AccueilSociétéCinéma - Les Contes de la Nuit, de Michel Ocelot (animation) - Le filmeur d’ombres

Cinéma - Les Contes de la Nuit, de Michel Ocelot (animation) - Le filmeur d’ombres

Dans Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettleheim laissait entendre qu’il valait mieux ne pas illustrer, ou imager les contes, sous peine de léser l’imagination et la libre représentation de la symbolique contenue dans lesdits contes.

ActualitéSociété Publié le ,

Paradoxalement et génialement, c’est donc une représentation fascinante « en négatif » que propose Michel Ocelot (Kirikou, Azur et Azmar…) dans un théâtre d’ombres envoûtant, un grand film, aux antipodes exactes de Disney ! Quelle meilleure illustration que suggérer sans montrer des personnages dont on voit les silhouettes, pas les traits. Filmer des ombres (et en 3D svp, il faut bien s‘adapter à l’époque mais la 3D n’apporte rien au film) avec seulement les décors en couleurs. Ce n’est plus l’intellect qui est captivé, c’est l’oeil lui-même ! L’intellect, mille fois plus bête que l’oeil, cherche à contourner la question, à éclairer ce qui n’a pas besoin de lumière mais conservera toujours son mystère ! Le procédé du film laisse un grand champ ouvert sur l’inconscient à travers cinq contes merveilleux issus de différentes cultures, avec des messages de sagesse, de bravoure, de ténacité, d’intégrité, de générosité triomphante et d’abnégation. Dans cette oeuvre d’Ocelot, on est devant un grand drap blanc, sur lequel se projettent ces ombres, et comme dans un théâtre d’ombres, la lumière vient de derrière l’écran et éclairerait presque le spectateur. A contre-courant de l’époque, Ocelot n’inonde pas de lumière les visages des personnages, mais se poste de l’autre côté, pour mieux cerner leurs contours, l’essentiel, voire la face cachée ! Les grandes religions interdisent la représentation de leurs dieux, ou la limite à sa plus simple expression, il en va de même pour les contes de fées chez Ocelot. La conclusion à Bettleheim : « Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité. Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d’abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts. »

Eric Séveyrat

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