AccueilVie juridiqueConcours de plaidoirie 2022 à Lyon : Vito Ottaviano l’emporte

Concours de plaidoirie 2022 à Lyon : Vito Ottaviano l’emporte

"L’ordre fait-il la paix ?" et "Faut-il dire toute la vérité ?" : tels sont les thèmes sur lesquels se sont affrontés fin juin les finalistes du 16e concours de plaidoirie organisé par l’Association des élèves avocats (Adea) de l’Edara.
Vito Ottaviano, le lauréat de ce concours de plaidoirie 2022, a plaidé en distanciel, Covid oblige
© Audrey Desfève - Vito Ottaviano, le lauréat de ce concours de plaidoirie 2022, a plaidé en distanciel, Covid oblige

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"Cela ne n’est pas joué à grand-chose". Mercredi 29 juin dernier à l’école des avocats de Lyon (Edara), Michael Janas, président du jury, annonce le verdict : c’est Vito Ottaviano qui remporte le concours de plaidoirie 2022. Il s’impose face à Germain Chaux, associé à Sarah Cherif tout au long de la compétition.

La petite finale, quant à elle, revient à Louise Ferrand, qui faisait équipe avec Loanne de Saint-Basile. Les deux jeunes femmes montent donc sur la troisième marche du podium. Elles étaient opposées à Luca Sakref.

Au départ, ils étaient 44 élèves avocats en lice. Après trois tours et une demi-finale, il n’en restait plus que quatre.

L’ordre fait-il la paix ?

La soirée a commencé par la petite finale. Le thème ? "L’ordre fait-il la paix ?". C’est Louise Ferrand qui a ouvert le bal, en défendant le "pour". Pour comprendre les liens entre l’ordre et la paix, Louise Ferrand a choisi de filer la métaphore de Josh, son ancien colocataire, qui avait, paraît-il, "sa propre définition de l’ordre" avec son "matelas tapissé de cartons à pizza". Bref. Josh n’a pas payé son loyer et a fini par retourner chez ses parents.

Pour Louise Ferrand, "il n’y a pas de paix sans ordre". Après la joie des retrouvailles avec ses parents, Josh finit par les exaspérer par son désordre. Sans ordre, "l’homme est un loup pour l’homme", appuie-t-elle, citant Hobbes.

Deuxième argument, "la tyrannie ne fait pas l’ordre". Josh a changé et impose à sa famille une dictature de l’ordre. Ses parents en viennent à regretter l’ancien Josh ! Or, "l’ordre, ce n’est pas l’autoritarisme, écraser les différences". Et de citer les chars sur Budapest en 1956, les manifestants jetés dans la Seine en 1961 sur ordre du préfet Papon ou encore "les juges de la Cour suprême qui ont fait primer leur interprétation de la Constitution américaine".

"L’autorité brute n’est pas source de paix quand elle est illégitime". Non. Seul "l’ordre consenti fait la paix". Si l’Assemblée nationale n’a plus de majorité absolue, ce n’est pas un problème. "La pluralité d’idées est conciliable avec l’ordre. La loi est l’expression de la volonté générale, qu’elle protège ou punisse". Quid de la paix intérieure ? "Le bonheur ne réside nulle part ailleurs que dans notre esprit et dans notre cœur". L’élève avocate cite Marc Aurèle. Et Josh, devenu adepte du stoïcisme.

Place ensuite au contradicteur, Luca Sakref, pour qui "l’ordre ne fait pas la paix". Il commence par l’exercice "enfantin mais indispensable" de l’analyse des termes du sujet. La paix peut se définir comme l’absence de guerre ou comme un état où figure la coopération, une vie à l'abri de la peur, la croissance, la justice… L’ordre, quant à lui, vise à "préserver la cohésion du corps social. Ce qui nous amène à la notion d’ordre public et de troubles à l’ordre public". L’ordre serait donc "l’absence de troubles affectant la sécurité et la tranquillité publiques".

Pour lui, l’ordre et la paix s’associent en trois étapes. La première, c’est quand ils sont en osmose. "Après une guerre, quand les lois sont réhabilitées. Mais cette période ne dure qu’un temps". La deuxième, c’est quand l’ordre dépasse la paix, quand on s’engage dans une guerre au nom de la paix.

Hitler n’avait-il pas annoncé une paix de 1000 ans en 1939 ? Vient alors la troisième étape, quand l’ordre annihile la paix. Luca Sakref évoque alors les sociétés où “un ordre puissant est établi mais aucune paix n’est instaurée”. Poutine et la guerre en Ukraine, le régime chinois et ses ambitions sur Taiwan…Pour le plaideur (et pour Platon), “l’ordre est vecteur de paix quand il est accompagné de la morale”. Sinon, l’ordre est la porte ouverte à l’asservissement de la population. Luca Sakref a terminé sa plaidoirie en citant la fable de Jean de la Fontaine Les loups et les brebis.

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Faut-il dire toute la vérité ?

"Faut-il dire toute la vérité" : voici le sujet sur lequel ont ensuite plaidé les deux finalistes. Le premier en lice, Vito Ottaviano, avait pour mission de défendre le "pour". Mais de chez lui, avec un arbre à chat en guise de pupitre, Covid oblige. Le ton est donné.

Après avoir écarté son père (qui ne semble pas être un fervent adepte de la vérité), Franck Ribéry et Jean-Claude Van Damme, le futur avocat s’en remet à Socrate et son concept de la maïeutique, qui consiste à faire accoucher de la vérité. Or, "le mensonge, c’est quand on contrevient à la vérité". Quid de la vérité partielle ? "Dissimuler une partie de la vérité revient à mentir par omission". Le jeune homme évoque alors cet ami qui avait noué "une simple amitié" avec son ex. "Il ne m’avait pas informé des modalités de cette relation ! Pour moi, c’est une trahison. Au nom de l’amitié, c’est un devoir de dire la vérité", affirme-t-il.

Alors oui, "la vérité peut heurter, nuire à la relation". Mais en mentant, "on risque de voir une vérité ressurgir de façon altérée ». « J’ai décidé de dire systématiquement la vérité", promet-il. Cette vérité est parfois indispensable au nom d’obligations déontologiques, comme chez les médecins… ou les avocats.

Vito Ottaviano a terminé sa plaidoirie en racontant le mythe d’Œdipe, qui ne connaît pas ses vrais parents. Si on lui avait dit la vérité, aurait-il tué son père et épousé sa mère ? Pour le futur avocat, "la vérité doit être révélée dans son intégralité, malgré les doutes. On vous pardonnera même si la vérité blesse. Osons dire la vérité !"

Mourir ou mentir

Le dernier plaideur en lice, Germain Chaux, s’est appliqué à démontrer la théorie inverse dans un style puissant, très éloigné du ton souvent léger de son contradicteur. "Je suis un sceptique né, je n’ai jamais su dire ce qu’était la vérité. La seule vérité dans ce monde, c’est la mort. Il faut mourir ou mentir". "Toute vérité n’est pas bonne à dire. Mentir, c’est exercer son ultime liberté". Et d’évoquer la difficulté, pour tout un chacun, d’accepter un deuil. Pourquoi ? Car nous sommes "assoiffés de vie et tétanisés par notre propre finitude. Faut-il avouer que les places sont chères ici-bas ?" Germain Chaux explique que pour Kant, tout mensonge, minime ou majeur, est une faute morale. Mais qu’en est-il de la liberté ? "Devons-nous être les serviteurs de la vérité absolue ? Ceux qui pensent la détenir sont des tarés, pleins de certitudes". Mentir serait en fait un choix. "La liberté de dire ou ne pas dire atteint son paroxysme quand la parole est à la défense". Quoi qu’il en soit, "dire la vérité est trop ambitieux car il existe des mystères insondables", a-t-il poursuivi. Quelle vérité donner à la question "d’où venons-nous ?". "Il demeurera toujours des questions sans réponse. Je ne dirai pas toute la vérité car je ne peux pas, j’accepte la réalité".

Le concours de plaidoirie côté jury

Le jury était présidé par Michael Janas, président du tribunal judiciaire de Lyon. À ses côtés, siégeaient Nicolas Jacquet, procureur de la République de Lyon, Maître André Soulier, parrain de la promotion, Maître Robert Galletti, président de l’Edara, Maître Marie-Josèphe Laurent, bâtonnière du Barreau de Lyon, Maître Jean-François Barre, vice-bâtonnier du barreau de Lyon, Maître Sylvia Rizzi, vice-bâtonnière du barreau de Grenoble, Maître Alain Jakubowicz, avocat au barreau de Lyon et Monsieur Hervé de Gaudemar, doyen de la faculté de droit Lyon 3. Le jury évalue chaque plaidoirie en fonction de plusieurs critères comme l’éloquence ou la culture générale et juridique.

Le jury et les élèves réunis © Audrey Desfève

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