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Culture : l'économie en mode alternatif

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Culture : l'économie en mode alternatif

Lyon, place incontournable de la culture alternative ? Résolument. L'exposition de street art ZOO a fait un tabac, d'autres événements du même type se développent à vitesse grand V. Et l'association Arty Farty qui porte les Nuits sonores fête en grande pompe ses 20 ans tout au long de la saison. Est-ce à dire que les cultures alternatives ont trouvé des modèles économiques rentables ? Pour en savoir davantage, nous avons rencontré Vincent Carry, le directeur d'Arty Farty, un graffeur et une tatoueuse illustratrice. Tous font preuve de résilience même d'aspiration à un développement certain, sur une place, Lyon, résolument branchée sur courant alternatif.

VINCENT CARRY

« DÉFENDRE LA DIVERSITÉ ET L'ÉMERGENCE »

Pour commencer, les mots culture alternative font il écho en vous et comment ?

Vincent Carry : Bien sûr ! Je viens, et nous venons, plusieurs d'entre nous, historiquement d'une scène électronique underground, clairement inscrite dans une long historique de culture alternative. Aujourd'hui, on nous place plus régulièrement à l'endroit de la culture « indépendante » ce que nous pouvons revendiquer à condition qu'on lui donne du sens. Indépendant étant entendu comme indépendant de nos financeurs, publics et privés, y compris de nos spectateurs à qui nous devons de répondre à leur curiosité plus qu'à leurs attentes, indépendants artistiquement et éditorialement. Arty Farty a la grande chance de n'appartenir à personne. Mais c'est une bataille permanente.

Comment vous expliquez le succès fulgurant du festival que vous avez créé en 2003 , les Nuits sonores ?

C'était le bon endroit (Lyon) avec un terreau artistique riche, le bon timing, la scène la plus vivante du moment, et, je l'espère, le bon projet ! Nous avions l'cccasion d'inventer un nouveau format de festival, urbain, inscrit dans le territoire, le patrimoine classique et industriel, l'espace public. Un festival collaboratif, mobile, en interaction avec les acteurs du territoire et simultanément avec la scène mondiale. Un festival enfin qui soit capable de mettre ses sujets en perspective (ce qui donnera naissance à European Lab), de réfléchir à son contexte et de se remettre en question.

Comment passe t on d'un modèle économique d'association locale pour l'organisation d'un festival à une structure qui gère de nombreux autres festivals et exporte son savoir-faire ?

Nous l'avons choisi et non subi. Parce que nous étions persuadés que c'était la clé de notre pérennité, voire de notre survie. Beaucoup de festivals de notre génération qui n'ont pas fait ce choix de créer une boite à outils culturelle diversifiée et pertinente ont soit disparu, soit ont été rachetés, soit sont devenus des machines commerciales, très loin de leur ambition initiale. Nous savions que le contexte dans lequel nous étions nous obligeait à être créatif de ce point de vue.

A quel moment, vous avez senti que vous passiez dans une autre dimension, et comment avez-vous géré ce tournant ?

Il y a eu de nombreux tournants : la naissance de European Lab, la création du Sucre, Nuits sonores Tanger, nos 10 ans… Ce qui est le plus compliqué finalement, c'est le fait d'avoir été survoltés, passionnés, plein de projets, à fond, non stop depuis près de 20 ans. On ne s'est jamais arrêté ! Et nous avons grandi, ce qui veut dire encore plus d'énergie, encore plus de coéquipiers à accueillir et à accompagner, encore plus de pédagogie sur le fond du projet, encore plus de territoires artistiques, politiques et géographiques à découvrir. Nous défendons une aventure protéiforme, ouverte, multiple. Donc nous sommes parfois difficiles à décrypter. Nos 20 ans sont l'occasion de rappeler nos enjeux fondamentaux.

Pouvez vous nous expliquer comment et pourquoi vous avez inventé un modèle économique spécifique ?

Clairement pour essayer de garantir notre indépendance et notre pérennité. L'objet festival est un objet précaire, fragile, dont le succès public et économique dépendent de facteurs dont certains sur lesquels l'organisateur n'a pas prise. Très vite nous avons voulu limiter la pression économique sur le seul festival Nuits sonores en développant d'autres activités connexes : des événements toute l'année, du management, du booking, etc… L'idée étant de consolider notre auto-financement, de trouver de nouvelles ressources économiques pour financer des projets artistiques dont certains sont par nature non rentables, notamment dans la mesure où nous défendons la diversité et l'émergence, et que nous ne nous incrivons pas dans une perspective mainstream.

Vous avez créé plusieurs filiales, pourquoi ?

Petit à petit, ces activités se sont transformées en structures. Nous avons créé Le Sucre, puis AKA, Swimming Poule, H7…. Nous avons embauché beaucoup de jeunes professionnel.les de notre secteur. Nous sommes rentrés dans une logique entrepreneuriale, mais avec un souci constant de l'intérêt général et une maison mère qui guide l'ensemble de l'écosystème et qui reste une association loi 1901, avec ses règles et ses valeurs, notamment celle d'être à but non lucratif et de ne pas avoir d'actionnaires, donc de ne pas être « achetable ». Aujourd'hui, Nuits sonores Lyon ne pèse plus « que » 40% de l'activité de notre écosystème. Et nous avons atteint un niveau de financement public extrêmement faible par rapport à la nature de nos activités : 17% si on prend le périmètre d'Arty Farty, 8% si on considère Arty Farty et ses filiales.

Vous vous diversifiez avec la prise de participation dans À la Piscine, le restaurant installé à la piscine du Rhône, et dans la halle Girard ; ainsi que l'ouverture de Hôtel 71. Pourquoi ?

Toujours dans la même double logique de création d'une boite à outils pertinente et de consolidation de notre autonomie. Nous nous intéressons à la question de l'émergence, de l'innovation, des nouvelles pratiques et esthétiques, et des nouvelles générations d'acteurs dans tous les domaines créatifs. Dans la musique certes (Le Sucre, Nuits sonores, AKA…), dans le débat public et le monde des idées (We Are Europe, European Lab) mais également dans le domaine de la cuisine (avec À La Piscine, le festival ATTABLE et bientôt le foodcourt Heat à la Halle Girard) qui comme la musique a la caractéristique de rassembler une immense diversité dans un langage universel. Enfin nous pensons également que les nouveaux porteurs de projets culturels sont aussi des créatifs émergents. Il est évident que nous avons envie de les accompagner, de leur proposer des outils, au même titre qu'un musicien ou un jeune chef. C'est pour cette raison que nous créons Hôtel 71, une maison commune pour les porteurs de projets qui vont redéfinir les périmètre futurs du secteur culturel européen.

Souvent, vous utilisez le mot écosystème, pourriez vous expliquer ce que vous entendez par là ?

Nous percevons un écosystème comme un ensemble de structures, de projets et d'acteurs qui avec leurs singularités, leurs métiers, leur rôle, participent d'une aventure commune, d'un projet global. Ils représentent les outils d'une même démarche, sont solidaires et partagent nécessairement les mêmes valeurs fondamentales, en l'occurrence chez nous un projet culturel ouvert, humaniste, cosmopolite et prospectif.

Pensez-vous qu'il est possible de lancer des passerelles entre l'art « institutionnel » et l'art « émergent » ?

Oui. Et c'est souhaitable. Face aux enjeux et aux très grandes menaces que nos sociétés connaissent, la culture a un rôle à jouer. Elle doit garder ses convictions, c'est le rôle de l'underground de titiller les institutions. Celles-ci doivent aujourd'hui remettre en question leur vision du monde et parfois leur confort. Mais elles ont aussi un rôle important à jouer dans l'espace démocratique. Quoi qu'il en soit il me semble souhaitable que tout le monde réfléchisse ensemble. Arty Farty a souvent été en sitation de passeur, de médiateur entre ces mondes qui souvent, se toisent ou s'ignorent.

Après Tanger, Bruxelles et Delphes, avez-vous d'autres projets européens ? Et des projets internationaux, je pense à l'Asie, par exemple, la Corée qui exprime un fort désir de développement culturel ?

Aujourd'hui nous avons une base unique pour Nuits sonores et European Lab : c'est Lyon. Et nous avons des éditions que nous souhaitons pérenniser sur d'autres territoires : Nuits sonores à Bogota depuis deux ans, Nuits sonores et European Lab à Bruxelles depuis deux ans également. Nous avons un forum chaque année en janvier à Paris. Et European Lab voyage en Europe, l'an passé à Francfort, cette année à Delphes, l'an prochain à Cluj et Madrid. De la même façon, Nuits sonores a voyagé dans de nombreux pays pour des projets uniques qui n'avaient pas vocation à se pérenniser : pendans trois ans à Tanger, mais également à Séoul, à Barcelone, à Zurich ou à Shanghai.

Propos recueillis par courriel par Gallia Valette-Pilenko

LÉNA MAČKA

L'ILLUSTRATRICE MULTICARTE

Installée devant sa planche à dessin, écouteurs vissés aux oreilles, sous l'oeil bienveillant de Gustave le chartreux, Léna Mačka trace les courbes fluides de son personnage. En noir et blanc ou en couleur, il rappelle le Nu Bleu de Matisse avec des notes plus tendres, plus enfantines.

Asexué, sans identité, il est né d'un paradoxe de sérénité et de questionnement intérieur. Seul, en duo ou entremêlé, il invite chacun à se faire sa propre interprétation.

Léna a 24 ans, elle dessine depuis l‘âge de 3 ans. Encouragée par ses parents, elle s'installe à Lyon et intègre Bellecour Ecole, une référence dans les métiers de la création mais le coût des études est trop cher pour décrocher son diplôme.

Qu'importe, la jeune femme se lance en solo, installe son atelier dans sa cuisine et aidée par ses amis graffeurs, designers et illustrateurs, elle affiche ses premières illustrations sur les réseaux sociaux, crée son site internet et expose rue Longue pour la galerie lyonnaise Superposition.

Très vite, le bouche-à-oreille fonctionne. Elle fait la une de Libération, illustre des affiches de festivals et des magazines, expose à New-York et bientôt à Shanghai. Elle vend la majorité de ses éditions sur son eShop et reçoit des commandes de particuliers. «Le prix de mon travail est calculé en fonction des heures passées, mes illustrations commencent à 45 euros. Je ne suis pas très à l'aise avec les chiffres, je débute, je vis de mon art au jour le jour », explique-t-elle.

Avec l'artiste, son personnage évolue. Léna lui ajoute un petit nez, parfois le galbe d'un sein, parfois il ouvre un oeil... Il l'a suit partout, s'anime en vidéo et s'inscrit sur les murs de Lyon, à Paris en passant par Brooklyn.

Et, Léna Mačka aime aussi inscrire son art dans la peau. Elle a appris au côté de Carlo Amen, un grand tatoueur abstrait parisien. Elle oeuvre en guest dans le Marais mais aussi à Lyon où elle aimerait ouvrir un salon.

Une belle artiste à suivre…

DON TWA

GÉNÉRATION GRAFFEUR AUTODIDACTE

Don est un enfant des Minguettes et de la culture hip hop des années 80. Dès le primaire, il commence à dessiner en s'inspirant des Comics de son frère ainé. Le coup de crayon est si bon que les copains lui confient leurs cahiers pour les illustrer.

Il peint son premier mur dans une des tours de son quartier et graffe lors des concerts de Virginie Despentes. Son premier client est le directeur d'un théâtre lyonnais qui lui donne carte blanche pour imager les lieux et 400 francs de cachet à se partager à trois.

Aujourd'hui, Don fait parti du groupe TWA fondé par Rob, le premier taggueur lyonnais. Ils sont 5 artistes accomplis qui se retrouvent pour des commandes privées ou évènementielles en France et en Europe. Selon la taille de la fresque et la performance, le prix peut atteindre plusieurs milliers d'euros.

« J'ai toujours graffé pour le plaisir, indique Don, jamais je n'aurais imaginé faire de cet art, un métier et gagner ma vie ».

Don travaille aussi la toile, au pinceau, à la bombe, aux marqueurs. Il s'inspire de la rue, de rencontres, de paroles. On y retrouve l'univers Marvel mais encore Mickey Mouse (première version NDRL), Donald Duck ou encore la Panthère rose, le sourcil froncé, le coup de poing affirmé.

« Très tôt, j'ai mélangé les graffitis et les personnages. J‘aime aussi inscrire sur les murs et sur mes toiles des icônes comme Coluche, Lino Ventura, Bob Marley, Bruce Lee…».

Si l‘artiste peint dans son d'atelier, il aime aussi sortir du cadre et travailler sur des terrains vagues, dans des carrosseries, là où on lui ouvre les portes.

Ses tableaux, Don les vend à des particuliers de 2000 jusqu'à 25 000 € selon la taille, la complexité et le temps de production. Il expose à la 5 Art Gallery sur Melrose Place à Los Angeles et nul part ailleurs.

L'artiste aime aussi la photo, des clichés en noir et blanc loin de ses murs et toiles diaprés mais avec une intensité tout aussi remarquable.

EXPO STREET ART À CONFLUENCE

Du 11 octobre au 17 novembre

Superposition, association lyonnaise de promotion d'art urbain, lance « One Shot » au Pôle de Commerces et de Loisirs Confluence. Sur 2 000m² de magasin vide, autour du thème du réchauffement climatique, 20 artistes, grapheurs, illustrateurs, sculpteurs et peintres, exposent 200 m2 de fresques murales éphémères. Au programme : temps forts musicaux, ateliers d'initiation gratuits (mercredis et samedis), mur de libre expression et de nombreuses surprises et expériences sensorielles…

Du lundi au jeudi :

11h - 18 h

Vendredi et Samedi :

11h - 20 h

À venir : Le Petit Bulletin et l'association TROI3 préparent le festival street art «Peinture Fraîche !», 50 artistes venus de 12 pays. RDV Halle Debourg du 3 au 12 mai 2019.




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