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Cinéma - Kirikou et les hommes et les femmes, de Michel Ocelot

Le dernier opus de Michel Ocelot, Kirikou et les hommes et les femmes, nous plonge dans un univers de beauté visuelle et d’intelligence de l’âme encore plus époustouflant que dans les précédents épisodes.

ActualitéSociété Publié le ,

Comme toujours, Kirikou transcende les frontières formelles des codes du film d’animation par tradition dévolu aux enfants. En bon griot malicieux, Ocelot nous embarque dans son monde merveilleux dont on ne sait plus trop s’il relève de la tradition ancestrale ou s’il a tout inventé. Ce n’est pas nouveau, Michel Ocelot fait ce qu’il y a de mieux, avec quelques Japonais des studios Ghibli (Miyazaki) ou Européens dans le monde restreint des artistes du cinéma d’animation. Les Américains, comme Lasseter, cherchent à les rejoindre dans ce registre mais sont encore trop enserrés par la gangue de l’exercice imposé des blockbusters qui sévissent là-aussi. Elevé au Togo, seul petit blanc dans une société noire, Michel Ocelot a saisi cette sensibilité si particulière qui fait qu’on tombe en empathie immédiate avec l’univers de Kirikou, petit héros unique et singulier dans sa propre micro société. L’identification fonctionne d’emblée pour les enfants ; la magie, anagramme du mot image, opère automatiquement sur les adultes (à moins d’être un peu bas du front). Pourquoi Kirikou est-il si petit à l’échelle des adultes, et si malin, et plus intelligent que les adultes de son village ? Vecteur de toute la philosophie de la sagesse (un terme étymologiquement redondant), Kirikou et les hommes et les femmes développe, comme autant de fables de La Fontaine, ses quatre histoires tout au long d’une heure trente de fi lm. La Fontaine mais aussi Goscinny et Uderzo avec un Astérix que serait Kirikou, et ce village d’irréductibles Gaulois transposé au coeur de l’Afrique. Ocelot le griot nous raconte de belles histoires, et nous fait découvrir de nouvelles facettes de ses personnages et de son précipité de société dans ce village. Le statut de la femme fait son entrée (la maman de Kirikou qui ne peut jouer de la flûte sans choquer ses voisins). Et puis, cerise sur le gâteau, on découvre une sorcière Karaba (personnage récurrent) qui a un coeur au-delà de la méchante mégère qui terrorise le village.

Eric Séveyrat

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