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CRCC Lyon-Riom et France Invest : une relation de confiance à construire

Commissaires aux comptes et représentants de l’univers du capital investissement se croisent souvent sans se parler. Cela pourrait bien changer. Interview croisée entre Sylvain Boccon-Gibod, président de la CRCC Lyon-Riom, et les deux délégués régionaux de France Invest, Hervé Letoublon, fondateur de la société d’investissement Jadel, et Cyril Fromager, directeur associé de Siparex.
CRCC Lyon-Riom et France Invest : une relation de confiance à construire
© Julien Verchère - Hervé Letoublon, Sylvain Boccon-Gibod et Cyril Fromager, déterminés à renforcer les liens entre la CRCC Lyon-Riom et France Invest

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Vous êtes tous deux nouveaux délégués de France Invest pour la région sud est. Quels parcours respectifs vous conduisent aujourd’hui à assumer ces fonctions ?

Cyril Fromager : Je suis directeur associé de Siparex, groupe indépendant de private equity créé à Lyon il y a près de 45 ans, gérant 3 Md€. Je dirige les activités d’investissements dans les PME en régions, sous la marque nationale « Siparex entrepreneurs », mais aussi « Rhône-Alpes PME », une co-entreprise que je préside entre Siparex et les Caisses d’Epargne Rhône Alpes.

Filiale de Siparex, cette société de gestion indépendante gère ses propres fonds et n’investit que dans le quart sud-est sur des PME en croissance lors de transmission ou de phase d’accélération. Notre 5e fonds Capital Entrepreneurs 5 en cours de levée (53 M€ réunis à ce jour) a déjà investi dans 5 PME en 2021.

Hervé Letoublon : Je suis le fondateur de Jadel, société d’investissements d’entrepreneurs. Nous avons fédéré une vingtaine de chefs d’entreprise qui nous ont confié un peu plus de 35 M€. La particularité, c’est que nous investissons sur fonds propres avec une vision long terme sans contrainte de liquidité, le capital patience, pour accompagner les dirigeants dans leurs opérations de transmission, de développement ou de reclassement de titres. On intervient dans toute la France.

France Invest a souhaité qu’il existe deux délégués régionaux afin d’obtenir une certaine complémentarité. Siparex est la plus grosse société de gestion en province, nous sommes le petit poucet et il existe une vraie complémentarité dans nos approches.

Pourriez-vous rappeler brièvement les missions de France Invest ?

C. F. : France Invest est l’association professionnelle des investisseurs dans le private equity. Sa mission consiste à représenter les intérêts du capital investissement auprès de l’éco-système économique et de pouvoirs publics. En qualité de délégués, outre la représentation, nous avons pour rôle de faire remonter au niveau national des sujets concrets, de terrain, qui concernent notre métier d’investisseur et les entreprises que nous accompagnons.


H. L. : Le métier n’est pas très connu, à la fois des chefs d’entreprise et des partenaires tels que les commissaires aux comptes. Notre mission consiste à ouvrir le champ et à faire changer la vision du capital investissement. Il existe de nombreux acteurs qui peuvent apporter une multitude de solutions.
Nous sommes en mesure de répondre à toutes les problématiques, qu’il s’agisse d’opérations de transmission, de reclassements de titres, de conflits familiaux… L’aspect local et le bouche à oreille sont très importants.
Des gens qui se comportent bien, cela finit par se savoir et c’est rassurant pour l’écosystème.

C. F. : Soulignons aussi que grâce à son tissu d’entreprises composé de beaucoup de PME et d’ETI, avec
beaucoup d’entrepreneurs et de familles, la démarche d’ouverture du capital pour la croissance et la conservation de son indépendance s’est répandue plus fortement qu’ailleurs dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il s’agit historiquement d’une région leader dans la volumétrie et l’expérience du private equity.

"La démarche d’ouverture du capital est historiquement forte en Auvergne-Rhône-Alpes"

Pour autant, il demeure encore un travail de communication à mener, à l’image des relations à construire avec les commissaires aux comptes…


Sylvain Boccon-Gibod : On ne se connaissait pas réellement en tant qu’institutions respectives jusqu’à présent. Nous partageons le fait d’être des professions utiles et insuffisamment connues de leur environnement, ou supportant une image qui ne reflète pas forcément la réalité.

Nous avons comme challenge commun de faire évoluer l’image de la profession et de montrer la valeur
ajoutée que nous pouvons apporter. Il existe une complémentarité évidente dans la mesure où les fonds sont par définition des actionnaires et que notre rôle réside dans la création de confiance et la sécurisation,
notamment de l’actionnaire.

Avec la création de seuils, les actionnaires ont le pouvoir d’imposer un commissaire aux comptes là où il n’est pas obligatoire. Un lien quasi mécanique se crée, tout comme sur la partie transaction sur laquelle on peut accompagner sur une mission plus proche du conseil.


C. F. : Il est vrai que l’on coexiste plus que l’on se connait. Nous sommes des apporteurs de capitaux et de
confiance, en soutenant une stratégie d’entreprise, en la bonifiant, en apportant du support à valeur ajoutée aux dirigeants… Nous devons nous appuyer sur tous les acteurs.
Le monde du chiffre - et en particulier les commissaires aux comptes - joue un rôle clé dans ce cercle vertueux de confiance. Nous avons besoin que des personnes soient capables de parler d’ouverture du
capital en toute objectivité, d’orienter, de répondre à de premières questions, en ayant l’écoute active des
dirigeants.

Nos métiers font face à beaucoup d’a priori. Nous avons besoin de faire connaitre notre profession et ses acteurs, et les apports concrets d’un actionnaire professionnel. Car nous ne pouvons arriver qu’au moment où quelqu’un a posé un diagnostic ou a révélé le besoin. On n’appelle pas les gens pour leur « vendre » l’ouverture de capital.

Des échanges fructueux entre commissaires aux comptes et spécialistes du private equity seraient de nature à sécuriser les dirigeants d’entreprises à l’heure de choix cruciaux ?


H. L. : Les chefs d’entreprise sont souvent seuls au quotidien. Ils ont trois interlocuteurs privilégiés, le commissaire aux comptes, l’avocat et selon les cas l’investisseur.
Nous avons tous intérêt à faire mieux communiquer ces différents acteurs. On a les mêmes intérêts, je pense
la même vision des choses, on aime tous la PME et les dirigeants. Il faut trouver les recettes pour que la mayonnaise puisse prendre.


S. B.-G. : Précisons que le positionnement des commissaires aux comptes ou de fonds d’investissement
recouvre des réalités très variées. Vous êtes vous mêmes tous deux dans des structures de taille très différentes, avec sans doute une clientèle hétérogène. C’est la même chose pour les commissaires aux comptes. Cela complexifie la compréhension globale pour les dirigeants.

"L’année 2021 sera historique pour le capital investissement"


Si l’on porte désormais le regard sur l’activité et l’actualité, quels regards respectifs portez-vous sur la période ?


C. F. : Après une année 2020 particulière, avec de nouveaux deals concentrés sur la fin d’année, 2021 ressemble davantage à une année normale dans le cycle. C’est une année que l’on peut qualifier d’ultra active. Siparex va réaliser une année historique d’investissements, de cessions et de levées de
fonds. Ce sera la même chose pour Rhône-Alpes PME.

Le métier du private equity est en forte croissance depuis dix ans. C’est devenu une véritable industrie, ce qui
permet aux entreprises de disposer d’une offre diversifiée. Il y a beaucoup d’argent qui s’investit dans les entreprises. On parle souvent de « poudre sèche », de capitaux qui seraient levés, mais non investis. Ce n’est pas du tout le cas. Les fonds propres servent aussi à prendre des risques de développement pour ne pas partir dans le décor au moindre aléa.

Nous soutenons l’idée que lorsque l’on est ambitieux et que l’on veut croitre vite, on doit prendre des risques. Les fonds propres servent à cela, à pouvoir se projeter à cinq ans sans se poser tous les six mois la question de ses ressources.

Les entreprises bien dotées en fonds propres ont tendance à prospérer davantage que les autres dans des
périodes aussi troublées. Elles prennent des initiatives, accélèrent, notamment en faisant de la croissance externe.


H. L. : Chez Jadel, 2021 est une année forcément particulière puisque c’est l’année du lancement. Je rejoins Cyril Fromager quant à l’analyse du rythme d’investissement. On aura fait cinq investissements en huit mois, ce qui n’était pas forcément envisagé au départ. Cela démontre que les spécificités de Jadel, le capital patience 100 % entrepreneurial, trouvent un écho favorable auprès des dirigeants. Il convient d’y ajouter un report des investissements entre 2020 et 2021 couplé à une forme d’euphorie liée à la reprise.

Je ne pas si cela durera en 2022, les problématiques d’inflation, de pénuries de main d’oeuvre ou de coûts des matières premières ayant surgi dans le paysage. Il existe un peu moins d’optimisme chez les chefs d’entreprise.


S. B.-G. : On constate de notre côté une grande hétérogénéité entre les secteurs et les entreprises. Certains sont encore en très grande difficulté alors que l’on évoque une forte reprise de l’économie. Il est complexe de dire de quoi les prochains mois seront faits.


Beaucoup d’acteurs ont donc intérêt à sécuriser dès à présent leurs opérations…

C.F. : Oui, et au-delà de la conjoncture, des cycles, on assiste à un changement de générations. Les approches divergent quant aux moyens de soutenir leur croissance. Pour schématiser, il y a quinze ou vingt ans, l’ouverture du capital représentait la dernière solution quand toutes les autres étaient épuisées. Aujourd’hui, des dirigeants de 30 à 45 ans voient davantage cela comme un outil dynamique. Dans les PME et les ETI, le capital est moins figé, moins linéaire, c’est un changement fondamental.
Propos recueillis par Julien Verchère

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