert Wilson. Sur le plateau elle croise le compositeur Philip Glass et s'intéresse dès lors de très près au mouvement minimaliste, incarné aussi bien par des musiciens comme lui, Steve Reich ou Terry Riley, que des plasticiens comme Sol LeWitt ou Donald Judd.

De ce goût naîtra sa pièce emblématique Dance, qu'elle réalisera en collaboration avec... Philip Glass et Sol LeWitt. Chef d'oeuvre de la danse contemporaine (et de la danse tout court), Dance est une pièce totalement hypnotique qui plonge le spectateur dans une sorte de transe et bouleverse radicalement ses perceptions. Elle continue en 2016 de déranger certains spectateurs. Composition savante écrite à l'aide du nombre d'or, elle est faite essentiellement de traversées, de changements de directions, de boucles de mouvements entêtantes comme la partition de Glass et les images en surinmpression de Sol LeWitt. Le dédoublement des images des danseurs provoque une sorte de vertige, comme si le spectateur tournait autour d'une sculpture dans un mouvement perpétuel, un flux ininterrompu. La vision est saisissante et peut être qualifiée de sublime. Dans tous les cas, l'expérience est marquante et ne s'oublie pas.


L'oeuvre de Lucinda Childs ne s'arrête pas à Dance, créée en 1979 et reprise en 2009 à la demande du Summerscape Festival du Bart College. La chorégraphe va beaucoup collaborer avec de grandes compagnies internationales comme le Ballet de l'Opéra de Paris, le Pacific Northwest Ballet, la Baryshnikov's White Oak Dance Company, le Ballet du Deutsche Oper Berlin, le Bayerisches Staatsballett et les ballets de Monte-Carlo et écrire des chorégraphies pour certains opéras avant de se mettre elle même à la mise en scène en 1995 de Zaîde, de Mozart, pour le Théâtre de la Monnaie. Elle sera également actrice dans certaines productions de Bob Wilson, comme La Maladie de la mort de Marguerite Duras où elle donne la réplique à Michel Piccoli, en 1996.

Commandeur des Arts et Lettres, elle déploie depuis toujours une gestuelle ciselée et précise, s'intéresse à la géométrie de la danse, sa décomposition et sa répétition. D'une rigueur mathématique elle manifeste une incroyable liberté dans le mouvement, certainement issue de ses années de recherche au Judson Dance Theater et de ses années de formation auprès du grand Merce Cunningham. Si le vocabulaire qu'elle explore est marqué par la forme classique, sa démarche est résolument contemporaine et s'inscrit dans une recherche formelle de la ligne et de l'espace. Avec Lucinda Childs, le discours n'a pas lieu d'être et la danse est nue. Elle répète d'ailleurs souvent que « un danseur ça danse, ça ne parle pas ». Celle qui fut quelque temps sa compagne, l'écrivain et essayiste Susan Sontag, a décrit le travail de Lucinda Childs mieux que personne « La beauté comme art du refus ».

Deux pièces Made in America

Merce Cunningham et Lucinda Childs dans la même soirée, on ne saurait rêver plus belle affiche pour le printemps. D'autant que les deux pièces, qui entrent au répertoire du Ballet de l'Opéra de Lyon, sont deux œuvres majeures de l'histoire de la danse contemporaine. Créé en 1964, Winterbranch de Merce Cunningham s'appuie sur une musique de La Monte Young, une des figures du minimalisme, composée du « son d'un cendrier raclant un miroir et de celui de pièces de bois sur un gong chinois » et une scénographie de Robert Rauschenberg. Le groupe de six interprètes fait l'expérience de la chute, à différentes vitesses, dans une pénombre volontaire seulement balayée par des phares de voitures. Une pièce radicale comme l'est également Dance de Lucinda Childs.

Opéra de Lyon, 13 au 17 avril




Gallia VALETTE-PILENKO
Journaliste

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