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Congrès de Nantes : la sourde colère des notaires

Congrès de Nantes : la sourde colère des notaires

Vie juridique Publié le ,

Dans ces conditions, la venue du nouveau Garde des sceaux, Jean-Jacques Urvoas était très attendue au même titre que le discours du président du Conseil supérieur du notariat (CSN) Pierre-Luc Vogel. Globalement, la conjoncture, les grèves et autres inondations ont sans doute eu pour conséquence une fréquentation, au centre des congrès de la Beaujoire, en baisse par rapport aux autres années, avec 2 900 participants dont 2 000 environ à la séance inaugurale.

Jean-Jacques Urvoas, Garde des Sceaux

C’est sur fond de colère notariale sourde (mais pas toujours silencieuse, notamment pendant le discours du minstre de la Justice), que Jean-Jacques Urvoas a tenté de rassurer et d’apaiser son auditoire, sans pour autant faire de promesses ni d’annonces particulières. A travers un discours (forcément) très politique, Jean-Jacques Urvoas a expliqué qu’il souhaitait que « les questions de droit demeurent à la Chancellerie », prenant ainsi d’une certaine manière à contre-pied son collègue le ministre de l’Economie.

Sur le fond, le Congrès des notaires de France a démontré l’importance du sujet retenu pour sa 112e édition : la propriété immobilière, entre libertés et contraintes, au travers des travaux réalisés par quatre commissions depuis près de deux années. Rappelons la présence de cinq régionaux dans ce congrès.

« La propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue pourvu que l’on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. » (depuis 1804, l’article 544 du Code civil est resté inchangé)

Un combat de corsaires

Les discours inauguraux du président du Conseil supérieur du notariat (CSN) et du Garde des Sceaux sont toujours un moment très important dans le déroulement d’un congrès dont ils donnent le ton.

Président du CSN représentant les 10 000 notaires de France (4 500 offices), le Malouin Pierre-Luc Vogel a exposé sans concession la situation des officiers ministériels et leur état d’esprit, en particulier au sujet de la loi Macron ou encore sur les questions de tarification et de maillage territorial. Des propos en forme d’interpellation, applaudis pratiquement à chaque phrase par une assemblée acquise à sa cause et empreinte d’une colère non dissimulée. Deux questions fondamentales ont servi de trame à ses propos : quid du sens de l’action publique et quid du sens de l’action notariale ?

Pierre-Luc Vogel, président du CSN

Revenant sur la nouvelle tarification, le « capitaine » des notaires remarque que ce sont surtout les plus petits offices, ruraux de surcroît, qui vont en pâtir, au risque de disparaître et d’impacter le maillage territorial. Est-ce opportun de faire dessiner avec un compas, comme pour les supermarchés, la carte de l’implantation des offices par l’Autorité de la concurrence ? Et Me Vogel de s’interroger avec perspicacité : « Tout semble fait avec malignité pour préparer la voie à la profession unique par le délitement du droit de présentation ». « La justice dont vous êtes le garant ne peut se satisfaire d’être écartée du banc (sic) ! », insiste le président Vogel.

Pour sa part le Garde des Sceaux, le socialiste finistérien Jean-Jacques Urvoas, a tenté de jouer l’apaisement, pour restaurer une confiance largement entamée. Il a par ailleurs rappelé l’utilité et la nécessité de la profession notariale et n’a pas manqué d’ajouter que les questions de droit ne doivent pas être traitées en dehors de la Chancellerie. Une allusion non voilée à la prise en main de ces questions par le ministère de l’Economie il y a quelques temps.

Sur le fond, Jean-Jacques Urvoas a eu un discours plutôt convenu et consensuel, sans pour autant donner réponse aux questions posées. Il n’a néanmoins pas manqué de préciser, non sans humour, qu’après 4 mois et 10 jours de ministère de la Justice, le temps lui était compté et qu’il fallait donc aller vite !

Des régionaux au cœur du congrès

Aux côtés du président, Me Pierre-Yves Sylvestre et du vice–président Alexandre Thurel, un Nantais expatrié à Lyon depuis plus de 20 ans, trois régionaux étaient fortement impliqués dans cette 112e édition.

Cheville ouvrière… et pierre angulaire du plus grand rassemblement annuel du notariat, le Lyonnais Pierre-Yves Sylvestre, dans ses propos liminaires, n’a pas manqué de souligner la présence de 257 jeunes notaires et d’une centaine de confrères étrangers, venus de 35 pays, preuve de leur intérêt pour les travaux, mais aussi de leur fidélité au notariat français.

Pierre-Yves Sylvestre, président du congrès

Il s’est également attardé sur l’accueil réservé à cette manifestation par les collectivités locales (Ville et Métropole de Nantes) et régionales (Pays de Loire), mais aussi les instances notariales (chambre des notaires de Loire-Atlantique et conseil régional des notaires de la cour d’appel de Rennes).

Sur le fond et le thème du congrès nantais, après un sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics, cette année encore et au cœur de l’actualité, les congressistes se sont penchés sur le thème de la propriété immobilière, en analysant les imperfections des lois, mais aussi et surtout en proposant des solutions d’évolution législative. « Il faut que le droit continue à répondre aux besoins de la société ». Il en va ainsi de l’évolution de ce domaine dans les 30 prochaines années, tout en sachant que l’accession à la propriété est le souhait, voire le rêve de tout un chacun.

Les travaux, insiste le président, se sont donc orientés autour de deux axes forts : la liberté et la contrainte. L’exercice du droit de propriété se trouvant aujourd’hui phagocyté par une multitude de règles qui, peu à peu, risquent de le vider de sa substance. Tout cela étant corroboré par les évolutions à venir, à savoir l’arrivée dans les prochaines décennies d’autres modes de propriété, sans doute plus solidaires et plus collectifs.

La chambre du Rhône bien représentée

Mes Jean-Christophe Hoche, président de la chambre des notaires du Rhône et Christophe Raymond (Francheville) sont venus présenter à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), leur convention de partenariat que la chambre rhodanienne vient de mettre en place avec le conseil départemental du Rhône. A n’en pas douter, cela devrait donner des idées à la CDC dans un futur proche.

Première commission

Le Lyonnais Me Cédric Pommier, rapporteur de cette commission et son président Me Vivien Streiff ont planché sur « Etablir et protéger la propriété immobilière », avec au programme la sécurisation des effets du bornage, l’encadrement des sanctions relatives aux empiétements minimes involontaires ou encore la consécration des nouveaux droits réels et l’adaptation de la durée de l’usufruit.

Quatrième commission

Pour la première fois, deux notaires femmes, Mes Sophie Sabot-Barcet (Haute-Loire) et Violaine Trambouze-Livet (Loire) ont orienté leurs travaux autour de la propriété immobilière : comment sécuriser la mutation d’un immeuble en présence d’un usufruitier successif, démembrement de propriété et immobilier d’entreprise ou encore construction par l’usufruitier sur un terrain démembré. Une commission originale, car orientée sur des cas pratiques.

« Vendu par mon notaire »

Profitant du congrès, les notaires ont présenté le nouveau site Internet fédérateur de leur réseau immobilier : http://www.immobilier.notaires.fr, sous le label « A vendre » ou « Vendu par mon notaire ».

Initié en 2008, ce réseau unifie les « négociateurs » sous une seule et même bannière, qui regroupe aujourd’hui 1 800 notaires, porteurs de quelques 110 000 annonces immobilières. Sans structure juridique à ce jour, le réseau d’offices négociateurs possède cependant un bureau et un président, Me Jean Dugor, notaire à Auray (56) et propose des formations ainsi qu’un « meilleur service clients ».

Soutenue par le CSN, cette initiative est à rapprocher de celle privée d’http://www.immonot.fr, également soutenue par des notaires.

Nouveauté

Pour la première année, le congrès a eu recours au vote digital grâce à des boitiers électroniques et interactifs. Une technologie qui a permis le remplacement des panneaux OUI ou NON, pour un résultat quasi instantané et à la décimale près, faisant passer les votes des résolutions de commissions « de panneau levé public à boitier secret ».

Journée des associations

Au cours du traditionnel déjeuner des associations et fondations, une convention a été renouvelée pour la 3e fois entre l’association France-Générosités représentée par sa présidente Mme Semperans et Hélène Kraft-Faugère, représentant le Conseil supérieur du notariat, suivie par une vente aux enchères caritative (édition originale du Code civil de 1804, jéroboam de Cote-Rôtie…), qui a permis à la Ligue de protection des oiseaux de se voir attribuer la somme de 9 150 €.

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