Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Côtes-du-Rhône septentrionales : des crus d'exception

le - - Dossiers

Côtes-du-Rhône septentrionales : des crus d'exception

S'ils ne peuvent pas disputer la palme de l'antériorité aux vins de Provence, les Côtes-du-Rhône septentrionales n'en restent pas moins parmi les plus vénérables de l'Hexagone. Amenée par les Romains dans leur progression vers le nord de la vallée du Rhône, la vigne a rapidement pris possession des coteaux escarpés qui encadrent le fleuve. Et très vite, la qualité des vins qu'elle a produits a été unanimement reconnue. Une notoriété qui ne se dément pas quelque 20 siècles plus tard.

L'histoire des Côtes-du-Rhône septentrionales est celle de l'une des plus vieilles régions viticoles de l'Hexagone, qui s'étend sur un secteur long et étroit de 65 kilomètres, situé entre Vienne au nord et Valence au sud, couvrant à peine plus de 1 700 hectares. Aux portes sud de Lyon, la vigne suit le cours du Rhône, souvent à l'aplomb du fleuve. Des coteaux aux pentes abruptes, la déclivité pouvant atteindre 50 %, au point qu'il faut retenir un sol très friable par des murets de pierre. Un paysage à nul autre pareil, sur lequel ont vu le jour des crus exceptionnels, bien souvent circonscris sur des terroirs particulièrement concentrés et dont la réputation a depuis bien longtemps franchi les frontières. Ainsi, les appellations Condrieu et Côte-Rôtie s'étendent respectivement sur 7 et 3 communes, avec des aires de production de 171 hectares pour la première et 283 hectares pour la seconde. Sans parler du mythique Château-Grillet, dont la superficie de production n'est que de 3 hectares, sa production culminant à 39 hectolitres en 2017.

Tous installés, à l'exception de l'Hermitage et des Crozes-Hermitage, sur la rive droite du Rhône, les Côtes-du-Rhône septentrionales se déploient sur quatre départements : le Rhône, la Loire, la Drôme, et l'Ardèche. Sur ces terres, quatre cépages sont rois : la syrah pour les vins rouges, tandis que les vins blancs balancent entre le viognier, que l'on retrouve dans les vins de Condrieu et de Château-Grillet, mais aussi la marsanne et la roussanne, qui habillent les Saint-Joseph, Hermitage et Crozes-Hermitage blancs. Autant de cépages qui donnent des vins rares, des rouges puissants, des blancs onctueux et fruités, réalisés sous la main de 279 producteurs et 135 maisons de négoce.

Ce petit vignoble aux frontières parfaitement établies représente aujourd'hui 6 % de l'ensemble de la production des AOC issues de la vallée du Rhône, mais à peine plus de 3 % des exportations en 2017. Particulièrement appréciés des Britanniques et des connaisseurs d'Amérique du Nord, les crus septentrionaux de la vallée du Rhône pourraient incontestablement trouver des débouchés plus importants à l'international, mais par choix les vignerons préfèrent garder la majeure partie de leur production dans l'Hexagone. Ainsi, seulement 15 % de la production de Saint-Joseph est partie à l'export en 2017, alors que la moyenne des AOC de la vallée du Rhône se situe à 35 %. A l'inverse, les réseaux traditionnels et la vente directe, qui pesaient pour seulement 25 % de la commercialisation des AOC de la vallée du Rhône, toujours en 2017, s'octroyaient 72 % de la production de Condrieu, 71 % pour les Côte-Rôtie et 64 % pour les Saint-Joseph. Le patriotisme œnologique a parfois du bon.

DOMAINE COURSAUDON

Des cafés parisiens aux plus grandes tables étoilées

Installée à Mauves, dans l'Ardèche, la famille Coursodon cultive la vigne depuis la fin du XIXe siècle, travaillant exclusivement l'appellation Saint-Joseph aussi bien en blanc qu'en rouge. Selon les années, les 16 hectares (13,5 en rouge et 2,5 en blanc) donnent entre 40 000 et 65 000 bouteilles. Des vins issus de vignes de 35 ans d'âge moyen, mettant en valeur la robustesse de la syrah pour les rouges, tandis que les blancs associent les cépages marsanne et roussanne.

A la tête de l'exploitation familiale depuis le début des années 70, Pierre Coursodon a laissé la place à son fils Jérôme à partir de 1998. Représentant la cinquième génération de vignerons, ce dernier propose aujourd'hui des vins puissants et minéraux, au travers de six cuvées (4 en rouge et 2 en blanc), parmi lesquelles se distingue Le Paradis Saint-Pierre rouge, cuvée mythique de la maison. « Cette cuvée, qui est issue de nos plus vieilles vignes, livre entre 2 000 et 3 000 bouteilles, souligne Jérôme Coursodon. Comme pour l'ensemble de notre gamme, elle atteint son apogée entre 5 et 10 ans, même si elle peut être dégustée très jeune, ou gardée jusqu'à 15 ans. »

Vendus à Paris dans les années 50, les Saint-Joseph du Domaine Coursodon prennent place aujourd'hui sur les plus grandes tables de l'Hexagone, du Plaza Athénée à Paris à l'Auberge de la Fenière à Lourmarin, en passant bien évidemment par les maisons les plus prestigieuses de la région : Bocuse, Pic, Chabran ou encore Marcon. « Nos bouteilles sont distribuées dans l'Hexagone en respectant la règle des trois tiers : un tiers dans la restauration, un tiers chez les cavistes et un tiers en vente directe aux particuliers. Nous exportons cependant entre 20 et 30 % de notre production, principalement en Angleterre, en Allemagne… et même aux États-Unis. Nous venons notamment de rentrer notre Paradis Blanc dans un 3 étoiles de Chicago », conclut-il.

DOMAINE VERNAY

La fille du « pape du Condrieu » entretient la légende

Emblématique de l'appellation Condrieu, le Domaine Vernay s'étant aujourd'hui sur 24 hectares et délivre une palette de vins désormais aussi riche en rouge qu'en blanc. Le fruit d'une mutation portée par Christine Vernay, qui a succédé en 1996 à son père Georges, surnommé le « pape du Condrieu ». « Le Condrieu a été notre marque de fabrique et reste une formidable vitrine, mais nous sommes désormais aussi reconnus pour nos Côte-Rôtie, raconte cette ancienne professeure de français. Mon père en produisait certes déjà, mais en quantité bien moindre. Depuis que j'ai pris la direction du domaine, je m'applique à vinifier autant de rouge que de blanc, car j'ai le même attachement pour les deux appellations. » Cet équilibre est en quelque sorte sa première touche personnelle dans l'histoire du domaine.

Car depuis 2010, Christine Vernay a engagé une autre mutation majeure, en décidant de travailler 100 % de ses parcelles sans désherbant. Un formidable challenge, auquel elle a converti ses équipes [Ndlr : 10 personnes en permanence sur le domaine, mais 30 personnes ETP en moyenne annuelle] pour aller au bout de convictions personnelles qu'elle défend avec passion. « Comme l'a dit mon père, je pense que les désherbants chimiques ont sauvé nos coteaux il y a quelques années. Mais aujourd'hui, ces mêmes désherbants chimiques pourraient les perdre. En tout cas, on ne peut pas penser à l'avenir de notre terroir sans mener cette réflexion. »

Un terroir et des vins plébiscités, en France comme à l'international, où le Domaine Vernay vend environ 35 % de sa production. « Aux États-Unis, en Angleterre, en Asie…, énumère Christine Vernay. Nous pourrions faire beaucoup plus, mais je limite notre diffusion à l'export pour que notre production reste majoritairement en France. » Une distribution qui fait la part belle aux particuliers, qui s'adjugent environ 30 % de la production, qu'il s'agisse des mythiques Condrieu Coteau de Vernon et Chaillées de l'Enfer, des Côte-Rôtie envoutants Maison Rouge et Blonde du Seigneur, ou encore de la confidentielle Dame Brune, un Saint-Joseph produit chaque année à moins de 1 500 bouteilles.

Jean-Michel GERIN

La légende des lieux-dits de la Côte-Rôtie

Jean-Michel Gerin a soufflé cette année les 35 bougies de son histoire d'amour avec le vignoble de Côte-Rôtie. Une aventure engagée timidement avec l'achat d'une première parcelle en 1983, avant de reprendre en 1987 un hectare de vignes appartenant à sa famille, implantée depuis 6 générations au cœur du vignoble. La suite de l'histoire est celle d'un homme qui a patiemment replanté des parcelles achetées en friche, pour se trouver aujourd'hui à la tête d'un domaine de 16 hectares, dont 13 en appellation Côte-Rôtie et 2 en appellation Condrieu.

Toujours installé à Ampuis, où il a ses racines, ce quinquagénaire passionné par son terroir s'applique ainsi à faire revivre quelques-uns des plus emblématiques lieux-dits de l'appellation Côte-Rôtie. A partir de ces parcelles très précisément cadastrées, il produit trois cuvées d'exception : la Landonne, les Grandes Places, la Viallière.

Jean-Michel Gerin est en effet de ceux qui parient sur un avenir calqué sur le modèle bourguignon. « Le territoire de l'appellation n'est pas extensible et il est quasiment intégralement couvert. Il va donc falloir écrire une nouvelle histoire, un peu comme les Bourguignons ont été amenés à le faire depuis 25 - 30 ans, avec un fort développement des climats, qui correspondent à nos lieux-dits », analyse-t-il.

Rejoint depuis quelques années par ses deux fils, Michaël et Alexis, il estime cependant que c'est à eux, avec leur sensibilité propre, qu'il appartiendra d'écrire cette nouvelle page. « Le vin c'est comme la cuisine, affirme Jean-Michel Gerin : les goûts évoluent et les gammes aromatiques également. Ce n'est ni mieux ni moins bien, c'est une évolution naturelle qui nous fait avancer. Et je suis très confiant dans l'avenir de nos vignes et de nos vins, car les nouvelles générations qui arrivent sont très bien formées. »




Jacques DONNAY
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer