AccueilGrand témoinClaude Malhuret : « Vichy peut devenir le Deauville de Lyon »

Claude Malhuret : « Vichy peut devenir le Deauville de Lyon »

Claude Malhuret : « Vichy peut devenir le Deauville de Lyon »

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Quel regard l’Auvergnat que vous êtes porte-t-il sur la fusion avec Rhône-Alpes ?

Qu’on l’ait appelée de ses vœux ou non, cette fusion était logique. Les grandes entreprises publiques n’avaient d’ailleurs pas attendu la fusion institutionnelle pour regarder vers Lyon. Il suffit de regarder La Poste, France 3… De toute façon, Rhône-Alpes était déjà un partenaire naturel pour nous. Ce qui n’empêche pas l’Auvergne en général, et Vichy en particulier, de garder une connexion avec Paris. Il y a un véritable tropisme vers Paris, lié notamment à l’histoire puisque depuis Napoléon III, nous allons très facilement à Paris. La géographie s’y prête aussi, alors que les barrières naturelles freinent notre approche vers Rhône-Alpes. Mais chaque début de semaine, de nombreux étudiants quittent Vichy pour Lyon, où ils poursuivent leurs études supérieures.

La relation entre Vichy et Lyon est donc naturelle ?

Pour nous, cela ne fait aucun doute. Pour les Lyonnais, c’est beaucoup moins évident. Mais je vous rappelle que Vichy est la grande ville d’Auvergne la plus proche de Lyon, que ce soit par la route ou par le fer. Pour nous, Lyon est une destination habituelle et naturelle. Il reste à ce que les Lyonnais regardent Vichy de la même façon. Pour l’heure, ils sont plus portés vers l’Est et vers le Sud, mais nous avons suffisamment d’arguments à faire valoir pour changer les choses. Ceci étant dit, cette relation naturelle que j’évoque est réelle pour pour un grand nombre d’Auvergnats, qui considèrent déjà Rhône-Alpes comme est une terre d’attraction. Ils vont au ski dans les Alpes plus volontiers qu’à Super-Besse, et pour la gastronomie beaucoup se dirigent vers Roanne…

Comme vous le disiez précédemment, il reste pourtant des freins majeurs au renforcement de ces échanges, à commencer par les transports…

En effet, il faut encore régler la problématique des transports, car c’est essentiel pour assurer une liaison fluide avec Rhône-Alpes. Les déplacements doivent être plus simples et plus rapides. Nous sommes d’ailleurs sur la même longueur d’onde à ce sujet avec Olivier Bianchi, et nous sollicitons la Région et l’Etat pour qu’ils fassent le nécessaire. La ligne entre Clermont-Ferrand et Lyon, qui passe par Vichy, doit être à la mesure des enjeux. Dans le cadre de cette grande région, nous ne pouvons plus supporter que cette ligne TER antédiluvienne soit le lien unique entre nos territoires et la capitale régionale. Actuellement Vichy est à 1 h 45 de Lyon et Clermont à 2 h 30. C’est inacceptable. On va presque aussi vite de Clermont à Paris. Il faut gagner au minimum une demi-heure, ce qui changerait totalement la donne. Et puis, il faut assurer la réalisation du POCL (ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon). Le jour où il entrera en service, nous serons à 1 h 20 de Paris et à 40 minutes de Lyon.

Vous avez donc le sentiment que cette région élargie est une chance à la fois pour l’Auvergne et pour Rhône-Alpes ?

Oui, je suis de ceux qui considèrent en effet que c’est une chance. D’ailleurs, la majorité des Auvergnats sont de cet avis, alors que les Rhônalpins sont sans doute beaucoup plus indifférents. C’est assez logique d’ailleurs, car Rhône-Alpes était déjà la deuxième région de France. En Auvergne, en tout cas, nous voyons cette fusion comme une opportunité. Ne nous trompons pas, cette analyse ne fait pas l’unanimité. Si vous demandez leur avis aux maires de Montluçon ou d’Aurillac, qui sont à 4 ou 5 heures de Lyon et qui regardent d’un autre côté, ils ne vous tiendront pas le même langage. Mais le gros de l’Auvergne estime que c’est une chance. A condition, toutefois, que nous parvenions à nous faire une place et à profiter du formidable accélérateur lyonnais et de tout son dynamisme. Si ce n’est pas le cas, en revanche, nous irons vers la marginalisation et nous serons les oubliés de l’histoire.

" Clermont et Vichy, ce n'est pas uniquement les vaches et le fromage "

Comment faire pour éviter cet écueil ?

Je crois que nous devons être très actifs, offensifs. Les Rhônalpins ne viendront pas nous chercher. C’est à nous de faire la démarche et d’aller vers eux. D’où le travail que nous avons entamé pour redynamiser le pôle métropolitain Clermont Vichy Auvergne, qui existait déjà mais qui sommeillait. La création de la grande région a réveillé tout le monde, alors que jusque-là les différents maires se méfiaient en pensant que Clermont allait tirer la couverture à elle. Aujourd’hui, chacun a compris que le pôle métropolitain était la seule solution pour faire vivre une métropole d’équilibre à l’ouest de la nouvelle région.

Finalement Auvergne-Rhône-Alpes a fédéré les Auvergnats ?

Oui, parce que c’est ensemble que nous pouvons nous accrocher à la locomotive lyonnaise et rhônalpine. Mais pour cela, encore faut-il que le chef du train sache qu’il y a un wagon. Nous ne manquons pas d’atouts pour relever ce défi : la plus grande entreprise privée de la nouvelle région est à Clermont-Ferrand, nous avons de grands laboratoires pharmaceutiques, un CHU en pointe sur la recherche médicale, le Cancéropole qui travaille déjà avec Rhône-Alpes… Nous devons faire passer le message aux Rhônalpins, que Clermont et Vichy ce n’est pas uniquement les vaches et le fromage. Ils doivent être convaincus que l’Auvergne ne sera pas un poids mort à trainer, mais un acteur important pour renforcer la dynamique de la nouvelle région.

Si nous concentrons un instant notre attention sur votre ville de Vichy, en quoi la fusion peut-elle représenter une chance ?

Actuellement, les Lyonnais ne pensent pas à Vichy comme destination touristique de proximité. Nous devons faire le nécessaire pour que les choses changent. Vichy pourrait très bien être demain le Deauville des Lyonnais. Il y a là une formidable opportunité à saisir. Mais pour cela, il est essentiel que les dessertes ferroviaire et routière soient améliorées. On en revient toujours à ce point crucial.

Comment Vichy deviendrait-elle le Deauville de Lyon ?

Vichy a une réelle notoriété à l’international, notamment en Russie, mais souffre d’une image vieillotte en France. La grande région doit nous permettre de faire bouger les lignes. Nous n’avons pas à renier notre passé de ville thermale, car nous avons su en faire une force et une activité économique dans l’air du temps. Le thermalisme « à la papa » a vécu, pour céder la place à un tourisme centré sur l’un des spas les plus modernes d’Europe. Aujourd’hui nous accueillons environ 25 000 visiteurs autour de cette activité, dont 15 000 qui viennent pour le spa. Ce sont des gens qui ont un bon pouvoir d’achat et qui dopent nos commerces. Il y a d’ailleurs une vie commerciale exceptionnelle à Vichy. Les magasins sont ouverts tous les dimanche et vous rencontrez une foule compacte dans les rues et sur les quais durant le week-end. Contrairement à toutes les villes de province, Lyon y compris, notre ville est très active et attractive le dimanche.

Hormis le thermalisme et le commerce qui l’accompagne, sur quoi repose le dynamisme économique de Vichy et en quoi la grande région peut-elle être un booster ?

Avec la crise qui a frappé le thermalisme dans les années 60, nous avons fait le choix de nous diversifier. Notamment autour du sport. Nous avons aujourd’hui le plus grand centre omnisport de France avec Mulhouse. Il s’étend sur environ 200 hectares et permet de pratiquer 26 des 28 disciplines olympiques. Des sélections internationales viennent en profiter. Dans les années qui viennent, avec l’aide de la Région, nous allons travailler pour développer les activités autour de l’économie du sport. Nous avons calculé qu’il y avait 50 M€ à investir. Mais nous sommes également le 2e pôle industriel d’Auvergne, avec une grosse activité dans la verrerie et l’embouteillage, la plasturgie, les laboratoires Loreal qui emploient 500 personnes, les voitures Ligier, le travail du cuir avec LVMH…

Comment faire pour que ces atouts soient pris en compte dans le cadre de la nouvelle région ?

Cela passe tout d’abord par la communication. Nous devons faire savoir que nous existons. Pour cela nous pouvons compter sur le président de la Région, qui est issu de notre territoire et qui fait systématiquement la promotion de l’Auvergne en Rhône-Alpes. Laurent Wauquiez a promis aux Auvergnats de les faire exister dans cette grande région, et pour le moment il tient sa promesse. La décision, certes symbolique, mais oh combien importante, de baptiser la région Auvergne-Rhône-Alpes plutôt que Rhône-Alpes-Auvergne, me semble très forte.

" Le plus gros risque serait que les Lyonnais restent centrés sur eux-mêmes "

Redoutez-vous cependant des velléités hégémoniques de la Métropole de Lyon ?

C’est une question que nous avons souvent débattue entre nous en Auvergne et je crois que la meilleure réponse a été apportée par un sociologue qui a travaillé sur la fusion. « Le grand risque pour l’Auvergne ce n’est pas que les Lyonnais soient hégémoniques, mais qu’ils vous oublient et ne se soucient pas de vous », nous a-t-il dit. Et je crois que c’est en effet là que se situe le plus grand risque. L’hégémonie lyonnaise est naturelle et inévitable. Ce que nous voulons, c’est nous accrocher et profiter de cette dynamique. Pour ma part, je ne pense pas que les Lyonnais aient une volonté hégémonique. Le plus gros risque serait qu’ils restent centrés sur eux-mêmes. C’est pour cela que le véritable défi sera de leur montrer que nous existons.

Finalement, cette fusion s’est plutôt bien passée. Pourquoi ?

La plupart du temps ,les fusions ont été difficiles à gérer, notamment au niveau des élus, car il y avait des régions de poids sensiblement identiques, d’où des querelles pour déterminer quelle ville serait la capitale régionale, quels candidats seraient désignés... Cela ne s’est pas du tout passé ainsi chez nous car les choses étaient claires dès le départ. La différence de taille était telle que personne ne discutait le choix de Lyon comme capitale régionale. Par ailleurs, je crois qu’il y a une somme de complémentarités, dans le tourisme, dans l’industrie, dans l’agriculture… qui permettra à l’Auvergne de ne pas être un poids pour Rhône-Alpes mais un élément de développement supplémentaire.

Ses dates clés

1950 : Naissance à Strasbourg
1975 : Diplôme de Médecine
1979 : Porté à la présidence de Médecin Sans Frontières, qu’il avait rejoint dès 1974
1986 : Secrétaire d’Etat en charge des Droits de l’homme auprès de Jacques Chirac
1989 : Elu maire de Vichy pour la première fois. Il n’a plus abandonné son fauteuil depuis
1999 : Conçoit et lance, avec Laurent Alexandre, un autre médecin, le site internet Doctissimo
2014 : Elu sénateur de l’Allier

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