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« La construction, dans sa grande majorité n'est pas prête à retrouver le chemin des chantiers »

Publié le - - Immobilier-TP-Bâtiment

« La construction, dans sa grande majorité n'est pas prête à retrouver le chemin des chantiers »
© BTP Rhône et Métropole - Samuel Minot

Pour Samuel Minot, une reprise imminente de l'activité semble illusoire. Dans l'attente du guide de bonnes pratiques réalisé par l'OPPBTP et le ministère de la Santé (qui devrait être dévoilé mercredi 25 mars au plus tard), le président de BTP Rhône et Métropole rappelle les consignes : l'arrêt des chantiers, sauf pour les travaux d'urgence.

Arrêt ou reprise des chantiers ? Des consignes contradictoires pleuvent depuis le mercredi 18 mars et les entreprises sont dans le flou... Où en sommes-nous actuellement ?

Pour savoir où l'on en est, il faut savoir d'où l'on part. La semaine dernière a été une semaine d'incompréhension et de colère. On nous a dit de rester chez nous, puis aux professionnels du BTP d'aller travailler. Des propos très ambigus qui nous ont conduits à demander une pause dans l'activité pour mettre en protection tous nos salariés, car il était impossible en l'état de préserver les conditions sanitaires requises ! S'est engagé un véritable bras de fer pour faire reconnaître ce droit de pause, afin de réfléchir à nos protocoles et de rassurer la profession sur la prise en charge de la protection partielle. Tout ceci a conduit vendredi dernier à une déclaration du ministre de l'Économie, qui nous a confirmé que le BTP était bien éligible au dossier de protection partielle. Un travail a ensuite été engagé avec l'OPPBTP (ndlr : Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics) et le ministère de la Santé pour réaliser un recueil de bonnes pratiques, permettant aux entreprises de reprendre certains chantiers avec des règles adaptées et validées par les instances gouvernementales.

L'heure est donc à la reprise ?

Non, les consignes sont à l'arrêt des chantiers. Aujourd'hui, ce qui tourne, ce sont les travaux d'urgence, comme la consolidation de réseaux gaz par exemple, les interventions sur les sites stratégiques, les dépannages et l'entretien du matériel dans les hôpitaux. Ce sont pour ces entreprises-là que ces règles vont être utiles.

Aujourd'hui, le monde de la construction, dans sa plus grande majorité, n'est pas prêt à retrouver le chemin des chantiers. Donneurs d'ordres, dirigeants, architectes, organisations professionnelles... Tous estiment que les conditions ne sont pas réunies pour reprendre le travail dans de bonnes conditions. Le climat est anxiogène, pour les chefs d'entreprise mais aussi pour nos compagnons, qui ne comprennent pas qu'on leur dise de rester chez eux alors que 2 millions de personnes continuent de travailler sur les chantiers... Il faut se rendre compte qu'il est extrêmement compliqué de respecter les règles sanitaires requises. D'une part, nous refusons d'exposer nos salariés à des conditions dangereuses et, d'autre part, nous ne voulons pas qu'une surréglementation rende les postes plus accidentogènes qu'ils ne le sont déjà. Car il va falloir produire dans des conditions encore plus sévères, avec un manque de productivité à la clé...

En résumé, nous souhaitons que ceux qui veulent ou peuvent travailler puissent le faire en toute sécurité et que ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas ne soient pas plus pénalisés qu'ils ne le sont déjà. Le civisme fait l'unanimité : nous avons tous envie de protéger le capital humain. C'est d'ailleurs cette solidarité qui nous a permis d'être entendus dans les plus hautes sphères.

Ce guide des bonnes pratiques dont vous parliez est attendu pour le mercredi 25 mars au plus tard. Peut-on en savoir plus ?

Ce travail est intéressant, de surcroît mené par des gens qui connaissent bien nos métiers : l'OPPBTP et des médecins. Il va apporter des consignes claires quant aux garanties à mettre en place pour la sécurisation des salariés. Ce document donnera des clés aux entreprises qui n'ont pas d'autre choix que de poursuivre leur activité. Il permettra de rassurer quelques entrepreneurs... Mais je doute beaucoup que le bâtiment puisse reprendre massivement dès la semaine prochaine. Sur nos gros chantiers, la promiscuité est telle qu'il me semble illusoire de fournir un document complet de synthèse en quatre ou cinq jours seulement, et avec une somme de mesures à déployer du jour au lendemain.

Quel est le ressenti des entrepreneurs du bâtiment et de quelle manière la fédération les accompagne-t-elle dans cette épreuve ?

Ils sont très inquiets pour leur activité économique. Arrêter du jour au lendemain, c'est sécher la trésorerie. Nous sommes là pour les accompagner sur les sujets réglementaires et administratifs (trouver les dispositifs qui leur permettront de limiter les fuites de trésorerie, fournir des bonnes pratiques, décaler leurs échéances banquaires...), mais aussi pour défendre les droits de ceux qui ne pourront pas ou ne souhaiteront pas reprendre le travail, en les aidant à monter un dossier d'activité partielle par exemple. La pédagogie et les échanges sont à l'ordre du jour : les entrepreneurs sont perdus face à cette situation inédite, et bon nombre d'entre-eux ne savent pas comment gérer une telle crise.

Les entreprises qui choisiront de ne pas travailler seront-elles bien protégées par le chômage ?

Bruno Le Maire nous a confirmé que cette protection sera bien acquise. Bien entendu, la seule raison du covid-19 ne suffira pas à justifier un arrêt. Mais je peux certifier que tout chef d'entreprise qui aura analysé sa capacité de travail et conclu qu'il ne pouvait pas travailler sera bien pris en charge.

Les TPE se retrouvent-elles plus démunies que les grands groupes ?

Il est vrai que les grands groupes ont des capacités à prendre des mesures plus rapidement... Mais ils vivent, eux aussi, une situation inédite. Aussi, quelle que soit la taille de l'entreprise, les mêmes questions reviennent toujours : comment est-ce que je préserve la santé de mes salariés ? Comment puis-je être aidé ? Les échelles sont différentes, mais les préoccupations sont les mêmes.

Dans quelles proportions estimez-vous l'arrêt des chantiers sur le Rhône et la Métropole ?

À peu près 85 % de nos adhérents ont stoppé leur activité. Ceux qui continuent sont généralement des artisans : la plupart sont seuls et travaillent dans des mesures de confinement permettant la poursuite d'une activité. À noter que les réseaux de négoces et matériaux ont été sommés par le ministère de l'Économie de rouvrir pour ne pas bloquer le système. Aussi, peut-être qu'un quart du flux du réseau sera à nouveau en action d'ici la fin de la semaine. Le négoce répondra donc à la demande des entreprises, mais je doute que celle-ci soit à la hauteur...

Y a-t-il des pénuries de matériel sur les chantiers, type masques ou gels hydro-alcooliques ?

Bon nombre d'entreprises qui possédaient des masques de protection ont répondu présentes pour donner leur équipement aux personnels soignants, et c'est bien normal. Du coup, elles se retrouvent sans masques. Le gel devient difficile à se procurer, il y a encore un peu de gants... Mais globalement, ce n'est pas qu'un problème de protection. Prenez les déplacements par exemple : les professionnels circulent à deux, trois, parfois quatre par camion. C'est toute une logistique qu'il va falloir mettre en place.

Quelles sont les retombées économiques à craindre ?

Économiquement, il va y avoir trois temps. D'abord l'urgence : les salaires du mois de mars. Les entreprises vont devoir avancer les fonds pour payer leurs employés, et cela entraînera des problèmes évidents de trésorerie. Il va falloir les aider à assumer leurs bulletins de paie. Ensuite, il y aura le temps de la sortie de crise, avec la nécessité d'assumer cette période de « non production » : besoins de roulement, annulations de chantier, défaillances de partenaires et de clients... Enfin, il y aura le temps de la reconstruction économique du pays, avec des impacts économiques majeurs que peu d'entre nous ont connus. Pour franchir cette étape, plus que jamais, nous devrons être solidaires et soudés.




Charlotte ROBERT
Journaliste

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