AccueilActualitéSociétéCinéma - Pater, de et avec Alain Cavalier : On dirait que ça serait toi le président !

Cinéma - Pater, de et avec Alain Cavalier : On dirait que ça serait toi le président !

« Ils ont du mal à croire que ma loi veut améliorer les rapports entre les hommes, ils pensent qu’elle ne sera pas appliquée… » Avant le calcul et la stratégie, il y a eu le désir, même en politique.

ActualitéSociété Publié le ,

Quand il n’y a plus que les deux premiers éléments, la politique se casse la figure. Reste le cinéma : un moment de bonheur simple peut venir de là, c’est Pater.
Une idée politique simple parcourt le film : « Il y a un salaire minimum, pourquoi pas un salaire maximum ? » Le film d’Alain Cavalier n’est pas un film politique, c’est un poème de cinéma, une sorte de conte rohmérien sur fond de politique. Comme chez tout grand cinéaste, chez Cavalier, l’histoire et la thématique cachent l’essentiel : une oeuvre sur l’éternel rapport entre les êtres, ici la figure du quinquagénaire ambitieux et celle du père en fin de carrière (comme chez Flaubert : « Pour que je grandisse, il faut qu’il diminue ! »). Mais aussi et surtout une interrogation sur le cinéma luimême… Le film du film en train de se faire est encore le fi lm ! La drôlerie, le cocasse et l’émouvant viennent des allers/retours cinéma-réalité, l’acteur Vincent Lindon (éminemment séduisant mais…) lui-même se met à y croire, tout en jouant son rôle : « Je ne comprends pas que le téléphone ne sonne pas plus, que le pays ne me demande pas mon avis à moi, Vincent Lindon ! » On ne sait plus si c’est Alain Cavalier qui parle à Vincent Lindon ou le président de la République qui parle à son Premier ministre, troublant ! La politique, c’est confirmé, est bien un jeu d’enfant. Alain et Vincent jouent au Président et au Premier ministre : « On dirait que tu serais le Premier ministre, et que je serais le Président ! » Le bon et beau visage octogénaire d’Alain Cavalier, homme à chat, homme de livres, a traversé le cinéma depuis 50 ans, nouvelle vague comprise, avec son style de légèreté grave : « Je n’ai pas mis de costume et de cravate depuis 1986 lorsque j’ai présenté Thérèse à Cannes (prix du jury). » Le revoilà sur les marches du palais des festivals en 2011 avec Pater. Sa parole filmique est sage et bonne, et le grincheux de dire : « Hélas, ce n’est que du cinéma ! », il n’y a pas d’utopie qui tienne : qui aurait cru aux congés payés au XIXe siècle ? Minimaliste et dans l’économie de moyens, Cavalier pose des questions de cinéma très gonflées : l’acteur passe derrière la caméra avec la bénédiction du réalisateur (du père). Chaque scène est touchante : « Tu dois me faire manger la poussière, me tuer dit « pater », mais le vrai ennemi, ce sera celui d’en face… » Vincent Lindon aura-t-il sa peau ?

Eric Séveyrat

Partager :
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?