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Cinéma - Cosmopolis, de David Cronenberg

Il n’y a pas plus féroce et fin qu’un Nord-Américain pour décortiquer le système dans lequel il baigne et que sa propre culture a contribué à créer (Cronenberg est Canadien, le film est de production francocanadienne). David Cronenberg signe avec Cosmopolis son Apocalypse now (version huis-clos) sans le délire d’un Metropolis de Fritz Lang et en beaucoup plus cérébral.

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Il n’y a pas plus féroce et fin qu’un Nord-Américain pour décortiquer le système dans lequel il baigne et que sa propre culture a contribué à créer (Cronenberg est Canadien, le film est de production francocanadienne).

David Cronenberg signe avec Cosmopolis son Apocalypse now (version huis-clos) sans le délire d’un Metropolis de Fritz Lang et en beaucoup plus cérébral. L’horreur de l’argent abondant mais virtuel cohabite avec l’horreur de la déchéance réelle, sur les deux faces d’une même pièce. On est dans le théâtre shakespearien d’un monde à son crépuscule. C’est le problème, ou la qualité du film de ce grand auteur, qui reprend l’oeuvre d’un autre grand auteur (l’écrivain Don de Lillo). La description de ce monde financier, spéculateur sans limite, passe, chez Cronenberg, par une esthétique quasi religieuse du high-tech. La métaphore de la bulle financière fonctionne à merveille mais le film restera comme un formidable essai philosophique un peu plus « prise de tête » (« Ce n’est pas le temps qui fait l’argent, c’est l’argent qui fait le temps ! », vous avez quatre heures, et on ramasse les copies !) que le reste de l’oeuvre de Cronenberg (La Mouche, Faux-Semblants, History of violence…). Les producteurs hollywoodiens font des thrillers sur la finance très bien fi celés, insuffisants intellectuellement, mais qui se vendent très bien (exemple : le très moyen Wall Street d’Oliver Stone). Le cinéma français ne peut se départir de son indécrottable défaut qui fait son charme : son côté lutte de classes un peu cliché, dont le discutable « Ma part du gâteau » (2011, Cédric Klapisch, Karin Viard, Gilles Lellouche…). Cosmopolis apporte au débat, même s’il laisse un tantinet sur sa faim côté cinéma. Le personnage à la gueule d’ange de Robert Pattinson est particulièrement soigné et d’autant plus pertinent que l’on perçoit tout de suite le monstre indifférent et ignorant de la dévastation qu’il produit, et qui sans conscience de lui-même, va modifier sa programmatique jusqu’à une fin que l’on ne vous dévoilera pas. Binoche en callgirl quadragénaire intello vaut le détour de même que Matthieu Amalric en entarteur génial.

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