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Cinéma - L'armée de l'ombre

Les grands moments de l’histoire ont donné de grands moments de cinéma dont le plus grand film du monde, de la terre, de l’univers : L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969).

ActualitéSociété Publié le ,

Ce Shadow dancer de James Marsh est aussi un grand moment que l’on pourrait rebaptiser L’armée de l’ombre.

Pas de jugement, pas de parti pris chez James Marsh, pas de politique et pourtant de la politique partout (dans ce qu’elle est un éternel et naturel affrontement de forces, quelles que soient les idéologies). Un seul parti pris, celui du cinéma. Un cinéaste comme on les aime. L’ancien documentariste a réussi son passage à la fiction (d’après le roman de Tom Bradby. Il a écrit son roman dans les années 1990, alors qu’il était correspondant de guerre pour la télévision en Irlande du nord. Il est également le scénariste du film). Shadow dancer prend cadre dans les années 1990 et les décennies d’horreur en Irlande du nord. De Londres à Belfast, c’est le choc de la puissance britannique contre les faibles, les résistants, le peuple. Mais ces derniers sont à la dérive, ils deviennent sanguinaires, tortionnaires, cruels contre les leurs. C’est le tournant, les Anglais commencent à vouloir négocier avec l’IRA (armée républicaine irlandaise). Le décor est celui que toutes les télévisions du monde ont tenté de planter dans nos mémoires, sans parvenir, sur le coup, à nous faire approcher ce qui se passait vraiment. Au milieu de cela, le combat de deux mères courage, de deux générations différentes. Shadow dancer parvient, comme d’autres cinématographies (on pense à Ken Loach), à nous transporter au plus près, au millimètre, à la respiration près, comme si nous étions des hommes et des femmes invisibles et voyeurs au coeur d’une action, d’un quotidien de peur, de souffrances, d’horreur, de panique pendant deux heures. En mêlant thriller, espionnage, portrait de « caracters », c’est un film de guerre auquel nous assistons au travers des yeux tristes et beaux d’Andréa Riseborough.

Eric Séveyrat

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