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Covid-19 : à Lyon, clause de défiance pour les assureurs

Publié le - - Dossiers

Covid-19 : à Lyon, clause de défiance pour les assureurs
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Mis sous pression par le gouvernement, accusés de ne pas jouer la carte de la solidarité nationale, les assureurs sont depuis plusieurs mois désignés comme les mauvais élèves de la crise liée au Covid-19. Les professionnels des secteurs les plus impactés accusent, les compagnies se défendent, et le dialogue peine toujours à émerger.

Pointés du doigt pour une réponse jugée tardive, suite aux mesures de confinement en mars dernier, les assureurs ne sont pas en odeur de sainteté. A Lyon comme partout en France, les professionnels du secteur ont pourtant mobilisé des ressources face à une situation inédite, notamment auprès des secteurs les plus impactés : hôtellerie, restauration, commerces de proximité et évènementiel… A l'aube d'une nouvelle année, généralement synonyme d'appels à cotisations, une lecture de la situation entre les lignes s'impose.

Dossier réalisé par Julien Thibert


Sommaire

1- Mis sous pression, les assureurs se défendent

2- La colère d'un hôtelier lyonnais face à son assureur

3- Toujours la débrouille pour l'événementiel à Lyon

4- Covid-19 et assurances : une judiciarisation des litiges


Mis sous pression, les assureurs se défendent

Il y a deux semaines, Bercy a remis un coup de pression sur la profession en arrachant une négociation forcée avec les assureurs afin qu'ils gèlent les primes d'assurances sur 2021.

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, qui avait déjà appelé aux printemps les assureurs à participer à l'effort de solidarité nationale, comme l'avaient fait les banques dès la fin mars, a donc "convenu" avec la filière, du gel des cotisations des contrats d'assurance multirisque professionnelle, de la mise en place d'une couverture assistance gratuite pour les chefs d'entreprise et les salariés touchés personnellement par la Covid-19 et du recours à la médiation de l'assurance étendu aux entreprises pour tout litige portant sur un contrat d'assurance professionnel.

"Des arguments recevables"

"Les assureurs ont certes péché dans leur communication et leur mobilisation rapide mais il faut aussi préciser que leurs argumentations sur le non-remboursement lié aux pertes d'exploitation sans dommage sont techniquement et actuariellement recevables", indique Eric Lamouret, président du Syndicat des courtiers d'assurances (Sycra), secrétaire général de la Chambre nationale des conseils intermédiaires en assurances et vice-président du cluster Assurance Auvergne-Rhône-Alpes.

"Il est clairement établi que la perte d'exploitation sans dommage dans le cadre d'une pandémie est inassurable. D'ailleurs, 93 % des contrats d'assurances, liés à ces pertes d'exploitation indiquent parfaitement l'exclusion de toute prise en charge, liée au risque pandémique. Sur les 7 % de contrats restant, 3 % couvrent ce type de risque. Il resterait donc 4 % de contrats pouvant prêter à discussion, voire au doute, selon l'interprétation de chacune des parties prenantes", détaille-t-il.

"Nous cherchons les meilleures solutions"

En avril, les assureurs ont d'abord augmenté à hauteur de 400 M€ (contre 200 M€ prévus initialement) leur participation au fonds de solidarité puis ont décidé de financer 3,2 milliards d'euros de mesures exceptionnelles pour faire face à la crise de la Covid-19. Soit une série de mesures extracontractuelles et solidaires à destination des populations et des entreprises les plus exposées. La moitié de ce montant est dédié aux TPE, PME, artisans et commerçants.

La Fédération française de l'assurance (FFA) précisait, en avril dernier, que le maintien en garantie serait confirmé jusqu'à la fin des interdictions correspondantes, même en cas de non-paiement des primes. A noter que l'autre moitié des efforts est dédiée notamment aux assurances du personnel médical, aux personnes particulièrement exposées au virus du fait de leur état de santé ainsi qu'à l'aménagement des contrats pour l'ensemble des assurés en situation de confinement.

L'expert juge aussi que la situation n'est pas évidente à vivre pour des patrons en détresse qui voient leurs affaires en péril. "En tant que courtiers, donc intermédiaires, nous sommes en lien avec ces entrepreneurs en souffrance et nous cherchons les meilleures solutions pour répondre à leurs attentes. Si les agents généraux sont mandataires de leur compagnie et appliquent statutairement à la fois leurs décisions et leur communication, nous courtiers d'assurance, sommes les mandataires de nos clients pour couvrir leurs risques au mieux de leurs intérêts".

© Pxhere

Les courtiers d'assurance au front

Actuellement, les assureurs tentent, très activement, de faire régulariser auprès des entreprises des "clauses Covid" excluant clairement le risque pandémique de leurs contrats multirisques professionnels déjà en place, cherchant à éviter qu'ils ne soient à nouveau sollicités, voire mis en cause, pour une indemnisation qu'ils ne pourraient pas assumer, lors d'une nouvelle potentielle crise sanitaire.

Et ce sont les courtiers d'assurance qui sont chargés de monter au front pour négocier auprès des entreprises ces avenants sans compter les hausses de tarifs - entre 5 et 20 %, voire au-delà - que ces mêmes compagnies ont décidé d'appliquer pour rééquilibrer leurs résultats… qu'ils disent sérieusement affectés ! Autant dire que cette fin d'année est compliquée, pour les clients comme pour leurs courtiers.

"Face à cette crise inédite qui se prolonge, le secteur s'est mis en ordre de marche et fait des efforts exceptionnels afin d'aider les entreprises et les personnes les plus fragiles à surmonter cette crise. Nous réaffirmons notre volonté de participer à la solidarité nationale et d'anticiper la sortie de crise dans la limite de nos moyens. Notre première responsabilité, vis-à-vis de nos assurés, c'est de préserver la solidité de nos entreprises, comme l'ont rappelé récemment les autorités de contrôle françaises et européennes de la profession", explique Florence Lustman, présidente de la Fédération Française de l'Assurance.

Marketing et mauvaise communication

Pourtant, sur la question du gel des cotisations en 2021, certains assureurs restent dubitatifs : "On ne sauvera pas ces établissements par un simple gel de cotisations. C'est du marketing car les augmentations normalement prévues n'auraient globalement pas été très élevées. Surtout au vu de la perte de chiffres d'affaires colossaux de certains de mes clients restaurateurs qui, pour certains, ont perdu jusqu'à 80 000 euros de chiffre d'affaires", explique Stéphane Vincent, agent général chez Swisslife dans le Rhône.

"D'ailleurs, c'est avec une certaine humilité que j'ai appréhendé mes clients pour leur faire bénéficier de gestes commerciaux, qu'ils ont apprécié, mais qui restaient minimes au regard de leurs trous de trésorerie". Parmi ceux-ci : rééchelonnement des cotisations, pas de mise en demeure suite au non-paiement de cotisations, mois gratuits ou encore enveloppes d'aides exceptionnelles pour les TPE les plus touchées.

© Pxhere / De nombreuses activités sont lourdement impactées... et pas toujours couvertes par leur contrat d'assurance

Stéphane Vincent regrette finalement une mauvaise communication de la part des assureurs qui ont manqué de pédagogie dans leurs explications et qui, malgré une mobilisation financière importante, a jeté le trouble sur toute une profession qui ne bénéficiait déjà pas, à la base, d'une bonne réputation. "Cette crise était l'occasion justement de pouvoir redorer notre blason à travers une mobilisation commune. Sauf que chaque compagnie y est allée de son geste commercial tandis que, dans le même temps, toutes n'ont pas abondé au fonds de solidarité", pointe-t-il.

De quoi biaiser in fine le discours commercial. "Certains de mes clients n'ont pas compris pourquoi ma compagnie avait abondé à ce type fonds qui profitait à certains autres commerces qui n'étaient pas adhérents. Si nous ne recensons aucun litige, en raison de la rédaction de contrats clairement établis, nous poursuivons scrupuleusement notre mission de conseil et d'accompagnement sur-mesure. Il est encore trop tôt pour estimer de manière précise les dénonciations de contrats. A ce jour néanmoins, je n'ai pas perdu de client. Ni n'en ai gagné", indique l'agent.

"Il est scandaleux d'avoir à subir un tel chantage", avait dénoncé Jacques de Peretti, Pdg d'Axa France tandis que Bruno Le Maire avait prévenu qu'il soutiendrait l'amendement du Sénat demandant une contribution exceptionnelle aux assureurs si ces derniers n'acceptaient pas de geler les primes d'assurances en 2021 pour les hôteliers-restaurateurs et les autres secteurs touchés par la pandémie.

Des soutiens aux projets de territoires

Depuis, le gel a donc été acté. Certains groupes, comme Groupama, ont réagi avec sobriété par la voix d'un communiqué de presse : "Groupama confirme qu'il appliquera l'accord trouvé hier à Bercy entre le ministre de l'Économie et des Finances et les assureurs. Il mettra en œuvre les mesures annoncées pour 2021 en faveur des hôteliers, cafetiers et restaurateurs, ainsi que les entreprises et professionnels des secteurs du tourisme, de la culture, du spectacle et du sport qui emploient jusqu'à 250 salariés".

En Auvergne-Rhône-Alpes, l'assureur mutualiste a, par ailleurs, soutenu des projets de territoire via, par exemple, le soutien financier à l'association Mypresqu'île à Lyon pour le lancement de son nouveau site web destiné à mettre en valeur les commerçants de proximité et renforcera l'attractivité du centre-ville. Suffisant pour calmer les ardeurs de professionnels qui se sentent sacrifiés ? Réponses en 2021.




Julien THIBERT
Journaliste

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