Copie(s)

Les images ont fait le tour du monde.

ActualitéSociété Publié le ,

Souvenez-vous, décembre 2010 - janvier 2011. Qui n’a plus en mémoire ces scènes de liesse, en particulier celles sur l’avenue Habib-Bourguiba, à Tunis, final éclatant de cette « révolution de jasmin », pacifiste, victorieuse, populaire, unitaire ? Un soulèvement non-violent qui produisit cependant son peloton de victimes. Une liberté acquise dans le sang et que d’aucuns, protecteurs zélés de cette démocratie naissante, escomptaient ne plus voir irriguer les rues de la capitale. Mais l’histoire bégaie. Mercredi, au coeur d’un Tunis apaisé, berceau des Printemps arabes, les terroristes ont frappé. Le bilan humain est éloquent : une vingtaine de morts, dont deux Français. Deux cibles emblématiques, symboles d’une Tunisie ouverte au monde, xénodoque parce qu’ayant intégré le potentiel de l’économie touristique, ont été visées par les assaillants : le Parlement et le musée national du Bardo, édifice majeur du bassin méditerranéen, écrin de collections de mosaïques romaines et de céramiques de tout premier ordre. Si l’histoire balbutie, la grande Histoire est mise à sac. Face à ce drame, dans un concert de condamnations mondialisé, les plus grands dirigeants de la planète ont réagi, et partout en France, notamment à Lyon ce jeudi devant le consulat de Tunisie, spontanément, des rassemblements ont eu lieu. Dénoncer et résister. Dans le vert gagnage des actualités de la semaine, l’événement nord-africain, qui, sans être une parfaite copie, rappelle avec terreur les attentats visant Charlie Hebdo, a étouffé les multiples polémiques engendrées soit par des dossiers brûlants (menu unique à la cantine, loi sur la fin de vie, amendement à la loi santé interdisant le recours à des mannequins en état de dénutrition…), soit par les velléités réformatrices de nos ministres. En tête d’affiche, la Lyonnaise Najat Vallaud-Belkacem, personnification des liens ténus tissés entre la France et son Maghreb natal. La ministre de l’Education nationale, troisième dépositaire du poste après le dogmatique Vincent Peillon, qui n’a pas résisté à la fronde née des erratiques rythmes scolaires, et l’éphémère Benoit Hamon, n’a pas cristallisé les attentions, mais plutôt les griefs, en divulguant sa « réforme globale » du collège. « Le collège aggrave la difficulté scolaire, particulièrement dans les disciplines fondamentales. Sans mettre en cause la compétence et l’engagement des enseignants, force est aujourd’hui de reconnaître lucidement que le collège […] est profondément inégalitaire ». Les propos de la ministre, qui connaît l’importance accordée à l’Education - une priorité pour François Hollande -, sont lourds de sens. Mais ils ne sont pas en adéquation avec les mesures annoncées, peu novatrices et dont la vacuité résonne jusqu’au radiateur du fond de la classe. Que coucher sur notre carnet de correspondance ? Les enseignements interdisciplinaires, à savoir quatre heures hebdomadaires au cours desquelles les élèves plancheront sur des thématiques sociétales, comme le développement durable ou la sacro-sainte citoyenneté. Charge aux établissements de gérer et de ventiler ce volume d’heures. L’enseignement de la deuxième langue vivante dès la 5e (contre la 4e aujourd’hui), à raison de deux heures par semaine. Et quid du latin ? Exit, ex abrupto ? Les observateurs ont pointé du doigt des insuffisances et des propositions fourre-tout. Et les syndicats sont d’ores et déjà vent debout pour faire reculer la ministre. Assurément, il faudra plus pour garnir le cartable. Reste à savoir si Najat Vallaud-Belkacem va revoir sa copie…

L.O.

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