AccueilSociétéCinéma - Une séparation d’Asghar Farhadi - Comment dit-on chef-d’oeuvre en persan ?

Cinéma - Une séparation d’Asghar Farhadi - Comment dit-on chef-d’oeuvre en persan ?

Sans doute, Une séparation est-il le film du premier semestre 2011 qui tient le mieux ses promesses.

ActualitéSociété Publié le ,

De plus, il a rencontré son public depuis son triomphe au dernier festival de Berlin où il obtint trois prix : l’Ours d’or pour Asghar Farhadi, son réalisateur, et deux ours d’argent pour ses acteurs et actrices, y comprise la bellissime Leila Hatami, qui n’est pas sans rappeler Anna Magnani.
Deux heures incroyables où l’on oublierait presque dans quel pays, dans quelle société on se trouve. Tout est là : les rapports hommes-femmes, le divorce, l’enfant du divorce, le mensonge et la vérité, les rapports des classes moyennes avec les classes défavorisées, le rôle de la justice, de la foi, les ravages de la maladie d’Alzheimer, l’amour filial, on en passe et des meilleures… Cet inventaire pourrait décourager le valeureux spectateur qui souhaite se détendre au coeur de l’été. Que nenni ! Il est surpris, ce spectateur, de découvrir une oeuvre envoûtante comme un thriller, passionnante comme un documentaire de Raymond Depardon, belle comme un Pialat, émouvante comme un Kramer contre Kramer *.
On est dans une grande ville orientale dans un pays musulman, avec des classes d’intellectuels éduqués et des classes de chômeurs ouvriers, des familles qui vivent de boulots précaires (tiens, c’est comme ici alors ?). Le tour de force de Farhadi est d’avoir posé cette intrigue kafkaïo- hitchcockienne tout en réussissant un fi lm sensible, précis, sans manichéisme, dans une grande lucidité. Cependant, on imagine, sans être obstétricien, qu’un examen gynécologique, ou une autopsie un peu poussée comme pratiquée en Occident, aurait balayé l’intrigue (à voir). Mais on est en Iran, et si l’on ouvre grand les yeux pour constater une grande modernité des rapports humains, on sait qu’Asghar Farhadi a dû- suspendre son tournage une semaine pour avoir critiqué le gouvernement dans une interview. Pourtant, son film oublie l’Iran jusqu’à ne pas citer la localisation géographique de l’action, on est très loin de la politique ! La puissance de l’instruction, du langage et d’une certaine aisance financière peut-elle tout gagner en Iran comme ailleurs ? La femme iranienne n’est pas nécessairement la victime infériorisée de la loi islamique, c’est une femme mal comprise. Quant à l’homme iranien, il est plus malheureux que dominant. Le film montre cela aussi mais comme par défaut, Une Séparation se déroule dans le coeur du couple, d’égal à égal dans la souffrance, et comme toujours, au centre, l’enfant déchiré.

Eric Séveyrat

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